Forum des déistes, athées et inter-religieux

Forum de partage sur la spiritualité et la philosophie. Nous accueillons toutes vos opinions et témoignages relatifs aux enseignements religieux, à l'athéisme ainsi qu'à la morale dans un bon climat
 
AccueilPortailS'enregistrerConnexion

Partagez | 
 

 Le langage

Aller en bas 
AuteurMessage
florence_yvonne
Admin
Admin
avatar

Féminin Nombre de messages : 31495
Age : 58
Localisation : L'Hérault
Date d'inscription : 28/03/2006

MessageSujet: Le langage   Lun 27 Déc 2010 - 16:17

1- "Le langage est la maison de l’être", Heidegger.

2- "Dans le parler ordinaire, le langage désigne proprement la faculté qu’ont les hommes de s’entendre au moyen de signes vocaux… Les signes du langage humain sont en priorité vocaux … Aujourd’hui encore, les êtres humains en majorité savent parler sans savoir lire." A. Martinet, Eléments de linguistique générale, Armand Colin.

3- "Le langage est un des instruments spirituels qui transforment le monde chaotique des sensations en monde des objets et des représentations." H. Delacroix, Le langage et la pensée, p.126.

4- "Cette puissance magique du langage, qui consiste à se substituer à la réalité en faisant exister ce qu’elle nomme, est également le fondement de toute calomnie comme de toute flatterie." Grimaldi, Le désir et le temps, PUF, p.427.

5- "Tous les moyens de l’esprit sont enfermés dans le langage, et qui n’a point réfléchi sur le langage n’a point réfléchi du tout." Alain, Propos sur l’éducation, 66

6- "L’ensemble de ces observations fait apparaître la différence essentielle entre les procédés de communication découverts chez les abeilles et notre langage. Cette différence se résume dans le terme qui nous semble le mieux approprié à définir le mode de communication employé par les abeilles, ce n’est pas un langage, c’est un code de signaux." Benveniste.

- Le code de signaux se caractérise par: "La fixité du contenu, l’invariabilité du message, le rapport à une seule situation, la nature indécomposable de l’énoncé, sa transmission unilatérale." Benveniste.

7- "Le propre du langage est d’être un système de signes sans rapport matériel avec ce qu’ils ont pour mission de signifier. Si l’art était une imitation complète de l’objet, il n’aurait plus ce caractère de signes. Si bien que nous pouvons concevoir l’art comme un système significatif... Mais qui reste toujours à mi-chemin entre le langage et l’objet." C. Lévi-Strauss (entretiens avec Georges Charbonnier, Plon)

8- "Le mot… permet d’exprimer les phénomènes les plus variés. Ces phénomènes, on les exprime: on croit donc les expliquer." Bachelard, La Formation de l’esprit scientifique, p.73

10- "L’importance du langage dans le développement de la civilisation réside en ce que l’homme y a situé à côté de l’autre, un monde à lui, un lieu qu’il estimait assez solide pour, s’y appuyant, sortir le reste du monde de ses gongs et s’en rendre maître." Nietzsche, Humain, trop humain. I . 11.

11- "Le langage n’est pas, comme on le croit souvent, le vêtement de la pensée. Il en est le corps véritable." Lavelle, La parole et l’écrit. P.25

12- "Le langage signifiant voudrait dire l’absolu de façon médiate, et cet absolu ne cesse de lui échapper, laissant chaque intention particulière, du fait de sa finitude, loin derrière lui. La musique, elle, l’atteint immédiatement, mais au même instant il lui devient obscur, tout comme l’œil est aveuglé par une lumière excessive, et ne peut plus voir ce qui est parfaitement visible." Th. W. Adorno, Quasi una fantasia, écrits musicaux II. Gallimard p.6.
Revenir en haut Aller en bas
florence_yvonne
Admin
Admin
avatar

Féminin Nombre de messages : 31495
Age : 58
Localisation : L'Hérault
Date d'inscription : 28/03/2006

MessageSujet: Re: Le langage   Lun 27 Déc 2010 - 16:22

«Il y a des tremblements de mots plus dangereux que des tremblements de terre.» Jean-Paul Sartre

