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 La Lettre de Roquefixade

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florence_yvonne
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MessageSujet: La Lettre de Roquefixade   La Lettre de Roquefixade EmptyMar 28 Aoû 2007 - 22:00

Lettre n°9 - 28 août 2007

Chers amis,
L’événement majeur du mois de septembre sera la sortie du livre Résurgence cathare – Le Manifeste, aux Editions le Mercure dauphinois. Le mouvement de renouveau est lancé. Un peu partout, ici et dans le monde, des femmes et des hommes affirment leur croyance cathare, des groupuscules néo-cathares semblent surgir du néant. Le Manifeste constitue une proposition philosophique, en vue de relier les cathares d’aujourd’hui, maillons de la tradition du dualisme chrétien, et d’étayer la vision du monde dont ils témoignent.

Que ceux d’entre vous qui se reconnaîtront une vraie parenté d’esprit avec cet écrit le fassent vivre autour d’eux et le plus loin possible ! Qu’ils apportent leur pierre à la consolidation d’un mouvement qui se déploie ! Nous effacerons le déni de l’Histoire et relèverons le défi qui nous incombe : en 1309, le dernier cathare revêtu et martyr, Guillaume Bélibaste, prophétisait : « Au bout de sept cents ans le laurier reverdira… »



Extraits du Manifeste


« Nous ne pouvons comprendre le fond de la pensée des cathares si nous n’entrons pas dans l’histoire religieuse de la Judée, si nous ignorons les enjeux du christianisme primitif. Les bons chrétiens du Moyen Age cherchaient à connaître le Christ et à partager son esprit. Mais ils ne savaient rien de l’origine du christianisme. Ils n’avaient en main ni les manuscrits esséniens de la mer Morte, ni les manuscrits gnostiques de Nag-Hammadi. Cathares d’aujourd’hui, notre esprit n’est pas plus pur que l’était le leur, mais notre savoir est bien plus large. Notre devoir est de revisiter le christianisme et de relire les évangiles à la lumière des connaissances nouvelles. »

« Deux mille ans après, peu de chrétiens attendent encore l’édification du règne de Dieu ou le retour du Christ pour le salut de tous. Les savants relisent les évangiles en regard des sciences. La critique historique repère les différentes strates de rédaction. Elle examine les paroles et les actes du Nazaréen pour séparer l’authentique de la composition. Elle dévoile les intentions théologiques des évangélistes. »

« Nous croyons que le christianisme reprend sens par une lecture authentique des évangiles et par un nouvel attachement au vrai visage de Jésus. Il s’agit d’un renversement de croyance. Si Dieu n’a pas de réalité dans le monde, l’idée de Dieu purifiée se révèle dans les esprits. Cette purification (catharsis) est un chemin de vérité qui passe par la réalité des faits et la logique du discours. »

« Nous voyons que le monde fondamentalement mauvais dans lequel nous vivons appartient au Diable. Le mal est premier et le bien ne vient jamais que soulager l’excès de mal. Le dualisme bien compris oppose la non-violence à la violence. Vu que le mal est intrinsèquement lié à la vie, nous nous demandons pourquoi l’homme imagine un dieu créateur de toute bonté. N’y a-t-il pas là une sorte d’attachement affectif qui le relie au Diable comme l’esclave à son maître ? »

« Nous témoignons que les flammes des bûchers n’ont jamais brûlé les pensées. Une espérance nouvelle germe dans les multitudes qui pérégrinent par les sentiers escarpés des hauts lieux de la pensée cathare. Nos moyens de communication nous relient aux chrétiens en quête de sens et aux croyants cathares d’Europe et d’Occident. Un large réseau se forme dans l’entrelacement des échanges et des fils qui se nouent. »


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Vous pouvez revoir ou découvrir quelque peu l’ambiance de la Troisième dispute de Roquefixade en parcourant l’Album, sous la rubrique Rencontres cathares, et en prenant connaissance de deux articles dans la Revue de presse, sous la rubrique Yves Maris ; en particulier, l’article intitulé « L’évêque, le cathare et le pasteur ». Le débat a contribué à légitimer et à populariser le renouveau de la pensée cathare. Il a été suivi par le préfet de l’Ariège, accompagné de son épouse. Nous vous informerons de la diffusion du DVD par l’association Château de Roquefixade.


Parmi les autres développements du site :

A la rubrique « Rencontres cathares », le sous-titre « Rencontres de Roquefixade » reproduit un court et émouvant message de Joan de Poncernaut, croyant cathare. Sous le titre « Le chemin de Damas », trois sous-chapitres de « L’esprit des profondeurs » ont été ajoutés : 7 – La manifestation de l’esprit ; 8 – Penser selon l’esprit ; 9 – La sagesse par l’esprit.

Vous êtes amicalement invités à la rencontre équinoxiale, samedi 22 septembre à La bastida dels catars : à 14 h 30, pour ceux qui souhaitent partager la promenade, à 16 h 30, pour la conversation philosophique.


Bien à vous,
Yves Maris
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MessageSujet: Re: La Lettre de Roquefixade   La Lettre de Roquefixade EmptyVen 26 Oct 2007 - 10:43

Lettre n°11 - 26 octobre 2007

Chers amis,
Cette lettre, qui vous est adressée les nuits de pleine lune, peut vous paraître un peu formelle. Elle renvoie, en effet, à des textes fondamentaux, difficiles d’accès pour ceux d’entre-nous qui ne maîtrisent pas (encore) les arcanes des Ecritures bibliques et apocryphes. Mais elle constitue chaque fois une maille supplémentaire du réseau cathare que nous tissons.
D’une certaine façon, nous nous situons dans une phase de dénombrement. Je veux dire que nous nous rendons visibles à ceux qui partagent la même vision du monde, la même philosophie, ou qui sont simplement intéressés par notre questionnement, notre regard sur le christianisme, notre chemin de vie.
Je vous engage à parcourir le titre Rencontres de Roquefixade (sous la rubrique Rencontres cathares) et à lire les lettres qui m’ont été adressées au cours des derniers jours. Car, elles vous sont également destinées. Du cœur de ces écrits surgit une relation humaine chaleureuse qui vous appartient. Combien, qui se croyaient perdus dans des idées rares et extravagantes, face à la misère et à la violence sociale, nous disent leur bonheur de ne plus se savoir seuls au monde !
Pour ceux qui lisent l’espagnol, la Consolation de Lucía, de Valencia, révèle une inspiration spirituelle magnifique. Sa grâce éclaire l’ensemble de la communauté (virtuelle) que nous formons de proche en proche.



Parmi les développements intervenus depuis la dernière pleine lune, vous trouverez une nouvelle rubrique intitulée Lectures critiques. Dans la perspective d’un essai traitant l’ensemble du Roman pseudo-clémentin, il vous est proposé une lecture de l’Epître de Pierre à Jacques et une lecture de l’Epître de Clément à Jacques.

Présentation :
L’Epître de Pierre à Jacques accompagne l’envoi des prédications du disciple au frère de Jésus qui préside la communauté nazaréenne. Il lui est recommandé de n’en communiquer le contenu qu’à des personnes préalablement éprouvées. L’Engagement porte des prescriptions complémentaires de confidentialité adressées par Jacques aux presbytres de Jérusalem, à qui il transmet l’Epître. Ces deux documents apocryphes, dont les originaux peuvent dater de la fin du IIe siècle, nous ont été transmis avec les Homélies. Ils insistent sur le caractère ésotérique que comporte l’enseignement de Pierre. Nous sommes amenés à penser qu’ils accompagnaient primitivement les Prédications ou Kérygmes de Pierre que nous retrouvons mêlées aux Homélies. Celles-ci déroulent un roman qui ne présente plus, en tant que tel, un caractère ésotérique.

L’Epître de Clément à Jacques fait de Clément le successeur direct de Pierre dans la charge épiscopale de Rome, qu’il semble détenir de 93 à 101. L’Epître est postérieure à l’Epître de Pierre à Jacques (Ep Clément 20). Elle introduit les Homélies et les Reconnaissances, dans les versions qui nous ont été transmises. La question demeure controversée de savoir si les deux lettres accompagnaient effectivement une Prédication de Pierre (fin IIe s.) ou si elles furent produites (ou remaniées) par le rédacteur final des Homélies (fin IIIe s), celui-ci cherchant à affirmer la légitimité de Clément et son ancrage dans la tradition pétrinienne par opposition à la tradition paulinienne.



Egalement parmi les nouveaux développements, la rubrique Conférences & Débats offre un compte-rendu mot à mot de la IIIe Dispute de Roquefixade, sous le titre Thèmes développés.

Extraits :

L’évêque - Il y a un enseignement qui est exigeant : « Si tu ne crois pas ça, tu ne fais pas parti de la communauté ! » C’était les décrets, c’était les anathèmes : celui qui croit cela, qu’il soit anathème ! Celui qui ne croit pas cela, qu’il soit anathème ! Reconnaissons que, dans l’histoire de l’Eglise, il y a eu des affirmations très nettes.
Le pasteur - Je suis un chrétien dogmatique ! La Confession de foi de La Rochelle, dont Calvin a été l’inspirateur, reprend tout bonnement l’ensemble des dogmes de l’Eglise primitive : le Credo, le symbole des apôtres, de Nicée et de Constantinople.
Le cathare – En tant que cathare, je ne peux regarder que le dogme des autres, avec crainte ! Il n’y a pas de dogmatique dans la pensée cathare. C’est une vision du monde à partir de laquelle chacun dirige sa vie en conscience. La pensée cathare est originale par rapport à la pensée catholique et à la pensée protestante, qui participent de la pensée dogmatique unique née au concile de Nicée.
L’on comprend que l’Eglise devient à son tour persécutrice parce qu’elle est devenue un pouvoir d’Etat. On ne peut pas séparer la dogmatique du pouvoir. Aujourd’hui, où l’Eglise n’a plus de pouvoir d’Etat, l’on peut presque dire que la dogmatique se perd.
L’évêque - Les cathares du Moyen Age étaient tout à fait non-violents ; mais il reste que de ne pas adhérer au baptême, à l’eucharistie, au mariage et aux funérailles, de ne pas accepter le calendrier chrétien [catholique], cela provoquait une espèce de désordre dans une communauté chrétienne [catholique].
Le cathare – Je suis toujours surpris par les propos lénifiants de l’Eglise installée ou du Temple… Constantin avait une telle vision du christianisme, qu’il décida de se convertir s’il gagnait la bataille du pont de Vilnius contre Maxence, c’est-à-dire si l’Italie s’offrait à lui. Sa conversion au christianisme est une conversion les armes à la main, une conversion de conquête, qui ne fait pas référence à l’Evangile, qui fait référence à cet Ancien Testament, le boulet que nous traînons !
Si, pour les cathares d’aujourd’hui, il y a un modèle, c’est Gandhi, l’apôtre de la non-violence. La vision du monde des cathares n’est pas celle de Gandhi ; mais, dans un contexte de non-violence, il y a un accord parfait.
Dans la repentance, les cathares ont été oubliés. Je me suis posé la question : pourquoi ? La seule idée qui me vient, est que l’on ne peut pas se repentir du massacre des cathares sans dissoudre l’ordre dominicain !
L’évêque – Vous feriez beaucoup de dégâts en supprimant les dominicains. Jean Paul II a fait « la repentance ». Je l’ai entendu dire : « Nous avons fait sincèrement la repentance. » Il mentionné l’Inquisition. Je pense qu’il y mettait les cathares. Parce que s’il avait fallu y mettre tous les groupes qui ont été persécutés, à ce moment là, il aurait fallu faire un nouveau livre !
Le cathare – La liberté de conscience, ce n’est pas la liberté de dire ce que l’on veut et de dire tout et n’importe quoi. La liberté de conscience, c’est être libre dans ses pensées. Mais c’est un travail très difficile. Si nous sommes éveillés, par rapport à nous-mêmes, nous nous rendons compte que nous ne pensons pas véritablement. Notre discours intérieur comme notre discours extérieur est d’abord un discours d’intérêt, c’est-à-dire, un discours qui est lié aux appétits de notre incarnation. Ces passions qui nous animent et dont le moteur est constitué de nos intérêts, pour la pensée cathare, elles enferment l’âme dans le corps, si bien qu’au lieu d’être pure, l’âme est empreinte des appétits de l’incarnation.
L’homme est une âme, une psyché. Le corps est le vêtement en lequel l’âme est enfermée. Si l’âme doit subir les aléas, les appétits, les passions du corps, à ce moment-là, elle est étroitement liée à ce corps. La démarche de purification du parfait cathare, consiste à se vivre en tant qu’homme, c’est-à-dire, en tant qu’âme, une âme qui est libérée, séparée du corps. C’est en ce sens-là qu’il peut avoir un projet d’immortalité ; parce que l’âme purifiée, est une âme cristalline, limpide comme une eau claire, c’est-à-dire une âme qui ne porte plus aucun discours d’intérêt, aucun discours attaché au corps. C’est cela la perception du divin.


Sous le titre « Le chemin de Damas », voir le dernier sous-chapitres de « L’esprit des profondeurs » :

14 – L’esprit dévoile le mensonge de la Torah ;
Extrait : Selon l'interprétation paulinienne, qui outrage le texte de référence, Moïse dissimulait la nature de la lumière qui l'éclairait, de façon à laisser accroire à son principe éternel, autant qu'à son origine divine (2 Co. III, 13). Si Moïse a menti sur la présence de Dieu, sur la qualité de la lumière visible par tous, il a aussi menti sur les fondements de la loi ! A tel point, que le voile du mensonge induit toujours en erreur ceux qui observent la Torah et gardent leur fidélité à « l'ancienne Alliance » (Ibid. 14).

et les trois premiers sous-chapitres de « La loi universelle de la conscience » :

1 – La loi spirituelle transparaît dans la création asservie ;
Extrait : Nous sommes très loin de l'idée hébraïque d'une préexistence de la Torah (la sagesse de Yhwh), au moyen de laquelle Dieu créa le monde (2 Hén. XXXIII 1-3). L’on comprend que si la Torah n’est point de Dieu, la création dont elle constitue le modèle, ne peut davantage l’être. Pour les Hébreux, la Torah s'impose effectivement comme loi naturelle, avant même de devenir la loi positive du Sinaï-Horeb. La pensée hébraïque en général (essénienne en particulier) guette la libération finale par un fait de guerre messianique. Se dresseront face à face les « fils de lumière » et les « fils de ténèbres » (Guerre I, I, 1), jusqu'à l'extermination de ces derniers coupables d'interférer dans l'ordre naturel des peuples et des hommes.

2 – L’intelligence donne à connaître la loi de l’esprit ;
Extrait : Il est inutile d'insister sur le fait que la loi que pratiquent naturellement les Goyim ne peut être la Torah. Ils observent la loi de l'esprit, sans qu'ils le sachent vraiment. Cette juste conduite dans la relation aux autres est inscrite dans leurs pensées tel un impératif divin. Leur conscience témoigne d’une connaissance immédiate du bien et du mal (Rm. II, 15-16). Le dieu qu'ils découvrent ne ressemble pas au dieu de la Torah. L'invisibilité (Rm. I, 19-20) qui s’attache à la transcendance, n’est pas vraiment la qualité première du Seigneur Yhwh. Sa main est sur les contrats et les pactes. Toujours faits, défaits et reconduits, ils le lient au peuple élu, appelant sa bénédiction ou sa malédiction. Par lui, les arrangements de l'histoire se succèdent en autant de batailles pour tenter vainement de hisser Israël au faîte de la gloire prophétique. Yhwh est partout ! Paul sort de la religiosité hébraïque en trouvant dans les nations la preuve de l'universalité de Dieu et de son attachement à une loi de l'esprit qui n'est point la Torah.

3 – Justiciable devant la loi de l’esprit ;
Extrait : Le mélange des sens que revêt le terme « loi » (Rm. II, 13) dans la correspondance paulinienne, ne doit pas nous égarer. Parmi les Hellènes, comme parmi les Hébreux, ceux qui pratiquent la loi de l'esprit sont justes. Leur justice se vérifie dans l'adéquation de leurs actes avec la loi universelle inscrite en leur cœur. Ils ne connaissent d'autre juridiction que « le tribunal de Dieu » (Rm. XIV, 10). Les Hébreux qui pratiquent la Torah sont nécessairement appelés à être jugés en dernière instance en regard de la loi de l'esprit. L'appel invalide le jugement de première instance.


Bien cordialement,
Yves Maris


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MessageSujet: Re: La Lettre de Roquefixade   La Lettre de Roquefixade EmptyLun 24 Déc 2007 - 12:12

Chers amis,

Que pourrais-je vous souhaiter, en cette période de fêtes et de bons vœux ? Un solstice d’hiver auréolé d’amour et d’amitié, pour vous qui vivez en hémisphère nord, un soleil chaleureux et radieux pour accompagner vos jours de la nouvelle année et un ciel tout bleu. Notre calendrier est une invention romaine, si bien que vous qui êtes dans l’hémisphère sud connaissez l’an nouveau quand le soleil descend ! Ne devriez-vous pas fêter « Noël » le 25 juin ?

Bert, de Nouvelle-Zélande, me pose la question de la solennité de la Nativité dans une perspective cathare. Je laisse à votre réflexion les mots que je lui ai transmis, en guise de réponse :

Posons les principes :

Le jour anniversaire du soleil fut impérialement décrété à Rome à la fin du IIe siècle. Le 25 décembre apparut comme date naturelle, retour de l’astre pour l’hémisphère nord. Le solstice d’hiver marquait la victoire de la lumière sur les ténèbres. C’était le jour de Mithra, le dieu de l’aurore né de la pierre comme le feu jaillit du silex. Liées à la religion des Mages, les liturgies trouvaient leur inspiration en Zoroastre. Le réformateur avait jadis consacré la première grotte cultuelle en l’honneur de Mithra.

Le mithraïsme gréco-romain se posait en concurrent du christianisme. Tertullien allait jusqu’à donner les mithraïstes en exemple aux chrétiens. Lorsque l’empereur Aurélien chercha à réunifier la conscience religieuse de l’Empire autour du culte du Sol inuictus, il s’en fallut de peu que le mithraïsme ne devint la religion officielle. Renan dira à ce propos : « Si le christianisme eût été arrêté dans sa croissance par quelque maladie mortelle, le monde eût été mithriaste. »

A la fin du IVe siècle, dans la continuité du concile de Nicée qui proclama la divinité de Jésus Christ, l’Eglise dominante institua la fête de la Nativité du Sauveur le 25 décembre pour effacer celle de Mithra : « Dans les ténèbres se lève la lumière. » (Ps. CXII, 4.) Jésus devait donc naître dans une grotte, au cœur de la nuit. A l’image de Mithra, il vainquait l’obscurité et portait la lumière qui renouvelle la vie. Le Christ apparut comme « la lumière des nations » (Is. XLIX, 6).

Les évangiles de l’enfance commencèrent à être rédigés, aussi merveilleux les uns que les autres. « Et Joseph dit à Marie de descendre de sa monture et d’entrer dans une caverne souterraine où la lumière n’avait jamais pénétré et où il n’y avait jamais eu de jour, car les ténèbres y avaient constamment demeuré. A L’entrée de Marie, toute la caverne resplendit d’une splendeur aussi éclatante que si le soleil y était. » (Evangile de la Nativité I, 13.) Les textes apocryphes recevaient l’assentiment de l’Eglise en quête d’une légende vraie : « Deux jours après la naissance du Seigneur, Marie quitta la grotte, entra dans une étable et déposa l’enfant dans une crèche, et le bœuf et l’âne, fléchissant les genoux, adorèrent celui-ci. » (Ps-Matthieu 14.)

Si l’on en croit l’Evangile de Matthieu, Jésus vit le jour sous le règne du roi de Judée Hérode le Grand (Mt. II, 1), qui mourut en l’an 4 av. J.-C. Selon l’Evangile de Luc, Jésus naquit peu de temps après l’édit de recensement de César Auguste, sous le gouvernorat de Quirinius (Luc II, 2). L’épigraphie atteste bien un recensement en l’an 8 av. J.-C., sous le règne d’Hérode le Grand, mais Quirinius n’était pas encore gouverneur de Syrie. Il y eut effectivement un recensement sous Quirinius, mais en l’an 6 ap. J.-C. Il semble que Luc ait fait une confusion et que Jésus naquît en l’an 8 ou 7 av. J.-C., au plus tard en l’an 5 av. J.-C. (voir Jn. VIII, 57) ; probablement au printemps, lorsque les bergers vivent aux champs (Luc II, 8) ; peut-être au moment de la Pâque, quand les pèlerins emplissent les auberges (Luc II, 7).

Parmi les nouveaux développements réalisés depuis la dernière pleine lune :

LE CHEMIN DE DAMAS

Voir les quatre nouveaux sous-chapitres de « La loi universelle de la conscience ».

Extraits :

8 La légalité n'est pas justice

La principale mission de persécution qui ait été donnée à Paul l'amena à Damas, à la poursuite de « ceux qui sont sortis du pays de Juda et se sont exilés au pays de Damas » (Damas. VI, 5) ; « Ceux qui sont entrés dans la Nouvelle Alliance au pays de Damas. » (Ibid. 19). Chassé de sa terre « comme l'oiseau de son nid » (Hy. IV, 8-9), exilé à Damas, le Maître de Justice eut d'abord à se garder du roi : « Et tu as mis [mon âme, pour le juge]ment, au milieu des lions destinés aux fils de la faute, des lions qui brisent les os des forts et qui boivent le sa[ng] des vaillants. Et tu m'as placé dans un lieu d'exil parmi des pêcheurs nombreux qui étendent un filet [Damas IV, 15] sur la face des eaux (les commandements) et (parmi) les chasseurs (mandés par Yhwh) contre les fils de perversité (les Judéens). Et là, pour le jugement, tu m'as fondé, et tu as fortifié dans mon cœur le secret de vérité ; et c'est d'ici qu'(est venue) l'Alliance vers ceux qui la cherchent. » (Hy. V, 6-9).
L'on est autorisé à penser que le zèle persécuteur de Paul prit les Esséniens pour cible, accessoirement les Nazaréens disciples de Jésus qui leur demeuraient encore très proches, mais dont rien ne dit aussi clairement qu'ils étaient exilés à Damas. Peu de chose semble en effet séparer les deux communautés avant que ne soit exécuté le Maître de Justice et que Jésus ne gagne de nouveaux partisans (Mt. XVI, 23 ; XX, 21).
Aux persécutions s'est probablement ajouté le schisme : « Et moi, je fus en butte aux of[fenses de] mes [ad]versaires, un objet de querelle et de dispute pour mes compagnons, un objet de jalousie et de colère pour ceux qui étaient entrés dans mon Alliance, un objet de murmure et de critique pour tous ceux que j'avais rassemblés. Et [tous ceux qui man]geaient mon pain, contre moi ils ont levé le talon. » (Hy. V, 22-24). Le lecteur assidu des courriers de l'apôtre et des Hymnes du Juste, reste frappé par le lien qui les tresse, les noue, les sépare, par les ambiguïtés, les reprises, les contradictions, les oppositions. Une dialectique se dévoile en deux écrits qui s'embrassent, se répondent, se disputent et souffrent l'un de l'autre.
La rupture paulinienne avec le courant essénien est établie : « Tous ceux qui sont entrés dans le Conseil de sainteté, ceux qui marchent dans la perfection de voie selon ce qu'il a prescrit, tout homme d'entre eux qui transgressera un point quelconque de la loi de Moïse, délibérément ou par relâchement, on le chassera du Conseil de la Communauté, et il ne reviendra plus ; et nul d'entre les hommes de sainteté ne se mêlera à ses biens ni en son conseil en aucune chose. » (Règle VIII, 21-23) (Mt. V, 19).
Les deux Messies attendus revêtent, pour l'un, la personnalité divine, pour l'autre, la personnalité humaine : « Car le Seigneur suscitera quelqu'un de Lévi, en tant que grand prêtre, et de Juda, en tant que roi, Dieu et homme. C'est lui qui sauvera toutes les nations et la race d'Israël. » (Test. Sim. VII, 2) Dans cette perspective, Jésus Christ, reconnu comme « le roi des Juifs » (voir Mt. XXVII, 37), ne peut figurer que la part de l'homme. L'on ne voit pas à qui aurait été dévolue la part de Dieu, sinon au Maître de Justice (Jean le Baptiste). Il est fort intéressant de considérer sous cet angle l'antagonisme entre Jean le Baptiste (le Juste) (Mt. XXI, 26) et Jésus le Nazaréen, en rappelant que Jean était connu comme descendant d'Aaron. Son père, Zacharie, est présenté comme prêtre de la classe sacerdotale d’Abia (ou Abiyya), l’une des vingt-quatre classes établies au temps de David. Sa mère, Elisabeth, est considérée comme issue de la grande famille sacerdotale d’Aaron, dont elle porte le nom de la femme (« Elichéba ») (Lc. I, 5) (voir Damas B I, 11). L'on attribuait parallèlement à Jésus une ascendance davidique (Lc. III, 31).
Etabli comme l'unique Messie après l'exécution de Jean, Jésus réunit les deux personnalités (les deux parts) et devint à la fois « Dieu et Homme » (Test. Sim. VII, 2) (Rm. IX, 5) : “Si la prêtrise lévitique, sur laquelle, repose la loi donnée au peuple, avait atteint la perfection, quel besoin que se lève encore un autre prêtre à la manière de Melkisédeq (Jésus) et non dès lors à la manière d’Aaron (Jean ou le Maître de Justice) ? » (Hé. VII, 11).


9 La loi de l'esprit libère de la loi du péché

Nous devons noter l'alignement clair des trois concepts de « loi » : 1) La loi de l'esprit (que le Christ révèle en la conscience libre du converti) ; 2) La loi du péché (qui appartient au règne terrestre de l'incarnation) ; 3) La Torah ou loi positive (qui ne se départit pas de la loi du péché). Pour les Hébreux, il n'est évidemment d'autre loi que la seule Torah, à la fois loi de la création (loi naturelle) et loi sociale (conforme à la volonté de divine).
Dans la pensée de Paul, la loi de Moïse participe au mode d’être terrestre. Elle ne peut prétendre élever l’homme vers un devenir céleste. Elle revêt l'habit d'une hypocrite sagesse (1 Co. I, 20 ; III, 19) qui satisfait l'esprit du monde (1 Co. II, 12). Cette qualité mondaine la rend inefficace lorsqu'il s'agit d'arracher l'homme à son incarnation (Rm. V, 12). Loin de vaincre la mort, la Torah la sert (2 Co. III, 7). Elle croit la maîtriser par les peines capitales qu'elle ordonne à l'encontre de ceux dont la liberté signe le blasphème. La loi de l'esprit revêt de tout autres qualités. Elle conduit l'homme au détachement de « ce mauvais âge présent » (Ga. I, 4). Elle lui donne en partage la puissance de vie éternelle (Rm. VIII, 2). Ruinant les valeurs du monde qui trouvent leur principe dans la volonté égarée de survivre (Rm. VI, 12), la loi de l'esprit libère le converti de son exil terrestre. Le Seigneur le rachète de l'esclavage de l'incarnation.


10 Les tribunaux sont incompétents

Dans la société paulinienne, les frères établissent des relations d'amour les uns envers les autres. Ils ne peuvent entretenir des relations légales contraires à l'idéal de la justice spirituelle que Jésus Christ révèle en dehors de la Torah et, a fortiori, en dehors de toute loi. La fin de la loi n'est envisageable que parce qu'elle coïncide avec le commencement de l'amour et de la paix, qui marquent la fin des temps. Ainsi, les membres de la communauté ne doivent-ils pas s'engager dans des procès, pire encore, dans des procédures qui mettent deux adhérents en conflit. Le juridisme qui perdure, témoigne d'une incompréhension de l'annonce paulinienne et d'un attachement tenace à l'esprit des lois. Pourtant, le choc révélateur de l'exécution de Jésus Christ, doublement jugé par les Judéens et les Romains, en une connivence légale et bien comprise, a désacralisé la Torah et invalidé à jamais la loi de l'Empire.
Les plaideurs ruinent l'annonce de l'évangile. Comment prêter foi à la parole de Dieu qui abroge la loi, quand les adhérents eux-mêmes (l'on n'ose dire les convertis) étalent devant le monde un comportement si contraire à l'idée que Paul attend qu'ils propagent ? L'apôtre donne alors un meilleur conseil : ne réclamez point ce que vous croyez encore comme votre dû (1 Co. VI, 7) (Mt. V, 40). Même l'arbitrage d'un sage est un regain de loi. Nous retrouvons également dans le Livre des secrets d'Hénoch : « Perdez votre or et votre argent pour votre frère, pour que vous receviez un trésor non selon la chair au jour du Jugement. » (2 Hén. L, 4). Les Memoria de Matthieu ajoutent : « Seigneur, combien de fois mon frère va-t-il pécher contre moi, et moi lui remettre ? Jusqu'à sept fois ? Jésus lui dit : Je ne te dis pas jusqu'à sept fois mais jusque soixante-dix fois sept. » (Mt. XVIII, 22).


11 Nul ne juge l'homme habité de l'esprit

L'on sait que pour les Esséniens, les mystères abritent la raison cachée de l'affrontement des esprits de lumière et de ténèbres, pour un temps fixé par Dieu : « Une ardeur combative (les oppose l'un à l'autre) au sujet de toutes leurs ordonnances ; car ils ne marchent pas de concert ! Mais Dieu, en ses mystères d'intelligence et en sa glorieuse sagesse, a mis un terme pour l'existence de la perversité ; et, au moment de la visite, il l'exterminera à jamais. » (Règle IV, 17-19). De même, Paul affirme qu'au moment attendu, « le Seigneur éclairera les secrets des ténèbres » (1 Co. IV, 5).
Nous pouvons comparer l'idée exprimée par l'apôtre avec l'enseignement suivant contenu dans le Testament des douze patriarches :
« Deux esprits s'occupent de l'homme, celui de la vérité et celui de l'égarement. Au milieu est celui de la conscience intelligente qui lui permet de pencher où il veut. Les œuvres de la vérité et celles de l'égarement sont inscrites sur la poitrine de l'homme, et le Seigneur connaît chacune d'elles. Il n'est pas d'instant où puissent être cachées les œuvres des hommes, car c'est dans sa poitrine même qu'elles ont été gravées devant le Seigneur. » (Test. Jud. XX, 1-4).
La lumière et les ténèbres correspondent à chacun des deux esprits que Dieu répartit, dès le commencement, entre les fils de l'homme : « Dans une fontaine de lumière est l'origine de la vérité, et d'une source de ténèbres est l'origine de la perversion. Dans la main du Prince des lumières est l'empire sur tous les fils de justice (...) et dans la main de l'Ange des ténèbres est tout l'empire des fils de perversion. » (Règle III, 19-20). Le Testament de Lévi définit les ténèbres par leur opposition à la Torah : « C'est à vous de choisir la lumière ou les ténèbres, la loi du Seigneur ou les œuvres de Béliar. » (Test. Lévi XIX, 1). Plus précisément, le Testament de Nephtali caractérise la dualité (relative) entre « la loi du Seigneur » et « la loi de Béliar », pour affirmer que les deux lois trouvent en Dieu seul leur unique principe, selon les mystères de la création (Test. Neph. II, 6).
Paul ne tient pas le même discours qu’Apollos, le disciple de Jean le Baptiste. Les mystères du Seigneur ne se perçoivent ni dans le retour d'Israël vers la véritable Torah, ni dans le pardon de Dieu pour le repentir du temps d’égarement. Ils se dévoilent pour la première fois en l'évangile de liberté (Rm. XVI, 25). La perspective dualiste se trouve radicalement modifiée. Les mystères ne sont plus dans l'insondable raison de Dieu, qui met aux prises deux esprits opposés. Ils se cachent dans l'incarnation de l'homme et l'esclavage de la création. La dualité change d'étage. La loi universelle de la conscience et la conversion des nations (Rm. XI, 25), déroulent le plan d'un rachat de Dieu pour un retour d'exil vers la création céleste. Paul interprète la prophétie : « Alors [les fils de jus]tice éclaireront toutes les extrémités du monde, de façon progressive, jusqu'à ce que soient consommés tous les moments des ténèbres. » (Guerre I, 8).


--------------------------------------------------------------------------------
La « Consolation » de Pierre, de Belgique, est à découvrir.

Merci à ceux d’entre vous qui, bien plus qu’ils ne l’ont lu, ont pris « Le Manifeste » en main pour le divulguer. Il constitue un élément majeur pour étayer nos idées et faire connaître l’actualité de la pensée cathare.

Bien cordialement,
Yves Maris.
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MessageSujet: Re: La Lettre de Roquefixade   La Lettre de Roquefixade EmptyMar 22 Jan 2008 - 12:36

La Lettre de Roquefixade Lettre n°14 - 22 janvier 2008

Chers amis,

Dans une chapelle de montagne, j’ai participé à une rencontre de prière chrétienne œcuménique qui réunissait une centaine de personnes autour de deux pasteurs protestants et de deux prêtres catholiques, dont l’évêque de Pamiers. Bien sûr, je ne saurais cultiver l’illusion qui se proclame ici à voix haute, celle d’un dieu créateur que l’on croit bon, que l’on appelle « papa », que l’on entoure de sentiments et que l’on personnalise terriblement. J’écoute les enfantillages, j’observe l’émotivité, je considère les errements des cœurs. Je me joins à l’assemblée sans partager ni les prières absurdes, ni les chants aberrants, ni l’optimisme benêt. Les chrétiens ordinaires pardonnent heureusement les « hérétiques » et mon intention est de cultiver les relations humaines, d’entretenir les amitiés malgré les barrières de la pensée. C’est pour cela que j’étais là, probablement le seul cathare rescapé dans l’assemblée. Néanmoins, ma satisfaction fut comblée lorsque j’entendis l’évêque de Pamiers dire du prophète Elie, l’une des figures majeures de la vieille Bible, qu’il était un homme d’une grande cruauté. J’ai compris que je ne prêchais pas en vain. Le dialogue me semble plus aisé avec les catholiques qu’avec les protestants que l’on appelle « évangéliques ». Certes, notre pensée est inversée, mais nous avons avec les premiers une histoire dialectique en commun, alors que nous n’avons rien avec les seconds, si ce n’est, évidemment, l’humanité.

Parmi les nouveaux développements réalisés depuis la dernière pleine lune, vous pouvez prendre connaissance de la Consolation de Claude, de Toulouse, du témoignage de Lucía, de Valencia, du message de Colette, du Québec, de la lettre de Guy, de Carcassonne… (Rencontres cathares)
LECTURES CRITIQUES

La rubrique s’est enrichie de la lecture de cinq nouveaux chapitres du Roman pseudo-clémentin.

Extraits :

La doctrine des deux assemblées, de droite et de gauche.

Pierre enseigne la doctrine des deux chefs : celui de droite, Pierre, et celui de gauche, Simon. Dès le principe, Dieu leur a imposé cette loi : « Chacun d’entre eux n’aurait de pouvoir que s’il avait d’abord pour commensal celui à qui il voudrait faire du bien ou du mal. » Ceux qui se sont joint à la communauté sacrificielle se sont rangés du côté gauche et se sont asservis au « prince du mal ». En mettant fin à leur conduite et en se rangeant du côté droit, ils trouvent le « bon prince de droite » qui les ramène à Dieu avec pour effet la guérison de l’âme et du corps : « Car lui seul, qui détruit par la gauche, est capable de faire vivre par la droite, tout comme d’abattre, puis de relever celui qui est gisant. » Faire ce qui plaît à Dieu consiste d’abord à « s’abstenir de la table des démons, ne pas goûter de chair morte, ne pas toucher au sang ». L’obéissance dont les juifs ont témoignée est érigée en modèle : « Montrez-la aussi, vous tous, et adoptez, en autant de corps que vous êtes, une seule pensée. » (Ibid. 4, 3.) En dépit du nombre de leurs sectes, les juifs se sont montrés unis dans la vénération du Dieu créateur.

Cet enseignement peut être utilement rapproché du jugement de Paul à l’égard des premières agapes. L’apôtre accepte la diversité des « sectes », relativement à l’avancement dans la foi et la perfection de conduite, « pour que les meilleurs se manifestent ». Mais l’ensemble ne forme ou ne doit former « qu’un corps ». La diversité des sectes (les « corps ») se retrouve dans la prédication de Pierre qui demande toutefois de ne faire valoir qu’« une seule pensée ».

Paul demande de ne pas confondre les agapes, de qualité très inégale d’une secte à l’autre, et « le dîner du Seigneur ». Il rapporte l’inspiration par lui-même reçue de ce que doit être ce « dîner ». Il faut bien remarquer que Paul dit : « Moi, j’ai reçu du Seigneur et vous ai transmis que le seigneur Jésus, la nuit où il fut livré, prit du pain… » S’il a « reçu du Seigneur », cela signifie qu’il n’a pas repris le rituel de la bénédiction du pain et de la coupe d’une coutume portée par les Douze. D’ailleurs, la tradition de Pierre ignore tout d’un rituel « en mémoire » de Jésus. Pierre bénit la nourriture avant le repas réservé aux baptisés et rend grâce quand il est « rassasié », « selon la pratique habituelle des Hébreux ». L’intention de Paul est christologique : il annonce « la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’il vienne ». Les paroles rituelles sont figées. L’apôtre règle la conduite des commensaux. Il appartient à chacun de juger en son for intérieur s’il est digne ou non de participer au « dîner » et d’être attentif que le repas se déroule dans l’esprit. Faute de discernement, « il y a parmi [eux] beaucoup de faibles et de malades et un bon nombre sont morts ». Nous retrouvons ici les faits qui provoquent la médisance de Clément au sujet des maladies consécutives au festin du bœuf sacrifié organisé par Simon.

Revenons aux préceptes concernant les agapes pétriniennes. Il s’agit de « s’abstenir de la table des démons » et de veiller à consommer une nourriture végétarienne : « Ne pas goûter de chair mortes, ne pas toucher au sang. » Il est rapporté un peu plus loin que Pierre prend « uniquement du pain et des olives, rarement des légumes ». Paul juge le régime végétarien comme un acte de faiblesse par rapport à la liberté qu’il proclame : « L’un, avec foi, mange de tout ; l’autre, faible, mange des légumes. » Quand Pierre utilise le terme « la table des démons » à propos des repas païens où sont servis les chairs issues des sacrifices, Paul renvoie aux repas juifs : « Ce qu’ils immolent, ils l’immolent [aussi] aux démons et non à Dieu. » Si l’on devait éviter de s’asseoir à la table des païens, l’on devrait également s’abstenir de partager le repas des juifs. Par conséquent, dit Paul : « Mangez de tout ce qui se vend à l’étal, sans en faire cas. »

La doctrine des deux voies.

La doctrine de la gauche et de la droite de Dieu évite la question de la dualité. Le créateur donne la mort par sa gauche et la vie par sa droite. Sa puissance maîtrise les deux voies, d’autant qu’il peut choisir et rendre la vie à celui qui est mort. En présence de deux mouvements religieux qui prennent le Prophète de vérité (le Christ) pour référence, Pierre argumente dans le sens de l’unité de Dieu. Rien ne pouvant échapper à la volonté du maître du monde, l’opposition des deux assemblées (des deux Eglises) sur les questions fondamentales de doctrine procède nécessairement de la volonté de Dieu. A Simon, il accorde le pouvoir de faire le mal, à Pierre, celui de faire le bien. Les hommes doivent être éprouvés en sorte que la connaissance du mal porte les repentis vers le bien. La pétition de principe est claire : il faut sauver l’unité de Dieu créateur.

Une telle économie de la foi justifie la proximité d’une religion opposée issue de la gauche de Dieu, tandis que la religion véritable procède de la droite. Lorsque l’assemblée de la fin des temps se réunira et que le fils de l’homme prendra place sur son trône de gloire, il est dit : « On rassemblera devant lui toutes les nations et il les séparera les uns des autres comme le berger sépare les brebis d’avec les chèvres, et il placera les brebis à sa droite, et les boucs à sa gauche. Alors le roi dira à ceux de sa droite : Ici les bénis de mon père, héritez de ce règne qui est prêt pour vous depuis la fondation du monde… Alors il dira à ceux de gauche : Allez loin de moi, maudits… » Rappelons-nous la terrible colère du grand prêtre au Temple à Jérusalem lorsque Jésus lui dit : « Vous verrez désormais le fils de l’homme assis à la droite de la Puissance. » Cette parole blasphématoire est le point central de l’accusation, car, par opposition, Jésus place la hiérarchie légitime du Temple « à la gauche » de Dieu, c’est-à-dire du côté du mal, avec les damnés. Il se dissocie radicalement de la religion établie. Par un seul mot, il avoue qu’il la renverse et la maudit !

L’origine démoniaque de la nourriture carnée.

Le végétarisme est un élément essentiel de la doctrine de Pierre, en opposition avec le modèle paulinien de la liberté de table. Sur ce point fondamental, nous accordons crédit à Pierre contre Paul qui justifie sa conduite par la nécessité d’entrer dans la société païenne pour y annoncer le Christ : « J’ai été sans loi avec ceux qui sont sans loi. » De tradition pharisienne, Paul consommait les viandes propres à la consommation légale. Devenu chrétien, il enseigne l’abrogation de la Torah et laisse à chacun sa liberté de conscience pour juger s’il doit ou ne doit pas suivre un régime végétarien. Il ajoute cependant : « Si une nourriture scandalise mon frère, je ne mangerai plus de viande jusqu’à la fin du monde. »

Jésus condamne les rites sanglants. Ce ne sont pas les changeurs qu’il chasse du Temple, mais les vendeurs d’animaux à sacrifier : « Il renverse les sièges des vendeurs de colombes… » « Il fait un fouet avec des cordes et les jettes tous hors du sanctuaire, avec les brebis et les bœufs… Il dit aux vendeurs de colombes : Enlevez cela d’ici ! » Jésus s’inscrit dans la perspective essénienne d’un Temple purifié. Le document de la mer Morte intitulé « Florilège » porte ce commentaire d’un verset du cantique de Moïse : « Au sanctuaire que tes mains ont fondé, ô Seigneur, Yahvé régnera éternellement et perpétuellement. » Dans cette Maison n’entrera ni l’impie ni l’impur, ni l’étranger mais « ceux qui portent le nom de saints ». Les esséniens végétariens (« les saints » ou « les consacrés ») prendront possession du Temple. Ils y imposeront leur loi dans une tout autre perspective que celle des sacrifices sanglants. Le document poursuit : « Et il a ordonné de construire pour lui un sanctuaire d’hommes, pour qu’on fît monter, telle la fumée des sacrifices, en son honneur, devant lui, les œuvres de la Loi. »

Tandis que Paul différencie les agapes chrétiennes et le « dîner du Seigneur » au rituel consacré, Pierre ne fait pas de différence. Il bénit la nourriture avant le repas et rend grâce quand le repas est achevé. Si bien qu’il refuse de s’asseoir à la table de ceux qui n’ont pas reçu le baptême de purification et qui mangent la chair animale. Paul met Pierre face à ce qui lui apparaît comme une contradiction : ne mange-t-il pas à la table des juifs qui consomment de la viande issue de sacrifices rituels ? Ne se trouve-t-il pas alors assis à « la table des démons » ? Ne peut-on également dire des juifs que « ce qu’ils immolent, ils l’immolent aux démons et non à Dieu » ? Il est inconséquent de refuser de manger avec les païens ou les chrétiens pauliniens qui, de même que les juifs, sacrifient en vain. Mais la contradiction de Pierre est levée pour qui accepte la doctrine selon laquelle Moïse et Jésus ne sont que l’épiphanie du même Prophète de vérité et que « Dieu reçoit celui qui croit en l’un comme en l’autre ».

Contre Zoroastre.

L’attaque de Pierre à l’encontre de Zoroastre (Zarathoustra) n’est pas surprenante dans un texte où le disciple s’oppose à Simon le mage. Rappelons quelques caractères de la doctrine mazdéenne, pour fixer la pensée : « Quand Jésus fut né à Bethléem de Judée aux jours du roi Hérode, voilà que des mages arrivèrent du Levant à Jérusalem…» Zoroastre entreprit de réformer l’ancienne religion aryenne (660-583 av. J.-C.). Les dieux furent tenus pour des démons et le polythéisme fit place au monothéisme. Les sacrifices sanglants furent abolis et l’adoration d’Ahura Mazdâ inaugurée. Le ciel est le royaume du Seigneur sage, bon, juste, saint et lumineux et de ses Puissances obéissantes, chacune à son rang. La perfection des rituels et la conformité à la norme sociale, selon la caste, n’ouvrent plus les portes du ciel, mais la conduite personnelle parfaite, la rectitude des pensées, des paroles et des actions. La perfection est une lutte de vie. L’Esprit Mauvais tend des pièges à l’âme, jusqu’au dernier souffle du corps qui l’enferme. Ce bas monde est un champ de bataille où s’affrontent les fils de lumière et les fils des ténèbres. Et chacun a le choix du camp qu’il veut rejoindre. Contraire de l’Esprit Saint, l’Esprit Mauvais est également subordonné au Seigneur Sage. Le dualisme relatif que cette religion développe sera à maints égards celui des esséniens : « La conquête des fils de lumière sera entreprise en premier lieu contre le lot des fils de ténèbres. » Cette filiation se retrouve dans le prologue de l’Evangile de Jean : « La lumière brille dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas trouvée. »

Les Mages, qui semblent avoir formé une tribu aryenne en Médie, adoptèrent la doctrine réformée. Ils se vouèrent si bien à la propagation de la foi mazdéenne que les Grecs tinrent Zoroastre pour le chef des Mages et que par le terme de « magie » ils se représentaient cette religion dans son ensemble. Puis, vinrent les attaques contre le mazdéisme, auxquelles nous voyons que la tradition pétrinienne n’est pas étrangère, et la magie devint synonyme de la sorcellerie, et le magicien, du sorcier.

Unité de Dieu et pluralité du divin.

Le mythe du paradis terrestre et des bénédictions perdues, pour cause d’ingratitude envers Dieu, fonde un raisonnement qui soutient toujours la foi des fidèles des Eglises classiques. En mêlant Dieu à l’Histoire et en lui en attribuant la maîtrise, Pierre l’amène à fréquenter les hommes. Le dogme de l’image de Dieu établit le voisinage. Il privilégie la condition humaine au cœur de la création. La crainte de Dieu prend sens : Dieu est là, il observe... Si l’homme devait craindre un dieu transcendant, une telle crainte ne produirait pas de soumission, puisque celle-ci ne vise qu’à implorer la bénédiction. A l’inverse, l’insoumission offre l’homme en proie aux démons et aux maladies.

Si l’image pétrinienne de Dieu réside dans la forme humaine douée de sens et de sentiments, la ressemblance est dans l’âme ou, plus précisément, dans l’intellect que contient l’âme humaine. Chez Pierre, l’homme privé de raison, incapable de se soumettre et de se conduire selon la loi de Dieu, perd la ressemblance et régresse au rang de l’animal. Paul ne théorise pas sur l’image et la ressemblance, mais l’on retrouve chez lui l’idée de l’homme animal et de l’homme spirituel. Pour l’apôtre, Adam est l’opposé du Christ, le modèle de l’homme animal, brut, violent et passionné. Il ne demande pas au chrétien d’être parfait comme peut l’être le créateur. Ce serait valoriser l’incarnation (l’image). Le Christ ressuscité devient le modèle de l’homme spirituel capable du discernement de conscience. Le Christ vivant en l’homme (l’état de grâce) donne à celui-ci la filiation divine qui le relie par la loi (la Parole) intérieure (qui n’est plus celle de la nature ou du créateur). Chez Pierre, il y a d’abord la loi extérieure (la loi positive) et, par la crainte et la soumission, la ressemblance au Dieu créateur est rétablie. Chez Paul, il y a désormais la loi intérieure et, par la grâce, la ressemblance au Christ est réelle.
LE CHEMIN DE DAMAS

Voir les quatre nouveaux sous-chapitres de « La loi universelle de la conscience ».
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MessageSujet: Re: La Lettre de Roquefixade   La Lettre de Roquefixade EmptyMar 22 Jan 2008 - 12:37

Extraits :

12 - Les œuvres de l'esprit

Pour Paul
également, Dieu juge selon « la vérité » (Rm. II, 8). Il nous enseigne
que celle-ci se découvre à la fois par la connaissance de Dieu,
puissant et invisible dans la création asservie (Rm. I, 20) (Test.
Neph. III), et par l'intelligence de l'impératif divin, qui se révèle
en la conscience éclairée de l’homme (Rm. II, 15) (Règle IV, 2).
Néanmoins, le concept paulinien de vérité ne peut se confondre avec la
doctrine essénienne. A la vérité s'oppose le mensonge. Il revêt la
forme de l'impiété lorsque l'homme ne reconnaît pas la réalité toute
céleste de Dieu, qu'il ignore la loi de l'esprit et croit trouver la
loi de Dieu dans le droit. Faire le bien revient à marcher « selon
l'esprit » (Rm. VIII, 4) qui est justice de Dieu. Faire le mal consiste
à désobéir à la vérité intérieure, c'est-à-dire, à marcher « selon
l'homme » (psychique ou charnel) qui ne connaît point l'esprit (1 Co.
III, 3). Paul sort de la dualité essénienne, qui consiste à voir deux
esprits opposés en l'homme. Il entre dans une dualité nouvelle où
l'esprit de Dieu, emplissant la pensée de l'homme, rencontre la loi du
péché, la loi fondamentale de l'incarnation (Rm. VII, 23). Toute vie
terrestre anime le mal !

Les deux ensembles, Torah et « loi de
l'esprit » (Rm. VIII, 2), ne sont pas superposables mais recouvrent
certainement une intersection. L'Hébreu peut être juste selon sa loi,
mais ne point l'être selon la loi de l'esprit. Il peut encore être
injuste selon sa loi mais juste selon la loi de l'esprit : « Car les
hommes bons, ceux qui n'ont qu'une face (les simples), sont justes
devant Dieu, quand bien même seraient-ils tenus pour des pécheurs
devant les hommes à double face (les Pharisiens). » (Test. Aser IV, 1).
Quoi qu'il en soit des précautions oratoires que prend l'apôtre à
l'égard des Hébreux fidèles à l'esprit saint de la Communauté qui
demeurent à Rome (Rm. XVI, 2), il est indubitable que, pour lui, Dieu
ne mesure point le bien et le mal à l'aune de la Torah, mais selon la
loi de l'esprit (Rm. VI, 14). Connaissable par les Hellènes autant que
par les Hébreux, la justice de Dieu devient universelle.

13 - Le Christ et la Torah sont contradictoires

Le sens profond
que l'apôtre donne à la crucifixion se révèle : « Car par la loi (la
Torah) je suis mort à la loi (la Torah) afin de vivre pour Dieu. Je
suis crucifié avec le Christ » (Ga. II, 19). Le Christ a été condamné à
être pendu au bois. En mourant par la Torah, il est mort à la Torah
(Rm. XV, 8). L'homme de foi partage la conviction. Le sens de cette
mort appelle à une invalidation universelle de la loi extérieure, des
hommes ou des anges. Certes, le jugement initial portant sur
l'accusation de blasphème ne procède que de la Torah. Le «
il-est-passible-de-mort » (Mc. XIV, 64) est un jugement de couloir dans
l'attente de la confirmation divine. Mais l'exécution (Pilate s'en
serait-il lavé les mains n'y changerait rien) a été expédiée et
légalement ordonnée par le préfet de Judée, selon la procédure romaine.
Pour le converti paulinien, sinon pour le fidèle de Jésus Christ, la
loi de l'Empire est au moins aussi injuste et haïssable que la loi
d'Israël. Tant de coups de triques et de pierres ont borné sa voie,
tant de portes de prisons se sont refermées sur l'apôtre à l'étape,
qu'il serait difficile d'être aveugle au sens de son évangile. Pour
Paul, l'injustice de la loi positive est universelle. Néanmoins, la
Torah pose le problème majeur parce qu'elle laisse accroire qu'une loi
positive peut être divine : « Méditons tous la loi du Dieu Très-Haut,
qui de toutes les lois de la terre, est la plus juste. » (Or. Sib. III,
719).

L'homme spirituel partage le destin de Jésus Christ. En
son incarnation, il se veut lui-même crucifié (Ga. II, 19), rebelle à
la loi jusqu'où elle ne peut plus aller. L'apôtre proclame certes un
évangile de la libération (Rm. VI, 6). Ce serait néanmoins retourner
son sens que de conclure qu'il projette de bâtir un quelconque système
mondain qui édicterait de nouvelles lois (positives) prétendument plus
justes ou plus vraies. Les enjeux de pouvoir ne sont jamais pauliniens.
Le Christ qui vit dans la pensée du Parfait le libère du péché, de la
crainte et de la loi. Il occupe l'homme intérieur, le seul véritable
(Rm. VIII, 10). En bon rhéteur, l'apôtre garde l'argument indiscutable
pour la conclusion. S'il y a une justice en la Torah, il faut croire
que le Christ n'était que « ce prophète ou ce songeur de songe » (Dt.
XIII, 2) dont Yhwh demande la mort. Il faut dire qu’il fut justement
exécuté pour son blasphème et sa folle impiété : « Car s’il y a une
justice par la loi, le Christ est donc mort pour rien. » (Ga. II, 21).

14 - Le signe de l'esprit n'est point attaché au sexe.

L'Hébreu
est en effet esclave de la Torah (Rm. VIII, 15) (Ga. II, 4 ; IV, 24).
Mais « celui qui était esclave lors de son appel par le Seigneur est un
affranchi du Seigneur » (I Co. VII, 22). Un sens identique se retrouve
dans la Lettre aux Galates : « Le Christ nous a libérés pour la
liberté. Debout, donc ! et qu'on ne vous retienne plus sous le joug de
l'esclavage. » (Ga. V, 1). Il s'agit d'une liberté totale et non point
d'un changement de maître. Paul demande à l'Hébreu de se laisser
libérer sans crainte du joug oppressif. D'esclave qu'il est, il devient
l' « affranchi du Seigneur ». Bien entendu, il ne peut demeurer, après
l'appel, en l'état social où celui-ci le surprend (1 Co. VII, 13).
Sinon, la conversion ne serait qu’un vain mot ! Son rapport au monde et
à Dieu se trouve absolument bouleversé. Paul lui-même constitue le
modèle. Il a jeté cul par-dessus tête la tradition de ses ancêtres
(Php. III, 5-6). Il a quitté Jérusalem et court maintenant les voies de
l'Empire « tel que le Seigneur lui a fait sa part » (1 Co. VII, 17). «
De même celui qui était libre lors de son appel est un esclave du
Christ. » (Ibid. 22). Ainsi, le Goy, naturellement libre de l'esclavage
de la Torah, lui « qui n'[a] pas de loi » (Rm. II, 14), doit maintenant
se soumettre à cette loi du Christ qu'est la loi de sa conscience
éclairée.

L'apôtre demande vivement aux Hébreux convertis comme
aux Hellènes, de ne pas répondre aux sollicitations de l’adversité qui
réclame la pratique de la Torah et la circoncision pour tout Prosélyte.
Aux uns, il demande de se ranger sous la loi du Christ, parce qu'ils
sont « libres » (Ibid. 22). Aux autres, « esclave[s] » de la Torah lors
de leur appel (1 Co. VII, 21), il clame de profiter de la liberté. «
Achetés comptant » (Ibid. 23) par le Christ, ils ne courent pas le
risque du retour des choses nanties. Ils ne sont pas acquis par un
autre maître d'esclaves, mais pour être rendus à la liberté (Ga. V, 1).
Qu'ils ne se laissent pas mener ou ramener dans les rets de la loi,
quand le Christ leur offre la liberté !

Que chacun cesse d'en
juger par le sexe ! Le pacte de Moïse est caduc, la fin des temps
n'oblige plus à la séparation des Hébreux et des Hellènes (Ga. III,
28). Paul conclut de la façon dont il introduit (1 Co. VII, 18) sa mise
au point : « Que chacun demeure devant Dieu tel qu'il était lors de son
appel » (Ibid. 24). Entendre ici une allégeance à l'ordre établi et une
reconnaissance (spirituelle !) de la qualité d'esclave, au lieu d'y
voir simplement la question du signe de la circoncision, relève d'une
incompréhension totale du message paulinien de libération et de son
rejet absolu de toute légalité. L’esclavage, c’est encore la loi ! La
péricope, 1 Co. VII, 17-24, n'est pas à sa place. Elle coupe
l'enseignement paulinien sur le mariage qui s'interrompt au verset 16
et reprend au verset 25. Cette situation peut favoriser le contresens.

15 - Le rachat des hommes.

Comme
dans les livres prophétiques, le terme « rédemption » signifie la
restauration d’Israël et la victoire sur les nations. Lorsque
Adonaï-Yhwh rachète Jacob à Cyrus, l'acte est clair. Le Règlement de la
Guerre annonce l'ultime rachat. Il ne restera plus trace du lot de
Bélial pour capturer Israël en ses filets.

Pour Paul, l'humanité
se trouve libérée de l’asservissement de l'incarnation (Rm. VIII, 21).
En prime pour les Hébreux, de « l'esclavage de la loi » (Rm. VII, 6)
(Ga. IV, 5). S'il est un roi à qui payer la rançon des hommes, n'est ce
pas à celui-là même qui est le principe de l'incarnation, du péché et
de la mort ? « Le Prince de ce monde » ! (Martyre Is. I, 3). Dieu ne
peut racheter les hommes qu'à l'adversaire qui les a pris. Cet
adversaire ne les a pas gardés en esclavage dans une terre étrangère,
mais dans un autre monde : celui de la création asservie (Rm. VIII,
20). Les hommes se trouvent exilés sur terre, esclaves de leur nature.
La convoitise est leur raison de vivre, le principe de leurs actes.
Elle les prive de la liberté de penser et d'agir (Rm. VII, 20). Pire,
la loi du péché a suscité une autre loi, qui s'impose
(particulièrement) aux Hébreux. Celle-ci, dont Paul nous dit qu'elle a
produit en lui « toute convoitise » (Rm. VII, 8), n'est point la loi du
péché, mais son institution (1 Co. XV, 56). La Torah plie le fidèle et
le trompe. Elle se proclame source de vie (Lv. XVIII, 5), alors qu'elle
n’est que « le service de la mort » (2 Co. III, 7), c'est-à-dire, la
loi organique d'une vie sociale qui sauvegarde l'homme dans sa mortelle
fatalité.

La suite du rachat doit être comprise comme un retour
d'exil. Non plus au sens historique de la tradition hébraïque, mais
comme un cheminement dans le dénuement terrestre vers le règne céleste
et la vie éternelle. L'homme qui a reçu l'esprit connaît une nouvelle
forme de justification, immédiate et gratuite. Il est transporté de
l'injustice dans la vraie justice de Dieu. Jésus Christ n'est pas le
négociateur qui fait face, sur le terrain de l'adversaire. Il n'est pas
davantage le prix payé par Dieu (le corps crucifié est sans valeur). Il
est l'apparition du divin dans le monde (« en une sorte de chair » :
Rm. VIII, 3), pour reprendre à l'adversaire ceux qui ont foi en la
révélation de la vérité. Le Christ est venu ouvrir la porte du ciel.

Bien cordialement,
Yves Maris.
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MessageSujet: Re: La Lettre de Roquefixade   La Lettre de Roquefixade EmptyJeu 21 Fév 2008 - 9:16

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Lettre n°15 - 21 février 2008

Chers amis,

Un soir, l’évêque de Pamiers tenait une prédication sur le thème du pardon dans une paroisse proche. Comme nous entretenons une très bonne relation, je décidai d’aller l’écouter. Je le prévins de ma présence et il me répondit gentiment qu’il en serait très honoré. J’arrivai bon dernier et m’assis au fond d’une salle remplie d’une centaine de dévots.

Je n’avais nullement l’intention de prendre la parole – ce que j’évite de faire en de telles circonstances, par respect pour ceux qui m’invitent. Mais, tandis que l’évêque s’apprêtait à faire passer des copies du premier chapitre de l’Epître aux Ephésiens, il me présenta à l’assemblée en tant que « spécialiste de Paul » et me demanda de me manifester, en ajoutant : « Peut-être nous direz-vous que l’Epître n’est pas de Paul ?... » Je lui répondis que je dirais quelque chose après qu’il aura lu le texte à l’auditoire. Me donnait-il la parole pour secouer une communauté trop fidèle ? pour me laisser dire ce qu’il ne pouvait exprimer lui-même ? Je me dis qu’il savait ce qu’il faisait et je m’enhardis.

Je commençai par dire aux auditeurs, venus témoigner de leur bonne foi, que tout critique sérieux, de quelque religion qu’il vint, reconnaît l’Epître aux Ephésiens comme n’étant pas une œuvre de Paul, mais d’un rédacteur venu plus d’un siècle après lui. Dès lors qu’elle portait la signature de l’apôtre, en son premier verset : « Paul, apôtre du christ Jésus », il s’agissait à proprement parler d’un faux. Cette affirmation résonna dans l’auditoire comme un coup de tonnerre. Je sentis mon audace. N’allais-je pas plus loin que l’évêque lui-même ne l’avait souhaité ? Nous voyons, dis-je, que l’Epître ne se situe pas dans l’action qui anime les lettres authentiques de Paul. Il s’agit d’une œuvre tardive de catéchèse. Alors que l’apôtre était largement connu à Ephèse, l’auteur s’adresse à des lecteurs qu’il ne connaît pas et dont il n’est pas connu. Quelques scribes ont introduit les mots « à Ephèse » à la fin du premier verset de certains manuscrits, pour faire plus vrai.

Nous avons deux indices qui nous éloignent de la génération de Jésus : l’auteur s’adresse à un public séparé de Paul et marqué « du Saint Esprit et de la promesse » (verset 13). Il fait valoir un développement théologique et baptismal beaucoup plus probable à la fin du deuxième siècle. De façon habituelle, Paul emploie l’expression « Esprit saint » en relation avec l’espérance, la paix, la joie et l’amour, non celle-ci : « Saint Esprit », signe déterminant du baptême – « Le Christ ne [l]’a pas envoyé baptiser mais évangéliser. » (1 Co I, 17.) Le second indice concerne l’institution de l’Eglise par Dieu lui-même : « Il [Dieu] a tout mis sous ses pieds [du seigneur Jésus Christ] et l’a donné pour chef suprême à l’Eglise. » (Verset 22.) Chez Paul, les communautés diverses ne revêtent pas le caractère absolu que nous trouvons ici dans l’affirmation unitaire : « L’Eglise. » Les lettres authentiques dévoilent Paul en éclaireur de la création nouvelle et de l’homme nouveau, non en fondateur de « l’Eglise » en tant qu’institution.

L’assemblée ne venait-elle pas d'ouïr que l’Epître aux Ephésiens était un faux, alors qu’elle fait l’objet d’une lecture sainte le dimanche à l’église ? Personne ne pipa mot… L’une des grandes différences entre les points de vue gnostique et catholique est que le premier s’engage dans la quête du vrai, alors que le second tient la vérité révélée une fois pour toutes, en l’occurrence depuis la décision conciliaire qui fixa le canon des Ecritures à la fin du IVème siècle. L’Eglise a construit un système théologique qui attribue la vérité et désigne le mensonge. Un cathare est aussi chrétien qu’un catholique, mais, lui, veut savoir. S’il élabore également un système par lequel il explique le monde et le divin, il s’agit d’un modèle ouvert qui ne prétend pas édicter ses propres règles quant au vrai et au faux.

Probablement perdu pour l’assemblée des dévots, je décidai d’ajouter à l'interprétation de l’évêque, au sujet de l’expression « l’évangile de votre salut » (verset 13). Le salut avait un sens pour les juifs de Galilée ou de Judée au 1er siècle : il s’agissait d’être sauvé par une conduite juste, au regard du Seigneur, en dépit d’une torah aux interprétations multiples et contradictoires, et d’instituer le Royaume en commençant par chasser l’occupant romain. Aujourd’hui, « être sauvé », au sens historique que connaissaient Jésus et ses disciples, ne signifie rien pour nous. Les églises du monde chrétien se vident ou se remplissent selon que les gens ressentent ou non la nécessité d’être sauvés. Pour les foules qui nous entourent et ne se sentent pas encore directement menacées, « être sauvé » n’a pas de sens. La prédication catholique tourne dans le vide, elle exhorte au salut sans que nul ne comprenne ce que cela signifie. Le jour où nous prendrons conscience que nous tuons la planète Terre et que surgiront les conflits ouverts liés à la surpopulation, à la pénurie d’eau, à la famine et à la fin du pétrole, « être sauvé » reprendra sens. Instituer « le royaume de Dieu » aura une nouvelle signification. Les cathares d’aujourd’hui sont les éclaireurs d’une conscience qui, sans eux, se développerait hors de la pensée chrétienne.

A ces mots, hors de propos, le silence répondit… Je ressentis une profonde solitude et l’incompréhension de l’assemblée des dévots. Ils n’étaient venus chercher ni le salut ni la vérité, mais, tout simplement, le réconfort.

Vous êtes aimablement invités à participer à la prochaine rencontre équinoxiale, qui se déroulera le samedi 22 mars à la bastida dels catars, Roquefixade : promenade 14h 30 - conversation philosophique 17h 00 (merci d’annoncer votre présence), et à parcourir les nouveaux développements du site [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] depuis la dernière pleine lune.
Avec mes pensées et mon amitié,
Yves Maris.
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MessageSujet: Re: La Lettre de Roquefixade   La Lettre de Roquefixade EmptyJeu 21 Fév 2008 - 14:55

C’est un site intéressent merci !
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MessageSujet: Re: La Lettre de Roquefixade   La Lettre de Roquefixade EmptySam 22 Mar 2008 - 15:50

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Lettre n°16 - Lunaison du 21 mars 2008

Chers amis,

Vient le temps du renouveau : « Al cap de sept cents ans verdeja le laurel. » Attribué à Bélibaste, bon homme revêtu et martyr, l’oracle est resté dans les mémoires pour avoir été prononcé en l’an 1309. Nous le recevons comme une bouteille jetée dans l’océan du temps qui échoue sur la rive de notre existence. L’oracle sera vrai si nous savons l’accomplir et nous ne le réaliserons que si le lieu et le temps sont propices au retour de l’esprit qui animait les cathares du Moyen Age.

Depuis plusieurs années, nous œuvrons avec d’autres pour restituer la vision du monde portée par les chrétiens dualistes et non-violents qui ont fleuri entre Damas et Toulouse dès le premier siècle. La proclamation de la bonne nouvelle soutenue par le Nazaréen fut partagée par des groupes divers attachés à des interprétations particulières du message. Le drame de la croix est porteur de la révélation que les lois du monde sont mauvaises – seraient-elles attribuées à Dieu ou à l’Etat. Le droit prolonge les lois de la nature dans la société humaine. Or, la nature est le lieu de terribles luttes biologiques engendrées par la puissante volonté de vivre qui possède tout être vivant. Les hommes ont aggravé cet élan de vie par un excès de violence en vue de posséder et de consommer davantage. L’esprit du Diable s’est exhaussé au rang des valeurs sociales.

Le Manifeste, publié il y a quelques mois, propose une théorie philosophique propre à soutenir la résurgence cathare dans le siècle. Cet ouvrage n’échappe pas à la censure judéo-chrétienne, mais il fait son chemin et gagne l’adhésion de nombreux cathares d’aujourd’hui. Autour des propositions, quelques groupes de parole se sont formés.

Dès maintenant, je vous invite à réfléchir à l’organisation d’une rencontre internationale ayant pour but de fonder le mouvement cathare dans sa modernité. Il s’agit de lui donner une forme relationnelle qui emprunte à la dynamique du réseau, de tisser un filet de liens reliés par des nœuds solides. Néanmoins, fonder une organisation hiérarchisée qui s’installerait dans la société mondaine serait contraire à l’esprit qui nous anime. Le catharisme est une philosophie chrétienne de caractère anarchiste qui trouve son fondement dans l’idéal d’une vie simple et non-violente.

Le rassemblement auquel vous êtes appelés se déroulera à Roquefixade au cours de l’été 2009. Nous souhaitons que les prises de parole y soient nombreuses et diverses, en sorte que le discours majoritaire s’impose par la puissance de la raison et des idées. Nous devons revisiter la pensée chrétienne et cathare dans un esprit critique, à la lumière des connaissances scientifiques qui ébauchent une nouvelle gnose. Une séquence de discussions devrait permettre de synthétiser les intuitions intellectuelles et spirituelles dont nous sommes porteurs, de dégager une ligne de pensée et de conduite de référence.

J’invite ceux qui partagent l’esprit de la Bastida dels Catars à participer à la rencontre du 21 juin prochain, au cours de laquelle seront posés les premiers éléments de réflexion sur l’organisation de notre projet. Celui-ci devrait être un événement festif, un moment de bonheur et d’élévation spirituelle pour tous les participants. Une nouvelle rubrique sera ouverte sur le site Internet pour recueillir vos réflexions et vos idées.

Vous êtes invités à parcourir les nouveaux développements du site [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] depuis la dernière pleine lune.
Avec mes pensées et mon amitié,

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MessageSujet: Re: La Lettre de Roquefixade   La Lettre de Roquefixade EmptySam 22 Mar 2008 - 20:29

Comme vous l'avez lu dans la lettre, nous nous sommes réunis aujourd'hui à l'occasion du solstice de printemps pour discuter du projet visant à donner une réalité à la vision de Bélibaste.

S'il se trouve parmi vous des sympathisants de la cause cathare qui voudraient participer activement à ce rendez-vous, faites-vous connaître de Yves sur son site.
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MessageSujet: Re: La Lettre de Roquefixade   La Lettre de Roquefixade EmptyDim 20 Avr 2008 - 11:11

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Lettre n°17 - 20 avril 2008

Chers amis
,

En tant qu’auditeur, j’ai assisté à une « conférence à deux voix » donnée par Mme Anne Brenon, historienne du catharisme médiéval, et par M. Michel Jas, pasteur protestant (Eglise réformée de France). M. Roger Parmentier, pasteur « hérétique », a présenté les conférenciers. « Je pense, a-t-il affirmé, que les cathares étaient plus chrétiens que ne le sont et que ne l’ont été les catholiques et les protestants. » Dans son enthousiasme, il a dit tout le bien qu’il pensait de l’œuvre de Mme Brenon et tenta de conclure en suggérant que celle-ci, par son travail, « ressuscitait » les cathares. Le contresens n’a pas échappé à l’historienne qui a rapidement rectifié l’erreur d’interprétation en assurant le public de sa démarche strictement « laïque » : « Je ne crois ni à diable ni à dieu, a-t-elle dit, je suis une vivante d’aujourd’hui qui parle des vivants d’autrefois. »

L’objectivité en histoire peut conduire à l’inverse du but recherché. Le bon historien devrait dépasser les faits et chercher à pénétrer l’intériorité des acteurs qu’il fréquente. Le refus de l’esprit condamne l’historienne de la religion à ne connaître les cathares du Moyen Age que du dehors. Comment entrer en intimité avec eux sans une connivence philosophique et religieuse, sans tenter aussi de reprendre leur expérience de vie ? En dressant une barrière idéologique, l’historienne ne fait-elle pas preuve de réductionnisme ? Elle pose a priori l’hypothèse qu’il n’y a rien à connaître au-delà des faits. Il n’y aurait que des éléments factuels et le néant.

Dénier l’existence aux cathares d’aujourd’hui ne résulte pas d’une analyse scientifique. L’argumentaire emprunte tant à la magie qu’à la théologie catholique. Pour Mme Brenon, les cathares sont définitivement morts et leurs cendres dispersées, parce que « l’imposition des mains ne peut plus être pratiquée ». De deux choses l’une, ou la perfection de vie est liée à ce rituel, et il prend alors valeur d’incantation magique, ou le rituel atteste la transmission conforme de l’enseignement de Jésus. L’argument n’est pas davantage recevable. Croire que la chaîne spirituelle par imposition des mains fut ininterrompue depuis le premier baptême au nom de Jésus est de l’ordre de la foi, non de la certitude historique. Quand bien même la chaîne serait en principe sans défaut, qu’elle valeur de parfaite continuité pourrait-on donner à un lien arborescent qui dessine la variété des interprétations du message initial ? Seul un nouvel inquisiteur pourrait refuser la vie à un cathare d’aujourd’hui et effacer la pensée originale qu’il porte dans son âme.

Lorsque j’ai été invité à l’ouverture du synode de l’Eglise réformée évangélique de France, il y a quelques jours au Mas d’Azil, j’ai trouvé le pasteur Bernard Bordes bien plus charitable que l’historienne. Il a présenté « le théologien cathare » et l’évêque catholique avec une égale simplicité à l’assemblée. La thèse de Mme Brenon n’est pas nouvelle. Irénée de Lyon l’a élaborée à la fin du IIème siècle. Le pape Benoît XVI se fonde sur cette doctrine pour refuser aux protestants la légitimité de se constituer en Eglise. Ils ne sont à ses yeux qu’une communauté ecclésiale « en rupture avec la chaîne sacramentale ». Il n’est pas suivi par l’évêque de Pamiers pour qui l’unité en Jésus le Nazaréen est première. Aussi, importe-t-il moins que l’arborescence des Eglises se déploie dans la diversité des textes et des interprétations.

Vous êtes invités à parcourir les nouveaux développements du site [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] depuis la dernière pleine lune. Vous noterez, sur l’Agenda, le rendez-vous solsticial du 21 juin à la bastida dels catars, et les balades philosophiques dans la grotte de Lombrives les 23 juin et 11 juillet.

Avec mes pensées et mon amitié,

Yves Maris.
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MessageSujet: Re: La Lettre de Roquefixade   La Lettre de Roquefixade EmptyMar 20 Mai 2008 - 10:59

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Lettre n°18 - 20 mai 2008

Chers amis,

C’est un presbytère du début du siècle dernier, en haute Ariège. Le temps semble ici s’être arrêté à l’époque où l’Eglise commune était pleine de gens. Pourtant, les visiteurs se font rares, tellement que par ses quatre-vingt-quinze années le curé paraît un rescapé de sa génération, celle pour qui l’expression « être sauvé » gardait encore un sens. Il porte droit l’humilité dans un costume délavé. L’œil gris cherche à percer l'indiscret que je suis et l’oreille paresseuse qui n’a pas averti, a oublié le temps où l’on venait chuchoter dans le confessionnal. J’ai passé la grille et le petit carré ombré du jardin de devant, soulevé sans attendre le verrou d’une vieille porte au bois plissé. Dans la pièce de vie embarrassée de pauvreté, je le trouvai méditant, penché sur un sermon de toujours, le bréviaire ouvert sur la toile cirée. Son étonnement passé, je m’assis devant lui et donnai la raison toute personnelle pour laquelle j’étais là. Mais lui partit illico dans sa prédication voyant en moi le chrétien qui pouvait opiner sur ce qu’il voulait dire.

Il eut une jolie parabole dont il ne pouvait savoir qu’elle n’avait pour moi que valeur d’abstraction : « Le disque solaire est comme Dieu le père, dont les rayons lumineux seraient le Fils et la douceur le Saint-Esprit. » Je me dis que l’image restait belle sans avoir subi l’érosion des pyramides. Elle faisait naturellement appel à la sensualité pour tenter une définition de Dieu et de la Trinité. Retour au catéchisme des enfants ou au sermon dominical. Le Dieu dont il me parlait était bien entendu le créateur, celui pour qui les sens ont une vraie valeur. Le Dieu que nous cherchons, celui dont nous savons l’absence, ne peut être saisi par une telle comparaison. Tout au contraire, nous devons concevoir la pureté de l’intelligible lorsque les sens ne sont plus en éveil. Du soleil jaillit de la matière. L’image est bien choisie et Pharaon lui-même voyait dans l’astre le visage du père qui ranimait la vie chaque matin de son rayonnement. La parabole est trompeuse pour qui cherche le Dieu qui n’a point de part à la violence du monde. Nous retournons l’image et perçons le néant avec les yeux de l’âme pour ce qu’aucun mot ne peut dire au retour du voyage. Nous scrutons l’absence jusqu’à perdre le temps et ne voyons jamais dans la nature que l’espace du Diable.

Les rideaux dentelés encadraient la fenêtre à l’ancienne et donnaient au potager un air de représentation. Tout y semblait parfait et fort bien arrangé, nulle trace d’ivraie. La nature mise en forme retrouvait l’ordre que Dieu avait souhaité. Le prêche commun si souvent entendu ne pouvait accrocher mon esprit libéré. Pourquoi aurais-je scandalisé le vieux curé par une parole issue d’un autre monde que le sien, au risque de rompre l’apparence, de susciter le jugement qui brouille l’amitié ? Sa vie avait valeur d’exemple, quelles que fussent ses pensées. Se taire est un art qui facilite l’accord avec soi-même autant qu’avec les autres et plaît aux hérétiques. Trouver une maison paisible n’est pas aussi facile, une âme sans défaut tout à fait impossible. Ici moins qu’ailleurs, je ne voudrais heurter pour réformer la société qui passe quand je vois celle qui vient bien plus terrible encore. Me changer moi-même suffisamment pour que cela se voie serait la seule éventualité vérifiable d’un vrai retournement. Je ne peux espérer qu’en moi-même.

Vous êtes invités à parcourir les nouveaux développements du site [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] depuis la dernière pleine lune. Vous noterez, sur l’Agenda, le rendez-vous solsticial du 21 juin à la bastida dels catars. Contribuez, par tous les moyens de votre choix, à faire connaître notre proposition de renouveau : « La résurgence cathare – Le Manifeste » (Ed. Le Mercure dauphinois).

Avec mes pensées et mon amitié,
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MessageSujet: Re: La Lettre de Roquefixade   La Lettre de Roquefixade EmptyMer 18 Juin 2008 - 12:04

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Lettre n°19 - 18 juin 2008



Chers amis,

Les collines boisées qui épaulent le règne minéral du Saint-Barthélemy font le dos rond du printemps. La saison est très pluvieuse, comme une mousson froide qui ne finit jamais. Les arbres gorgés d’eau assouplissent leurs formes et prennent de l’importance. Un roc de calcaire saillant révèle le squelette des âges et quelques rares pâturages témoignent encore de la présence humaine sur les hauteurs. La nature qui m’entoure arbore la terrible puissance de la volonté de vivre, cette violence inouïe que les règnes partagent. La constance végétale, les bruissements et les chants d’oiseaux de toujours donnent au temps qui va l’amplitude de l’espace.

Dans ma bibliothèque où les pensées étagées forment un autre arbre de vie, je voudrais être un humain de la deuxième génération, libéré du monde. Adam y vécut comme premier spécimen du genre. Mêlé au règne animal, l’homme passait sa vie à se nourrir, à se protéger, à se reproduire et à dormir, puis il mourait. Il chassait, il cultivait, il construisait, il défendait un maigre bien, il allait et venait, il se divertissait, il faisait le beau et copulait, puis il se reposait. Le fils d’Adam est toujours là, dans la vie moderne. Ses actes sont devenus seulement plus complexes. Il communique plus aisément, il se déplace de même et se distrait davantage. Ici et là, ses besoins ont largement dépassé la nécessité vitale. Il a muté en agent pathogène d’une lèpre évolutive de la face de la terre. Il partage avec son père la passion, l’émotion, les bons sentiments et toutes sortes de violences. La volonté de vivre le possède si bien qu’il n’a d’autres préoccupations que les exigences de son incarnation.

Le Christ inaugura le nouveau genre humain. Il voulut que l’homme passât du règne animal au règne de Dieu, de l’ignorance à la connaissance, de la voracité à la frugalité, de l’opulence à la pauvreté, de l’aversion à l’affection, de la faute à la guérison. Il appelait à un saut ontologique. Le fils d’Adam ou fils de l’Homme ne serait plus qu’esprit ! Dans cette perspective, les nécessités propres à l’incarnation se réduisaient à leurs plus simples expressions. La quête de la simplicité donnait le temps de l’étude, de l’oraison, de l’amour des autres et de l’annonce. Nul n’entrait dans le règne sans avoir pris la mesure de son humanité. Le dépassement des lois assurait la justice et la paix par l’abandon des possessions et la fraternité inaugurée. Le Christ fut le premier humain de la deuxième génération. Le corps éthique et l’esprit épanoui. Il transmuta la volonté de vivre ici et maintenant, dans un monde de rapine, de violence et de folie, en une volonté de vivre dans le règne de Dieu ou de la joie de l’esprit.

N’est-il pas grandiose le projet de vie qui ouvre sur le règne de Dieu ? Enrichissement de l’esprit, amoindrissement du corps, décroissance de l’économie. Pourrais-je trouver meilleure raison de vivre et d’espérer pour l’éternité ? Comment serais-je chrétien en vivant dans le règne animal tout comme ceux qui ne le sont pas ? Où est la différence ? Je dois m’approprier le temps, délaisser les contingences, tirer un trait sur l’inutile, me relier aux cathares d’hier et d’aujourd’hui et cultiver mon âme. Le terme cathare révèle sa portée, il désigne le pauvre à cause de l’esprit qui refuse la vie telle que la société l’impose ou la magnifie. Il voyage hors du temps vers les chrétiens de toujours qui vivent dans le règne. Jadis, on se convertissait à une croyance aussi vaine qu’une opinion, dernier degré de la pensée. Mon espérance est de l’ordre de la connaissance et de la conviction. Il n’est point de christianisme sans un retournement des valeurs du monde, ni sans une praxis qui en atteste. Pour ce jour qui naît, quelle sera ma décision ? J’avance à petits pas.

Vous êtes invités à parcourir les nouveaux développements du site [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] depuis la dernière pleine lune. Vous noterez, sous le titre Agenda, la controverse de Castres, le 20 juin, le rendez-vous solsticial du 21 juin, à la bastida dels catars, la promenade initiatique dans la grotte de Lombrives, le 25 juin.

Avec mes pensées et mon amitié,
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MessageSujet: Re: La Lettre de Roquefixade   La Lettre de Roquefixade EmptyVen 31 Juil 2009 - 9:43

La lettre de Roquefixade ne paraîtra plus. Comme celle de Georges Moustaki, elle a perdu son messager.
Yves Maris, philosophe, cathare et maire de Roquefixade est décédé à Toulouse mercredi 29 juillet à 59 ans.
Pour ceux que son œuvre intéresse, je conseille la lecture de ses écrits internet et de ses livres disponibles sur le site et chez la plupart des sites commerciaux.
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MessageSujet: Re: La Lettre de Roquefixade   La Lettre de Roquefixade EmptyVen 31 Juil 2009 - 16:51

J'en suis fort attristée, je l'avais rencontré, j'avais même séjourné chez lui à l'occasion d'une conférence qu'il avait donné sur l'apôtre judas.

J'avais même fais l'acquisition d'un de ses livres.

C'est un homme que j'avais beaucoup apprécié.
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MessageSujet: Re: La Lettre de Roquefixade   La Lettre de Roquefixade EmptyVen 31 Juil 2009 - 21:26

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MessageSujet: Re: La Lettre de Roquefixade   La Lettre de Roquefixade EmptySam 1 Aoû 2009 - 7:08

Florence.

Nous allons l'évoquer aujourd'hui à Roquefixade en présence de ses proches et en lisant ses écrits.
La communauté cathare naissante, réunie par lui lors de la première rencontre de la diversité cathare du mois de mai dernier, va poursuivre son chemin et s'est rendu compte qu'elle était plus avancée et plus nombreuse que nous ne l'imaginions avant son initiative.
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MessageSujet: Re: La Lettre de Roquefixade   La Lettre de Roquefixade EmptySam 1 Aoû 2009 - 11:26

J'en suis heureuse, mais navrée de ne pouvoir être là, mais Montpellier est trop loin pour que je sois là à temps.
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MessageSujet: Re: La Lettre de Roquefixade   La Lettre de Roquefixade EmptyLun 3 Aoû 2009 - 10:03

Il n'y a pas besoin d'être à proximité d'une enveloppe charnelle pour être proche d'un esprit.
Nous-mêmes étions là pour la famille, et notamment ses enfants et sa femme revenue dès que sa maladie s'est aggravée, car il est clair que le devenir de son enveloppe charnelle ne pouvait pas nous importer particulièrement.
Malgré tout, et compte tenu de sa position sociale, la cérémonie fut bien organisée, dans le respect de sa particularité spirituelle ; chaque groupe s'exprimant en veillant à ne pas froisser les autres (catholiques, protestants, cathares, associatifs, conseillers municipaux et politiques).
Je mettrai d'ailleurs sur le site, pour clore ce temps, les textes qui ont été lus.
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MessageSujet: Re: La Lettre de Roquefixade   La Lettre de Roquefixade EmptyLun 3 Aoû 2009 - 12:15

Il était toujours maire ?
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MessageSujet: Re: La Lettre de Roquefixade   La Lettre de Roquefixade EmptyLun 3 Aoû 2009 - 21:29

oui
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MessageSujet: Re: La Lettre de Roquefixade   La Lettre de Roquefixade EmptyLun 31 Aoû 2009 - 12:05

La lettre de Roquefixade continue

Citation :
Chers amis,

La voix de Yves Maris s'est tue.
Sa parole doit continuer à circuler.

Le décès de Yves, survenu le 29 juillet, nous laisse à tous un sentiment de vide. Ses enfants, Olympe et Barthélémy, remercient toutes les personnes qui ont témoigné leur amitié et leur soutient.

Le Souffle et le Silence, nouveau thème de réflexion de la page d'accueil du site chemins-cathares.eu, est évocateur du vide ressenti. Ce site internet, Yves y tenait beaucoup. Il est aussi, pour moi, le témoin d'années de complicité et d'enthousiasme partagés. C'est pourquoi, afin que la parole de Yves continue de circuler, Olympe, Barthélémy et moi-même avons décidé de reprendre l'envoi de la Lettre de Roquefixade, selon la périodicité lunaire que Yves avait initiée.

La Lettre de Roquefixade puisera dans le contenu riche du site chemins-cathare.eu pour diffuser à un nombre toujours plus grand d'abonnés une pensée essentielle pour le renouveau de la philosophie cathare. S'y ajouteront aussi des inédits. La qualité et la profondeur de la réflexion de Yves Maris, la pertinence de la philosophie cathare dans notre monde actuel, tout conforte l'idée que la reprise de la diffusion de la Lettre de Roquefixade, sous cette nouvelle forme, n'est pas vaine.

La Lettre de Roquefixade sera donc envoyée lors de la prochaine pleine lune, le 4 septembre. Pour ceux qui ne souhaiteraient plus la recevoir, je rappelle qu'au bas de celle-ci, et conformément à la législation en vigueur, est placé un lien automatique et immédiat de désinscription.

Merci pour l'intérêt que vous portez au travail de Yves.

Gérard

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MessageSujet: Re: La Lettre de Roquefixade   La Lettre de Roquefixade EmptyVen 4 Sep 2009 - 12:38

4 septembre 2009

Citation :
Eloge de la simplicité

Yves Maris, le 01 août 2005

L’Evangile de Matthieu rapporte une parole essentielle pour qui veut cheminer en quête de la vie parfaite. Alors qu’un jeune homme demande à Jésus le nazaréen comment gagner « une longue vie », celui-ci lui répond qu’il doit garder les commandements, conformément à la doctrine de la Torah. Le jeune homme ajoute qu’il vit déjà en conformité avec l’enseignement de Moïse. Il attend la communication du véritable enseignement. Alors, Jésus lui dit : « Si tu veux être Parfait, va-t’en, vends tes biens et donnes-en le prix aux pauvres ; tu auras un trésor dans les cieux. Puis, ici, suis-moi. » L’arrangement de cette histoire édifiante montre le jeune homme attristé de ne pouvoir suivre le Nazaréen dans la pauvreté. Les disciples se montrent dubitatifs face à une telle exigence dans le renoncement. Qui donc s’engagera volontairement à vivre dans le dénuement ? Pourtant, l’enseignement de Jésus appelle clairement à sacrifier les valeurs moindres des richesses terrestres au profit des valeurs supérieures de l’amour et de l’esprit.

L’avoir est indubitablement contraire à la quête de la perfection. « Il est plus facile qu’un chameau passe par le chas d’une aiguille, qu’un riche n’entre au royaume de Dieu » est-il encore enseigné. Si le chrétien est celui qui suit le Christ, nul ne peut se proclamer tel tant qu’il ne s’engage pas volontairement dans la pauvreté, c’est-à-dire dans une vie de grande simplicité ! Or, le christianisme classique accepta non seulement le jeune homme riche que Jésus avait éconduit, mais, du fait qu’il accueillit les possédants, il repoussa paradoxalement les misérables et dévalorisa les indigents. La relation fondamentale qui liait les pauvres à l’esprit divin semble s’être perdue dans le trafic des indulgences qui valut aux riches le premier rang dans les églises.

Aujourd’hui, notre modernité accroît la population des pauvres et des misérables, tandis que la conscience chrétienne s’affaiblit. Doit-on penser que l’état de pauvreté est définitivement dissocié de la richesse spirituelle qu’il recèle ? Ici et là, nous pouvons voir que les femmes et les hommes, qui assument leur dénuement ou qui font le choix de la simplicité, révèlent d’éminentes qualités humaines. Alors qu’ils se pensent généralement en dehors de l’esprit, leur richesse ne serait pas loin d’être « chrétienne » si le terme signifiait encore la qualité humaine des premières communautés.

Notre société moderne considère la pauvreté comme un manque d’argent et de moyens matériels. L’insuffisance est toutefois très relative, puisque les seuils de pauvreté définis par les économistes varient de un à trente suivant le pays où les indigents survivent. Tel est impécunieux ici qui serait riche ailleurs. La pauvreté n’est donc pas liée à un état de nature qui la rendrait universellement semblable. Elle est déterminée par un environnement économique et social. L’indice se mesure statistiquement en regard des besoins excessifs générés par la société moderne. Quiconque cherche à se faire pauvre avec le Christ, « n’ayant rien et possédant tout », se trouve relégué au dernier rang de la société des hommes par la comptabilité publique. La pauvreté peut en effet signifier tout autre chose que l’insatisfaction de besoins matériels. Une vie de simplicité peut être choisie ou assumée comme la condition nécessaire à une spiritualité de grande qualité. Il ne s’agit pas seulement d’évoquer la vie parfaite, mais de comprendre comment la nécessité peut être sublimée de façon à transporter le pauvre dans une vie heureuse.

La communauté traditionnelle est simple et conviviale ; si bien que le dénuement n’y est pas vécu comme un état de pauvreté. Les besoins individuels et collectifs de l’homme naturel sont liés à l’environnement et à la capacité du groupe à les satisfaire raisonnablement. La communauté n’existe jamais sans le souci de l’autre. Elle peut connaître la famine sans qu’une classe de pauvres n’apparaisse. En inventant une échelle de besoins illimités, les économistes classent les humains selon le niveau de satisfaction de leurs appétences. Ils commettent l’erreur de situer les demandes de l’esprit en haut de leur modèle, tandis qu’ils placent les nécessités de la survie tout en bas, signifiant, curieusement, que l’exigence spirituelle n’apparaît que dans les populations repues. Or, l’état de pauvreté renferme la puissance de l’esprit bien plus que l’état de fortune. L’être l’humain doit se libérer de l’asservissement de la matière pour déployer la haute part de son âme. L’échelle des besoins ne mesure finalement que l’aliénation de chacun par sa position dans la course à l’accumulation des choses. La société moderne impose des valeurs de lucre qui incitent à la création et à la satisfaction de nouveaux besoins matériels. Elle n’encourage jamais la libération spirituelle. Aussi, rares sont les non-conformistes qui décident d’orienter leur existence dans le sens de la simplicité.

Notre environnement se réduit de plus en plus au règne de la matière. Le règne végétal et le règne animal s’éloignent et tendent à disparaître. En certains lieux, la rupture avec la nature est telle que la foule des hommes se retrouve seule avec elle-même. Nous sommes entourés d’une multitude d’objets que le système économique nous demande d’acquérir comme si nos vies n’avaient d’autre but que la fréquentation des choses. Nous sommes requis pour gravir sans repos l’échelle sociale des objets du désir. Nous entassons des biens comme le font tous les voleurs, au point d’être reclus parmi les choses. Pourtant, nous avons soif de la vie de l’esprit. Elle se déploie dans la chaleur des relations humaines, dans les élans de la terre et la présence des bêtes, dans les mouvements du ciel et l’existence des anges.

C’est à nous qu’il appartient d’édifier le monde tout autre de nos espérances. La Nouvelle Humanité n’est possible que si nous décidons de briser la fascination luciférienne des messages pervers ou des incitations publicitaires. Apprenons à observer la simplicité de nos besoins de l’intérieur de nous-mêmes. Ne nous laissons pas abuser par les démons du système. Il est vrai que l’avoir en excès est un détournement ou, carrément, un vol. Imaginons un moment combien de miséreux survivraient dans les pays perdus, pour si peu que nous laissions de ce que nous possédons ! Ils sont éloignés, sans doute, mais, dans un monde largement exploité par les entreprises occidentales, nous leur devons quelque chose de ce que nous contribuons à leur prendre. Laissons donc ce qui ne nous fait pas réellement besoin et soyons en paix avec nous-mêmes, autant qu’avec tout autre.

Les grands maîtres du discours commun nous égarent par l’utilisation biaisée d’un vocabulaire convenu. La « croissance » ou le « développement » est d’abord le fait de grandir de façon proportionnée pour un être vivant ou une organisation sociale. Or, le calcul purement financier de la croissance économique additionne les gaspillages, les rapines et l’accumulation du nuisible ou simplement de l’inutile, comme s’il s’agissait de suppléments de qualité de vie. Le mot dissimule le fait que la croissance est loin d’être harmonieuse. De même, l’expression « en voie de développement » désigne les pays à l’économie largement traditionnelle, tout en taisant leur misère sociale dont la cause réside précisément dans la croissance absurde que les puissances financières leur imposent. Le terme « progrès » qui désigne un mouvement en avant semble quelque peu discrédité. Il est souvent remplacé par le mot « avancée » ; comme si le bien-être ou la vie heureuse ne s’inscrivait que dans un mouvement d’acquisition ! Le terme « pauvre » ne revêt jamais la qualité évangélique qui contient l’idée de richesse spirituelle et d’amour du prochain. Il désigne l’être humain qui manque du nécessaire au regard de l’économie de marché ; aussi préfère-t-on parler de « sans abri » ou de « sans papiers ».

Pouvons-nous continuer à adhérer à un système économique qui prétend transformer la rareté en abondance, alors qu’il ruine les économies de subsistance ; alors qu’il suscite sans cesse de nouveaux besoins qui provoquent de nouvelles formes de manque ; alors qu’il inonde les marchés de produits et de services superflus pour répondre aux désirs suscités et combler la vanité des nantis ? En devenant de plus en plus sophistiquée et techniquement exigeante, l’économie de production relègue la multitude des humbles dans l’inactivité et l’indigence. La particularité de cette misère moderne est qu’elle est à la fois matérielle et sociale. En condamnant la convivialité au profit d’une individualité enfermée parmi les objets de désir, le système a cassé la société humaine. Les pauvres se retrouvent confinés dans leur isolement social, spectateurs d’une vie opulente à laquelle ils ne peuvent accéder.

Nous voyons déjà les dégâts humains et environnementaux causés par l’économie de production. Ils constituent l’aboutissement de la maîtrise de la nature. Seuls les matérialistes et les puissants veulent encore penser que la modernité s’inscrit dans « le sens de l’histoire ». Ils la croient donc inéluctable. Contre toute évidence, ils affirment péremptoirement que leur modèle de croissance représente l’unique solution pour sortir les déshérités de la misère et donner du travail à la foule des chômeurs. Ils scrutent les courbes et les indices. Ils appellent à la consommation exagérée. La machine s’emballe, au point que la société moderne doit produire et consommer sans plus s’arrêter de peur que tout le système ne vienne à s’effondrer. Par la hausse du pouvoir d’achat, la réclame, le crédit, les incitations financières et fiscales, les aides multiples, la chaudière doit être maintenue sous pression. Les besoins constituent l’énergie. L’art des économistes consiste à régler la masse monétaire. Susciter les besoins, produire et consommer, voilà donc le système et le destin des hommes de notre modernité !

Les sciences humaines sont appelées à dévoiler les faiblesses des hommes, dans le but de stimuler leurs envies et de les manipuler jusqu’à l’acte d’achat. L’art de la sophistique publicitaire fouille les représentations de la psychologie pour exploiter les vices et les défauts du genre humain. Dupé sur sa liberté de choix, l’homme est transformé en sujet de désirs et consommateur d’objets. Sa vanité est attisée, de sorte qu’il gravisse deux à deux les barreaux de l’échelle des besoins et se fasse valoir dans la catégorie des plantureux et des nantis. Par l'étalage des produits qu’il ne peut acquérir, le pauvre apparaît dans la modernité. Non seulement les choses que l’on acquiert créent une tension entre riches dispendieux et pauvres nécessiteux, mais elles représentent l’œuvre accomplie de gigantesques rapports de forces qui mettent aux prises les fournisseurs de matières premières, les organes de production, les chaînes de distribution et les acteurs financiers. Chaque objet et chaque service que l’on achète constituent autant d’éléments d’une guerre économique sans merci. Quel que soit l’emballage ou la couleur du ruban, ils contiennent de la souffrance, des larmes et du sang.
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MessageSujet: Re: La Lettre de Roquefixade   La Lettre de Roquefixade EmptyVen 4 Sep 2009 - 12:40

Citation :
Les puissances économiques sont telles qu’elles dépassent bien souvent le pouvoir des Etats. Ceux-ci sont comptables des grands équilibres dont ils ne sont plus les maîtres. Esclaves du système, les citoyens consommateurs réclament l’augmentation de leur pouvoir d’achat à corps et à cris. Les Etats ne peuvent céder qu’à la condition que la croissance économique se poursuive. Et les forces d’argent s’appuient sur les consommateurs piégés par leurs désirs ! Le libéralisme économique n’est plus un choix politique ; il constitue la condition d’existence de la société moderne. Seuls les pauvres s’y opposent, puisque, par la force des choses, ils ne sont guère consommateurs. Les puissants s’enrichissent de la boulimie populaire.

La pauvreté ne semble plus liée à une exigence religieuse ou culturelle. Elle est devenue une condition économique. De sorte que le secours des laissés pour compte de la croissance devient une obligation politique. Les puissances financières laissent aux Etats la gestion nécessaire de leurs dégâts humains et environnementaux. Faute d’assistance publique ou d’aide humanitaire, le système s’effondrerait dans un chaos planétaire. Issu de l’économie de production, le pauvre est donc celui qui, n’ayant plus accès à l’économie de subsistance ou au partage des fruits de la croissance, se trouve privé des biens et des services indispensables à son intégration dans la société modernisée. Les nouveaux pauvres affluent des anciennes colonies vers les sociétés mères. Ils rejoignent le nombre de ceux qui lâchent prise, en quête d’une nouvelle humanité ou simplement désespérés. Le système sait qu’il doit les contrôler, les jauger, les classer. Il accorde son aide à ceux qui offrent des garanties de fidèles consommateurs et qui s’engagent à recoller rapidement à l’économie de production. Il abandonne les dépossédés à leur fatalité.

La société moderne n’admet pas que l’on sorte d’un système à valeur d’absolu. Les aides sont distribuées en vue de la production et de la consommation. L’ordre social est ainsi assuré. Le pauvre est placé sous surveillance. Les contrôles, les attentes, les humiliations doivent lui faire comprendre qu’il n’est plus désormais un citoyen à part entière. Il est, comme dans la Lettre de Jacques, « un pauvre en habit crasseux » dont personne ne veut. Ceux qui s’écartent sur son chemin se donnent bonne conscience en affirmant qu’il est seul responsable de son état. Quelle société a-t-elle jamais accueilli ceux qui ne répondaient pas aux valeurs qui la constituaient ?

Dans un monde qui n’offre d’espérance que par l’argent, qui ne propose d’accomplissement que dans les richesses matérielles, le pauvre devient au mieux l’irresponsable, l’incompétent ; au pire, le profiteur, le paresseux. Il reçoit toujours sans jamais avoir quelque chose à donner. Le pauvre attend l’aumône de l’Etat en dépit de la honte. D’où vient ce minimum vital que la charité publique lui compte ? Ceux qui paient des impôts jugent qu’il s’agit de leur propre argent trop généreusement distribué. Ils font leur devoir de charité malgré eux ! Mais ce n’est point charité que de payer pour continuer à ramasser et à consommer, pour préserver l’économie de production de la multitude des pauvres qui, sans l’aide de l’Etat, se soulèverait assurément. Les privilèges sociaux ont un coût minimum !

Considérons la Première lettre aux Corinthiens : « Regardez-vous donc, frères, vous les appelés : il n’y a pas parmi vous beaucoup de sages selon la chair, ni beaucoup de puissants, ni beaucoup de bien nés. Mais Dieu a choisi ce qu’il y a de stupide dans le monde pour faire honte aux sages, et Dieu a choisi ce qu’il y a de faible dans le monde pour faire honte à ce qu’il y a de fort, et Dieu a choisi ce qu’il y a de vil dans le monde et de méprisé, ce qui n’existe pas, pour abolir ce qui existe, afin que nulle chair ne soit fière devant Dieu. » Si la pauvreté revêt une si grande valeur dans le christianisme, pourquoi ne voit-on pas un nombre significatif de femmes et d’hommes choisir la vie simple dans notre monde contemporain ? Parce que l’interprétation du christianisme qui nous est généralement proposée n’a jamais été en rupture avec les puissants et les bien nés que l’Apôtre vilipende. L’Eglise classique est judéo-chrétienne. Elle est héritière de la double idéologie, royale et sacerdotale, d’Israël. La Communauté cathare est paulinienne. Elle fait table rase de l’ordre établi : « Il n’y a pas de Juif ni d’Hellène ; il n’y a pas d’esclave ni d’homme libre ; il n’y a pas de mâle ni de femelle. » Si l’Evangile paulinien n’avait pas été occulté, les pauvres de la société moderne sauraient retrouver une espérance de vie dans le christianisme.

Les cathares d’aujourd’hui cheminent vers une conversion radicale de leur vie. En retrouvant peu à peu la simplicité à travers la pauvreté choisie, ils sont en quête de la perfection de voie. Ils n’en sont pas moins attentifs au drame de la société matérialiste, de même que leurs référents du Moyen-Age l’étaient à la tragédie de leur temps. Les cathares n’ont jamais eu vocation à la réclusion monacale. Ils vont dans ce monde de souffrance, porteurs d’une Nouvelle Humanité. Celle-ci consiste à trouver le mieux être dans les joies du renoncement et l’offrande de l’amour universel.

La vie simple est créatrice de valeurs. Elle enracine les déracinés ; elle libère les asservis ; elle nourrit les affamés ; elle apporte la considération à ceux qui étaient dénigrés ; elle révèle l’amour à ceux qui maudissaient. La pauvreté devient une sublime richesse pour qui la revêt comme condition nécessaire à l’accueil de l’esprit. Le pauvre, dont l’âme est exhaussée, s’extrait de la catégorie des « bons à rien » dans laquelle le confinait la société de production. Il entre en vocation. Il n’a plus honte d’être lui-même ; car « l’espérance ne fait pas honte ». Est-il « pauvre » ? Voilà sa gloire ! Il comprend « comment, riche, Jésus s’est fait pauvre afin de l’enrichir de sa pauvreté ». Il ne vit plus son dénuement comme une condition économique. Le jugement qu’il portait envers lui-même s’inverse. Il n’est plus un indigent dans la société moderne. Il est devenu un hérétique par choix, un étranger dans le monde. Sa richesse n’est pas sonnante et trébuchante ; elle éclaire sa personnalité, ses élans de générosité, d’entraide, de convivialité. Le pauvre illuminé a transcendé le monde de la matière pour cultiver une richesse d’âme.

Tout au contraire, la représentation de la pauvreté imposée par les économistes ne rend compte qu’aux modèles de l’économie de production. A l’image de « pays en voie de développement » répond celle de « pays riches ». Le revenu par habitant détermine les seuils de richesse et de pauvreté. Le monde dans sa globalité s’aligne sous l’unité statistique. Quel que soit son pays, quelle que soit sa culture, son histoire, ses aspirations humaines ou spirituelles, tout être humain est pesé et mesuré selon ce qu’il produit, selon ce qu’il consomme. Les miséreux se comptent en milliards d'après le modèle universel du niveau de vie exprimé en dollars. Une telle présentation du monde constitue un énorme pouvoir de manipulation. La compassion se mêle à l’esclavage, l’apitoiement au pillage des matières premières, la commisération à la course au butin. Que dire des objectifs de développement affichés, quand la misère s’accroît d’année en année, sinon que l’artifice dissimule une colonisation sauvage ? « La solution » de l’économie de production rompt l’équilibre des économies de subsistance. L’unité de mesure est toujours l’argent et jamais le bien-être. Qui s’étonnera que la courbe du bonheur apparaisse inversement proportionnelle à la courbe de la croissance ? Les sociétés traditionnelles ont des richesses humaines qui ne se comptent pas en unités monétaires.

Lorsque la question de l’impôt dû à César est posée dans l’Evangile de Matthieu, Jésus répond : « Rendez donc à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. » L’impôt ne concerne plus les disciples, tout simplement parce qu’ils ne détiennent ni as, ni denier. Si toute possession apparaît comme une pauvreté au regard de la liberté de l’esprit, a fortiori le denier de l’oppresseur ! L’argent appelle la cupidité et l’avarice. La propriété crée l’enfermement. La possession mène devant les tribunaux, si ce n’est à la guerre. Telle est la pauvreté réelle du riche argenté qui a perdu le sens du don, de la solidarité, de l’amour. N’est-il donc aucune place pour le « bon riche » dans la société chrétienne, demandera-t-on ? Assurément non ! L’Evangile n’appelle jamais qu’à la pauvreté. Il demande clairement au riche de se libérer de son argent, de ses biens, de ses propriétés !

La frénésie de la course au profit et la valorisation outrancière de l’argent ne doivent pas laisser croire que ces « valeurs » s’enracinent dans la nature humaine. L’individualisme qui grandit parallèlement au déploiement de la société moderne témoigne d’une dilatation déraisonnable de l’ego au détriment des valeurs communautaires. Il semble, au contraire, que la quête essentielle des hommes tende vers l’esprit, qu’une bienheureuse convivialité et un art de bien vivre constituent l’espérance universelle vraie. Le bonheur ou la vie heureuse ne s’inscrit pas dans les lois du monde, dans les possessions et les contrats, mais dans la conscience intérieure de la paix et de la liberté lorsque le gîte et le couvert ou « la part de pain » quotidien sont assurés. Qui ne ressent pas que l’amour est véritablement sa seule espérance ?

Les cathares d’aujourd’hui ont conscience que leur cheminement sur la voie de la perfection les amène à s’écarter peu à peu d’une société marchande dont « les œuvres sont mauvaises ». Ils sont non-conformistes. Ils entreprennent un travail de déconditionnement sur eux-mêmes. Ils décident de ne plus jouer le jeu du monde, de cultiver la simplicité, de se défaire de l’inutile, de veiller à ne pas soutenir un système aux conséquences humaines et environnementales tragiques. Ils veulent grandir dans la bonté et la simplicité. « Ils ne sont pas du monde » ; mais ils se sentent « envoyés dans le monde » pour contribuer à changer l’ordre des choses, en commençant par eux-mêmes.

L’exhortation de l’Apôtre aux premiers chrétiens garde son actualité : « Ne vous conformez pas à cet âge-ci, mais transformez-vous par le renouvellement de votre intelligence pour discerner qu’elle est la volonté de Dieu : ce qui est bon, agréable, parfait. » Il leur demandait de peser dans leurs cœurs la justesse de leur adhésion à la raison chrétienne : « A chacun de discerner son œuvre », à chacun de « discerner ce qui est parfait ». L’empreinte chrétienne, que nous souhaitons donner à nos vies, se révèle dans l'épuration de notre discernement comme l’or se purifie dans le creuset. Elle distingue le nécessaire du superflu, la liberté de l’asservissement, l’amour pur de l’attachement intéressé. Ainsi nous cheminons en quête de cette perfection humaine qui n’appartient qu’aux pauvres.

Serions-nous traités de fous ou de naïfs utopistes que cela ne changerait rien à notre détermination. Nous pensons que le système économique mondial est mauvais et que jamais, de lui-même, il ne décidera de se transformer ou de liquider les avantages qu’il procure à la cour des puissants. Seule une révolution à la dimension de ce qu’il représente le renversera. Elle portera en elle tous les maux qui s’attachent à l’ego. Elle sera violente et ne sera point la nôtre. Notre choix consiste à nous convertir à la vie simple et non violente ; pour notre gloire céleste, mais aussi dans l’espoir de susciter une large révolte des consciences, une insurrection intérieure portée par un grand nombre de femmes et d’hommes en quête de leur humanité.

L’éclairement de la conscience de chacun suscite le changement de tous. Les cathares d’aujourd’hui se mettent en situation de mériter cette grâce bouleversante qui convertit leur vie et change un petit peu la société autour d’eux. Le christianisme appelle à une conversion intérieure qui modifie radicalement la vision du monde de celui qui la vit. Lorsque l’apôtre Paul prend conscience de la perversion du droit qui le conduit à persécuter les nazaréens hérétiques, il se pose la question de l’esclavage de la Loi. Elle le rend esclave de ses croyances et des puissants gardiens du Temple. Il décide donc de rejeter en bloc ce qui jusque-là donnait du sens à sa vie : « Mais ce qui était pour moi un avantage, je l’ai estimé pour désavantage à cause du Christ. Mais au contraire j’estime que tout est dommage au regard de ce qui le surpasse. » Certes, le contexte économique et environnemental du Ier siècle ne peut susciter le même questionnement que celui d’aujourd’hui. Il n’empêche que nous voyons clairement les rejets qu’appelle une prise de conscience au XXIe siècle.

En tant que consommateurs irréfléchis, nous participons à la violence économique, ici et dans le monde. Nous justifions les guerres pour l’occupation des territoires riches en matières premières ou en situation de contrôler les approvisionnements. Nous contribuons à la pollution des terres et des océans, aux massacres des animaux et à l’abattage des forêts séculaires. En tant que producteurs soumis ou travailleurs avides, nous collaborons à l’aggravation de la misère dans la société moderne et dans le monde entier. Qui est prêt à proclamer : « J’arrête ! » ? Qui est prêt à convertir sa vie ? Qui est décidé à entrer en résistance contre « un monde mauvais » ? Qui est déterminé à s’engager dans une vie simple libérée des servitudes et des besoins ? Qui est résolu à choisir un mode de vie orienté vers les valeurs chrétiennes ? Sans doute un projet de vie nécessite-t-il du temps pour mûrir et se réaliser ; mais la prise de conscience vient tout à coup, comme « une grande lumière du ciel qui enveloppe de son éclat ».

Verrons-nous les pauvres de la modernité retrouver une espérance nouvelle et revenir à la vie heureuse ? Les humbles, les laissés pour compte, les abandonnés de tous se sentiront-ils appelés à prendre conscience que leur état de faiblesse n’est ni une fatalité, ni une déchéance ? Assumeront-ils le destin de leur vie par un renversement des valeurs qui les condamnent ? Découvriront-ils la richesse que recèle la simplicité assumée ? Ou la question qui les résume toutes : l’idéal authentiquement chrétien est-il amené à disparaître à jamais ?

La pensée que nous retrouvons dans l’histoire des cathares d’Occitanie ne se fonde pas sur un passé révolu. Le « royaume de Dieu », au sens du discours des béatitudes de l’Evangile de Matthieu, constitue toujours l’espérance collective des cathares d’aujourd’hui : « Magnifiques les humiliés du souffle (de la Loi) ! Oui, le royaume des cieux est à eux ! Magnifiques, les endeuillés (du Christ) ! Oui, ils seront consolés ! Magnifiques, les humbles ! Oui, ils hériteront de la terre ! Magnifiques, les affamés et les assoiffés de justice ! Oui, ils seront rassasiés ! Magnifique les miséricordieux ! Oui, on leur fera miséricorde ! Magnifiques, les cœurs purs ! Oui, ils verront Dieu ! Magnifiques les non violents ! Oui, on les appellera fils de Dieu ! Magnifiques, les persécutés par la justice ! Oui, le royaume des cieux est à eux ! » En quoi notre espérance serait-elle si différente que celle que Jésus enseignait dans la Galilée ou la Judée d’il y a deux mille ans ? En quoi la parole évangélique aurait-elle perdu aujourd’hui sa force de vérité ? Le sens prophétique qu’elle contient touche chaque femme et chaque homme dans son propre destin. Comprendre sa signification, c’est s’engager personnellement dans son accomplissement, en soi-même et dans le monde.
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MessageSujet: Re: La Lettre de Roquefixade   La Lettre de Roquefixade EmptyVen 4 Sep 2009 - 12:40

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Certes, la société a changé. Elle est devenue plus complexe et plus savante. Pourtant, les êtres humains sont semblables à ce qu’ils étaient hier : ignorants et juristes, affligés et rieurs, humbles et arrogants, opprimés et dominateurs, généreux et égoïstes, purs et corrompus, non violents et querelleurs, persécutés et inquisiteurs. Le jeune homme riche de la société moderne qui veut suivre Jésus doit solliciter la grâce qu’a refusé celui des temps évangéliques. Le premier acte volontaire consiste pour lui à cheminer vers la simplicité de vie en se défaisant promptement ou plus lentement des biens inutiles, selon sa force de conviction. Le pauvre de la société moderne est toujours élu a priori. La 1ère lettre de Jacques insiste : « Dieu n’a-t-il pas choisi les pauvres de ce monde ? » Toutefois, la vie simple se vit dans un arrangement humain qui cherche le bonheur par le développement de l’être, non dans l’envie ou le désir de posséder.

La simplicité ou la pauvreté choisie traduit la volonté de se libérer de l’influence de la matière et de l’oppression du monde pour entrer dans la quête de la liberté, de l’amour et de l’esprit. Cette quête d’humanité s’adresse à toute femme et à tout homme préalablement trouvés riches ou pauvres. Mais il ne s’agit pas seulement de se libérer des entraves du monde. Il s’agit également d’affirmer sa foi en vue d’améliorer les conditions sociales des déshérités de la terre proches ou lointains. Une telle espérance n’est nullement vaine, puisqu’une répartition des biens autre que celle de la force ou de la loi conduirait effectivement à abolir la guerre et la misère.

La conversion revêt un caractère philosophique autant que religieux. Dans le même temps où elle procure un développement personnel de l’être, elle pourvoit un meilleur être social en répartissant raisonnablement les choses nécessaires à la vie heureuse, en ouvrant le monde à l’amour de l’autre. L’esprit de pauvreté porte en lui la perfection qui est une autre façon de dire la grande simplicité et la toute bonté. Le Parfait découvre la joie de ne rien vouloir qui puisse jamais effacer l’esprit en lui-même. L’exemple des cathares qui vécurent en Occitanie il y a quelque sept siècles n’est assurément pas perdu !

Le chrétien connaît cette prière : « Donne-nous aujourd’hui notre part de pain ». C’est la prière du pauvre qu’aucun riche ne peut prononcer, ni même le nécessiteux qui cherche la fortune. Il s’agit ni d’amasser, ni de prendre plus que de besoin, mais de disposer de la part quotidienne que notre vie, que chaque vie réclame. Celui qui s’octroie un peu plus d’une part équitable vole nécessairement quelque chose à un autre. La juste part témoigne de l’amour et du partage qui sont la vie de l’esprit. Les cathares d’aujourd’hui pensent aussi que le Parfait peut lui seul prononcer une telle prière. Ils n’ignorent pas que si chacun se contentait de sa part, nul ne manquerait de rien. Mais notre société moderne a perdu le sens de la parole chrétienne.

L’idéal de pauvreté est clairement formulé dans l’Evangile de Matthieu : « Ne possédez ni or ni argent ni monnaie, dans vos ceintures ; pas de besace pour le chemin, ni de deuxième tunique, ni de chaussures, ni de bâton. » Les apôtres du Christ vivaient grâce à l’hospitalité offerte en contrepartie du réconfort et des soins qu’ils prodiguaient aux malades. La demande à Dieu de leur « part de pain » quotidien se justifiait, puisque c’est en son nom et par son intervention qu’ils pouvaient guérir et, par conséquent, recevoir. Le pain de froment prenait valeur spirituelle, dès lors qu’il était reçu en échange de l’esprit qui apportait la guérison. Qui réalisera à nouveau le modèle idéal ? Qui se montrera « digne de sa nourriture » ? La « part de pain », que le chrétien requiert, vient en compensation d’une œuvre réalisée par l’esprit d’amour. Voilà la raison pour laquelle le Parfait peut lui seul réclamer son salaire par la prière. Longue est la voie de la réalisation ! Il est difficile de ne recevoir son pain qu’en échange d’un véritable bien. Nous ne devons pas pour autant attendre pour nous mettre en chemin. ?
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MessageSujet: Re: La Lettre de Roquefixade   La Lettre de Roquefixade EmptyDim 4 Oct 2009 - 11:12

Citation :
Le questionnement des « valeurs »


Yves Maris, le 25 décembre 2002



L’échec des doctrines collectivistes
du XXe siècle dépasse celui de leur édification
dans l’histoire. Il semble interdire pour longtemps toute tentative
de repenser de nouvelles institutions politiques sur des bases collectivistes.

Au-delà du drame des régimes totalitaires, les désillusions
recouvrent les domaines culturels et spirituels. Les systèmes
religieux sont tout aussi abandonnés par la société
occidentale. Désormais, le modèle libéral occupe
seul l’espace, comme s’il n’était que le résultat
du renoncement de la pensée et de l’esprit. Bien que l’on
récuse largement cette conception marchande de l’économie,
guidée par une maximisation des profits de ceux qui se donnent
les moyens d’utiliser le système, il n’apparaît
aucune alternative possible. Bien que la planète se meure d’être
trop exploitée et si peu considérée, chacun continue
de penser qu’il n’est rien, dans son individualité,
pour compter efficacement au nombre des humains responsables. Bien que
la misère du plus grand nombre s’accroît, en dépit
de révoltes sporadiques, il ne semble pas qu’une révolution
mondiale mûrisse. Notre société est paralysée
dans sa capacité à instruire une nouvelle vision du monde
qui permettrait à chacun de comprendre la nécessité
d’être et d’agir collectivement.

Le discours habituel consiste à attribuer l’avantage
du libéralisme, et la remise en question des principes collectifs,
à une évolution humaine vers un individualisme marqué.
Ce discours en forme de truisme n’explique rien. En effet, les
principes collectifs contrarient toujours l’individualisme et,
inversement, l’individualisme s’oppose nécessairement
à la construction collective. Dire que la société
se délite pour cause d’individualisme revient à
prendre l’effet pour la cause. Nous devons plutôt prendre
conscience que nous vivons un changement culturel et spirituel qui ne
peut prendre forme que par la rupture du corps social ancien. Le libéralisme
outrancier que nous connaissons pourrait bien n’être qu’un
trait d’union entre deux modes de société.

La famille, la religion, le peuple, l’état ne constituent
plus les fondations morales, politiques et sociales autrefois enracinées
dans le judéo-christianisme triomphant. La délitescence
fait effectivement retour à l’individualisme. Le moment
est à l’expérience. Chacun cherche une expression
de sa personnalité en dehors des cadres institutionnels qu’il
juge surannés, au sein d’associations d’intérêts,
de communautés spirituelles, de groupes tribaux aux attitudes
antisociales. La perte de confiance dans les principes fondateurs des
sociétés occidentales appelle à une organisation
sociale nouvelle, portée par des valeurs qui restent encore à
inventer.

Les jugements de valeur deviennent fondateurs lorsqu’ils
gagnent une majorité populaire. Ainsi, les cultures se transforment
et se succèdent, fécondées par d’autres cultures
ou actualisées par leurs propres ressources. La société
traditionnelle s’accroche aux valeurs anciennes jusqu’à
la rupture, tandis que de fortes individualités, des communautés
récentes ou des groupes marginaux tentent de faire émerger
de nouvelles valeurs. Dans le foisonnement des modèles, l’un
d’eux se trouvera, le moment venu, en adéquation avec l’esprit
du temps. Il éveillera une espérance et répondra
aux attentes angoissées du plus grand nombre. Il constituera
les bases d’une société nouvelle sur de nouveaux
repères.

La référence aux « valeurs » est constante
dans notre société contemporaine. Chacun comprend qu’elles
sont menacées de renversement. Un choc des cultures se prépare.
Nul ne sait à quel moment s’imposeront les valeurs nouvelles,
ni ce quelles seront vraiment. Une sourde opposition se fait sentir
entre le matérialisme porté par le libéralisme
et quelque chose d’autre d’essentiellement humain. Les générations

passées confièrent la responsabilité du sens de
l’Histoire au Dieu du monde. Il semble que ce Dieu soit enfin
largement reconnu comme Diable. Il appartient désormais à
l’homme seul de se détacher d’une existence absurde
et de se donner collectivement un projet culturel et spirituel qui le
dépasse.

L’idéologie libérale aidant, l’on
pense communément que la notion de valeur est attachée
à l’argent. A tel point que ce qui n’est pas mesurable
en termes monétaires est en voie de perdre toute valeur. Il s’agit
là d’une inversion de sens, puisque c’est la valeur
qui fait le prix et non l’inverse. Un objet de prix n’est
certes pas sans valeur. L’on conviendra cependant, qu’il
y a des choses que l’on considère comme des valeurs alors
qu’elles n’ont pas de prix.

Si nous attribuons une valeur à une chose, cela signifie qu’elle
suscite notre désir. Si nous donnons une valeur à une
idée, cela veut dire que nous la tenons pour séduisante.
La valeur, essentiellement subjective, ne peut être déterminée
ni par un prix imposé, ni par une norme de droit. Elle mesure
notre propre désir ou notre vision singulière du monde.
Le prix que nous sommes prêts à payer pour tel objet indique
la valeur que nous lui attribuons. Le jugement que nous portons, sur
l’échelle du bien et du mal, traduit la valeur que nous
accordons à telle ou telle idée.

La valeur moyenne attribuée à tel produit sur le marché,
en fonction de l’offre et de la demande, détermine son
prix. La valeur moyenne donnée à une idée sur le
forum conduit à la norme sociale. Les choses seraient aussi simples
si les intérêts occultes n’entraient en jeu pour
manipuler les marchés et manier les idées. Ne soyons donc
pas des pantins et prenons conscience que nous devons rester maîtres
de nos jugements de valeur.

Contrairement aux animaux, dont les appétits sont
largement déterminés par leurs instincts, conformément
aux lois de la nature, l’homme est le jouet des convoitises liées
à sa condition sociale. Il se donne des « maîtres
de désirs
», pour se compter au nombre des consommateurs.
Il voue sa fidélité à l’enseigne. Le mimétisme
social et la publicité, dans ses formes sournoises ou affichées,
constituent les principaux moyens pour lui ôter sa libre conscience,
tout en lui laissant croire à sa liberté de choix. Les
« maîtres à penser » relaient les « maîtres
de désirs
». Forgée par l’idéologie
libérale, la vision moderne du monde matérialiste considère
essentielle l’acquisition d’objets. Les idoles du nouveau
monde emplissent la maison. Le bonheur est un confort qui s’acquiert,
nous dit-on, par un entassement de choses.

Mais du désir naît la violence entre les hommes. La lutte
pour la possession s’engage et le tour de garde s’organise.
Le désir, provoqué autant qu’inassouvi, se transforme
dans les faubourgs en ce grand dépit que le vandalisme exprime.
L’incivisme surgit de l’attrait toujours déçu
d’une icône généreusement dévoilée.
Ce monde là n’est décidément pas le nôtre.

La gnose ancienne nommait « Hyliques » (du grec
hylé : la matière) les hommes qui ne voyaient de valeurs
qu’aux choses matérielles. Leur langue était de
bois, leur cœur de pierre et leur poigne de fer. Ils cherchaient
à posséder la terre, tout autant que les hommes. Ils étaient
également manipulés par les « maîtres de désirs
». Ils courraient toujours après quelques affaires. Ils
ne semblaient venus sur terre que pour y commercer.

Les « Psychiques » (du grec psyché : l’âme)
vivaient leurs passions humaines, d’amour et de haine, de colère
et de pitié, de jalousie et d’envie en de savants épanchements.
Maîtres des lois et des bons sentiments, ils s’employaient
à juger les autres au regard de la norme. Leurs bavardages valaient
jurisprudence. Prétendant vainement ordonner le monde, ils étaient
de même les jouets des « maîtres à penser ».

Les « Pneumatiques » (du grec pneuma : l’esprit) rejetaient
le monde de toutes les convoitises. Ils se dépouillaient des
choses et se délivraient des passions. Ils se disaient d’ailleurs,
et cultivaient, comme un souvenir, une bouture d’esprit quelque
part dans leur âme. C’était des passants sur la terre.
Ils ne reconnaissaient qu’à leur conscience claire le droit
de porter un jugement de valeur. Ils le gardaient toujours caché
au profond de leur cœur.

Ce n’est que par l’Esprit, que chaque
homme peut arracher ses racines animales de la glèbe et rendre
ses passions aux démons de la terre. Par l’Esprit, il peut
se vouer à un projet personnel qui l’appelle au dépassement
de lui-même. Il peut vouloir devenir « Homme ». Encore
faut-il qu’il le décide ou convertisse sa vie sous le choc
de la grâce. Il s’enrichit toutes les fois qu’il rejette
l’inutile objet du désir, celui qui choisit de confier
à l’Esprit la valeur absolue.

Dans le foisonnement des modèles en quête d’espérances,
décidons ensemble de devenir responsables. Ordonnons nos vies,
non point celle des autres. Répondons de nous-mêmes à
notre seule conscience. Posons les fondements d’une communauté
nouvelle, qui se remplisse d’hommes et de femmes libres, qui se
donne le projet de faire vivre l’Esprit. Le XXIe siècle
n’appartient à personne. Ayons l’audace de proposer
au monde nos propres références !
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MessageSujet: Re: La Lettre de Roquefixade   La Lettre de Roquefixade EmptyLun 2 Nov 2009 - 12:52

Le Souffle et le Silence Le 2 novembre 2009

Citation :
L'éthique des affaires [Partie 1]

Yves Maris


L’éthique a un sens que les affaires ne peuvent corrompre.

Peu à peu, la conscience humaine a élaboré une pensée, touchant aux manières de vivre et d’agir dans le monde, comme un fruit de l’évolution. Un ordre s’est établi dans la vie individuelle et sociale. Il pose les règles qui mesurent les actes de chacun et objectivent les jugements de valeur. Les deux termes « éthique » et « morale » existent dans toutes les langues philosophiques. Ils viennent du grec « ethos » et du latin « mores » qui signifient tous deux « mœurs ».

Dans la langue française, « éthique » et « morale » sont des substantifs synonymes. Cependant, l’on peut attribuer une nuance philosophique au premier et religieuse au second. En ce sens, la morale constitue un ensemble de jugements d’existence, relatifs à un code social particulier. Elle concerne l’individu au regard d’une société morale donnée. Plongeant ses racines dans l’affectivité, elle est d’ordre psychique. Par différence, l’on peut dire que l’éthique est une règle de vie raisonnable, en quête de l’absolu. Elle implique une conscience universelle qui procède de la connaissance, par opposition à la révélation. Elle touche à l’ordre spirituel de la sagesse.

Associée au « moralisme », « la morale » est une expression marquée par le discrédit. Elle apparaît comme une maladie de l’âme, inoculée par des idéologies religieuses, mourantes ou encore bien vivantes. C’est probablement la raison pour laquelle le terme «éthique » a la préférence pour signifier, aujourd’hui, une nouvelle quête de sens. Le moralisme reste attaché à un chapelet d’interdits liberticides qui contredit l’éthique, en lui ôtant ce fondement qu’est la liberté de conscience. Il vise à confondre l’homme, coupable d’une infraction à la norme, avec la faute commise. Or, l’éthique ne peut porter de jugements de valeur que sur des actes objectivement blâmables, non sur des personnes subjectivement excusables.

Un penchant machiavélique veut considérer « l’éthique des affaires » comme un sous-ensemble de la gestion des entreprises. Le concept d’éthique est alors corrompu en une sorte de « produit éthique » qui cherche à répondre à une attente du marché, dans le but d’optimiser les profits. Il s’agit là d’une terrible perversion du sens qui donne à voir l’abîme en lequel les valeurs peuvent être précipitées. Mieux vaudrait parler alors de « l’hypocrisie des affaires », dans le sens grec du terme hypocrisis qui signifie « le jeu de l’acteur », et utiliser l’expression « l’éthique des hommes d’affaires » pour parler véritablement de valeurs.

La philosophie stoïcienne enseigne que la nature, prise dans sa globalité physique, biologique et humaine, parle un langage. Ce langage est appelé « raison ». La sagesse consiste à reconnaître et à parler ce langage en chacun des actes de vie. C’est ainsi qu’à l’image de l’ordre cosmique, la société des hommes devrait se déployer dans l’harmonie.

Bien plus encore que l’individu, l’entreprise peut concourir à l’ordre ou au désordre planétaire. En ce sens, elle peut être raisonnable ou déraisonnable. C’est là qu’intervient le concept d’« éthique des affaires ». Il s’agit d’un questionnement moral sur les conséquences des actes de gestion, d’un point de vue qui englobe l’homme, la société et la nature. L’éthique constitue le point de rencontre du philosophe et du dirigeant, au moment où l’entreprise est interpellée sur ses responsabilités morales, dans les domaines de l’environnement social et naturel.

Non seulement l’éthique n’est pas contradictoire avec l’efficacité et le bonheur, mais, à bien penser, elle en constitue la condition vraie. Ne confondons pas éthique et moralisme. Loin de se borner à un code d’obligations et d’interdits, l’éthique est l’expression de la liberté de l’homme en quête de bonheur et d’harmonie. Elle se caractérise comme un état d’esprit qui vise à situer l’homme dans un équilibre parfait. Elle concourt à la réalisation de l’humain dans ses trois composantes, corps, âme et esprit.

Chaque homme naît avec les qualités particulières qui édifient sa personnalité. Il ne s’agit pas pour lui de se ranger sans concession sous quelque autorité morale que ce soit, mais de savoir à quel bonheur ses qualités le destinent. Son but est de réaliser au mieux sa nature humaine, d’ouvrir les voies qui le conduisent à lui-même, d’avoir la volonté de refuser la médiocrité et de concourir pour la perfection. Fruit de la personnalité, l’éthique devient une œuvre originale. L’ouvrage de chaque jour en constitue peu à peu la forme, l’éclat et la beauté.

L’éthique est une forme qui donne vie à l’esprit, une référence constante à la fraternité humaine. Seul l’amour conduit au comportement idéal, l’amour absolu qui sourd de soi-même et s’étend à l’ensemble du vivant. Ces mots du philosophe ont-ils une puissance qui les rendrait inaudibles au dirigeant d’entreprise ? Deux hommes se parlent. Et l’intérêt de la problématique réside dans le mouvement dialectique entre le discours de sagesse et celui de l’action.
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MessageSujet: Re: La Lettre de Roquefixade   La Lettre de Roquefixade EmptyLun 2 Nov 2009 - 13:23

Il y a trop à lire, et après avoir lu les propos de Guilhem, ces gens qui se flattent d'avoir les pensées les meilleures ne m'attirent pas.

Trop de blablabla pour les choses élémentaires des comportemens dans la vie.

Je relève toutefois cette imbécilité dans le dernier message cité par Florence. (avant dernier "verset")

Citation :
Chaque homme naît avec les qualités particulières qui édifient sa personnalité
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MessageSujet: Re: La Lettre de Roquefixade   La Lettre de Roquefixade EmptyLun 2 Nov 2009 - 23:49

Dites-moi Jean... avez-vous des enfants... si oui étaient-ils semblable en frais de personnalité... des masse d'argile dont seule la culture et son condittionnement parviendrait à donner une forme acceptable selon vous...
N'étaient-ils pas de jolies fleurs de couleurs et de parfum différent dès leur premier jour...

Si vous n'avez pas d'enfants alors... je vous dirais tout simplement que vous ne savez pas de quoi vous parlez... on vous pardonnerait alors car vous ne sauriez pas ce que vous avez fait... mais comme vous le savez maintenant... ce ne serait plus la même chose si vous n'y mettez pas un peu plus de valeur... sinon ce ne serait qu'un simple commentaire gratuit... et à ce titre il n'en vaudrait pas la peine... ni pour vous, ni pour nous. La Lettre de Roquefixade Smilejap
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MessageSujet: Re: La Lettre de Roquefixade   La Lettre de Roquefixade EmptyMar 3 Nov 2009 - 9:01

L'homme qui naît n'a pas de qualités particulières en dehors de celle que les intimes lui attribuent; ce n'est qu'un pantin articulé dont le seul souci instinctif est de réagir suivant ses besoins naturels.

La personnalité s'édifie selon le milieu où il grandit
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MessageSujet: Re: La Lettre de Roquefixade   La Lettre de Roquefixade EmptyMar 3 Nov 2009 - 9:23

Dois-je en conclure que vous n'avez pas d'enfants mon cher Jean... La Lettre de Roquefixade U_thin7e
L'homme ne serait ainsi qu'un vulgaire paquet de cellules agissant à seule force de conventions... Ai-je bien compris...
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MessageSujet: Re: La Lettre de Roquefixade   La Lettre de Roquefixade EmptyMer 2 Déc 2009 - 11:36

Citation :
Natalis Solis Inuicti

Yves Maris, le 23 décembre 2002


A la fin du IIe siècle, dans l’Empire romain, l’on inaugura le jour anniversaire du soleil. Il se trouva naturellement fixé le 25 décembre, lorsque s’ouvre la phase ascendante du cycle héliaque. Le solstice d’hiver marquait la victoire de la lumière sur les ténèbres. C’était le jour de Mithra, le dieu de l’aurore né de la pierre comme le feu jaillit du silex. L’empereur Commode se fit initier aux mystères mithriastes. Liées à la religion des Mages, les liturgies trouvaient en Zoroastre leur inspirateur. Celui-ci consacra, disait-on, la première grotte cultuelle en l’honneur de Mithra (Porphyre, De antro Nympharum, 6).

Le mithraïsme greco-romain se posait en concurrent du christianisme. Tertullien alla jusqu’à donner les mithraïstes en exemple aux chrétiens. Lorsque l’empereur Aurélien chercha à réunifier la conscience religieuse de l’Empire autour du culte du Sol inuictus, il s’en fallut de peu que le mithraïsme ne devint la religion officielle. Renan dira à ce propos : « Si le christianisme eût été arrêté dans sa croissance par quelque maladie mortelle, le monde eût été mithriaste. »

A la fin du IVe siècle, dans la continuité du concile de Nicée, qui proclama la divinité de Jésus Christ, et conformément au syncrétisme politique de l’empereur Constantin, l’Eglise dominatrice institua la fête de la Nativité du Sauveur le 25 décembre : « Dans les ténèbres se lève la lumière. » (Ps. CXII, 4) Jésus devait donc naître dans une grotte, au cœur de la nuit. A l’image de Mithra, il vainquait l’obscurité et portait la lumière qui renouvelle la vie. Le Christ apparut comme « la lumière des nations » (Is. XLIX, 6).

Les évangiles de l’enfance commencèrent à être écrits, aussi merveilleux les uns que les autres. « Et Joseph dit à Marie de descendre de sa monture et d’entrer dans une caverne souterraine où la lumière n’avait jamais pénétré et où il n’y avait jamais eu de jour, car les ténèbres y avaient constamment demeuré. A L’entrée de Marie, toute la caverne resplendit d’une splendeur aussi éclatante que si le soleil y était. » ( Evangile de la Nativité I, 13)

Si l’on en croit l’Evangile de Mathieu, Jésus vit le jour sous le règne du roi de Judée Hérode le Grand (Mt. II, 1), qui mourut en l’an 4 (av J.C.). Selon l’Evangile de Luc, Jésus naquit peu de temps après l’édit de recensement de César Auguste, sous le gouvernorat de Quirinius (Luc II, 2). Par ailleurs, l’épigraphie nous indique un recensement en l’an 8 (av J.C.), sous le règne d’Hérode le Grand. Mais Quirinius n’était pas encore gouverneur de Syrie. S’il y eut bien un recensement sous Quirinius, en l’an 6 (ap J.C.), il semble que Luc ait fait une confusion et que Jésus naquît l’an 8 ou 7 (av J.C.) (voir Jn. VIII, 57) ; probablement au printemps, lorsque les bergers vivent aux champs (Luc II, 8) ; peut-être au moment de la Pâque, quand les pèlerins emplissent les auberges (Luc II, 7).

Nous avons fêté l’an 2007 ou 2008 ap J.C. en grande pompe, en croyant fêter l’an 2000. Mais que fête-t-on chaque année à Noël ? Quel mythe célèbre-t-on encore ?

La foule court et se bouscule sur les trottoirs. Les parkings débordent en des rondes enfumées. Les chalands font la queue pour un papier doré. Une frénésie de consommation s’abat sur chacun. Les bouchers découpent des animaux gras suppliciés, sacrifiés à la boulimie d’un jour. A l’angle des rues, les pauvres jouent de l’accordéon en attendant l’aumône.

La fête ne trouve sa raison qu’en elle-même. Noël est une fête triste parce que l’on ne fête rien. La réunion familiale, perpétuant quelque idéologie pharisienne, a perdu ses convictions. L’on fait croire aux enfants que le Père descend pour parcourir la terre en cette nuit de Noël. Le reste des croyants se fige dans l’église, pour écouter un prélat répéter qu’en cette nuit-là le Fils de Dieu naquit d’une vierge et fut déposé dans une mangeoire. Il n’y a plus personne pour attendre le soleil quand vient l’aurore ; sauf quelques pauvres errants qui passent la nuit sur les bancs publics et que le jour éveille.

Puisque Noël n’a pas de fondement réel en rapport à Jésus le Nazaréen ; puisque le 25 décembre fut choisi afin de mieux supplanter le culte de Mithra, en empruntant à sa liturgie, il nous appartient de donner au solstice d’hiver une signification nouvelle, véritablement universelle. Fête cosmique, le solstice apparaît comme un moment privilégié pour observer l’univers étoilé, la diversité des cieux et le soleil qui remonte à l’horizon.

Qui sommes-nous ? D’où venons-nous ? Où allons-nous ? Le questionnement gnostique revêt une actualité particulière. Le 25 décembre pourrait devenir, pour notre monde moderne, la fête de la connaissance et de la simplicité vraie. Les mythes d’autrefois sont devenus des théories scientifiques, le fabuleux se perçoit dans les éprouvettes, sur les écrans d’ordinateurs ou sur les images des télescopes orbitaux.

Il était certes plus facile d’instituer une fête de la musique au solstice d’été, libre de passions et de croyances. Dans une société déchristianisée, Noël devient pourtant une fête à reprendre et à réinventer. Il faut la revêtir d’une qualité universelle que seule la connaissance ou la gnose contemporaine peut lui donner. Nous découvrirons les vertus salvatrices de la science et de la conscience réunies. L’épistémologie, c’est aussi l’esprit qui scrute les sciences et se cherche.
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MessageSujet: Re: La Lettre de Roquefixade   La Lettre de Roquefixade EmptyMer 2 Déc 2009 - 11:54

Personne a écrit:
L'homme qui naît n'a pas de qualités particulières en dehors de celle que les intimes lui attribuent; ce n'est qu'un pantin articulé dont le seul souci instinctif est de réagir suivant ses besoins naturels.

La personnalité s'édifie selon le milieu où il grandit

Je te savais grand misanthrope mais je ne pense pas que les puericultrices partagent ton avis.
Nous avons bien des qualités qui demandent à eclore et s'affiner et qui vont bien souvent determiner notre chemin de vie. Nous n'avons pas la même receptivité vis a vis du milieu et ce sont des comportements avec des reponses personnelles qui vont se mettre en place en fonction de certaines aptitudes innées.

Serait il indiscret de te demander ton ancienne profession pour comprendre par ton raisonnement l'indice de formatage produit? Wink
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MessageSujet: Re: La Lettre de Roquefixade   La Lettre de Roquefixade EmptyMar 21 Aoû 2012 - 12:57

Les cathares sont (avec les gnostiques dont ils sont apparentés) les seuls chrétiens que je respecte parce qu'ils sont totalement non violents et qu'ils ont su rejeter le faux dieu violent et pervers de l'ancien testament.

Ils affirment que le créateur, le dieu de l'ancien testament (et par conséquent du coran) est le diable.

"Le diable est le législateur. les coeurs inintelligents se sont enténébrés. Les prophètes se sont proclamés sages, mais stupides, ils ont voulu faire croire que Dieu leur parlait quand ce n'était que le diable. Ils se sont armés pour la guerre sainte en vue de s'emparer des terres et des richesses, ils ont tué, exploit, dépouillé au nom du diable qu'ils ont appelé Dieu. Ils ont enquêté, torturé, exécuté pour imposer leurs lois d'encre, ils n'ont pas écouté leur conscience, ils n'on pas lutté contre leurs pulsions animales. Ils sont depuis le commencement des créatures vouées au principe du mal. Ils ont occulté la vérité pour établir le mensonge. Ils ont propagé la ruse et l'esprit mauvais."

extrait du manifeste cathare d'Yves Maris.

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