On voit d’une manière évidente pourquoi l’homme est un animal sociable à un plus haut degré que les abeilles et tous les animaux qui vivent réunis. La nature, comme nous disons, ne fait rien en vain. Seul, entre les animaux, l’homme a l’usage du discours (logos) ; la voix (phonê) est le signe de la douleur et du plaisir, et c’est pour cela qu’elle a été donnée aussi aux autres animaux. Leur organisation va jusqu’à éprouver des sensations de douleur et de plaisir, et à se le faire comprendre les uns aux autres ; mais le discours a pour but de faire comprendre ce qui est utile ou nuisible, et par conséquent aussi, ce qui est juste ou injuste. Ce qui distingue l’homme d’une manière spéciale, c’est qu’il perçoit le bien et le mal, le juste et l’injuste, et tous les sentiments de même ordre dont la communication constitue précisément la famille et l’Etat.
Aristote, Politique, 1253a 6-19

SOCRATE : Eh bien donc, puisque tu prétends être savant dans l’art de la rhétorique et capable de former des orateurs, dis-moi quel est l’objet particulier de la rhétorique. […]
GORGIAS : C’est celle qui est réellement le bien suprême, Socrate, qui fait que les hommes sont libres eux-mêmes et en même temps qu’ils commandent aux autres dans leurs cités respectives. […] Je veux dire le pouvoir de persuader par ses discours les juges au tribunal, les sénateurs dans le Conseil, les citoyens dans l’assemblée du peuple et dans toute autre réunion qui soit une réunion de citoyens. […]
SOCRATE : À présent, Gorgias, il me paraît que tu as montré d’aussi près que possible […] que la rhétorique est l’ouvrière de la persuasion [mais] il est évident que savoir et croire ne sont pas la même chose [et] cependant ceux qui croient sont persuadés aussi bien que ceux qui savent. […] De ces deux persuasions, quelle est celle que la rhétorique opère dans les tribunaux et autres assemblées relativement au juste et à l’injuste ? Est-ce celle d’où naît la croyance sans la science ou celle qui engendre la science ?
GORGIAS : Il est bien évident, Socrate, que c’est celle d’où naît la croyance.
SOCRATE : La rhétorique est donc, à ce qu’il paraît, l’ouvrière de la persuasion qui fait croire, non celle qui fait savoir relativement au juste et à l’injuste ?
GORGIAS : Oui. […] Toutefois, Socrate, il faut user de la rhétorique comme de tous les autres arts de combat. Ceux-ci en effet ne doivent pas s’employer contre tout le monde indifféremment, et parce qu’on a appris le pugilat, le pancrace, l’escrime, avec des armes véritables, […] ce n’est pas une raison pour battre ses amis, les transpercer et les tuer. […] On doit porter le même jugement sur la rhétorique. Sans doute l’orateur est capable de parler contre tous et sur toute chose de manière à persuader la foule mieux que personne, sur presque tous les sujets qu’il veut ; mais il n’est pas plus autorisé pour cela à dépouiller de leur réputation les médecins ni les autres artisans, sous prétexte qu’il pourrait le faire ; au contraire, on doit user de la rhétorique avec justice, comme de tout autre genre de combat.
Platon, Gorgias, 449d-457c.

J’ai ici un flacon de benzine. A quoi cela me sert-il ? Eh bien, à nettoyer. Maintenant, il y a là, collée, une étiquette avec l’inscription « Benzine ». Eh bien, pourquoi cette inscription est-elle là ? Je nettoie bien avec la benzine, mais pas avec l’inscription. (Il est clair, naturellement, qu’à la place de cette inscription, on pourrait avoir n’importe quelle autre.) Eh bien, cette inscription est un point d’application pour un calcul, à savoir pour l’usage. Je peux vous dire en effet : « Allez chercher la benzine ! » Et, au moyen de cette étiquette, il y a une règle conformément à laquelle vous pouvez procéder. Quand vous allez chercher la benzine, c’est encore un pas dans ce même calcul qui est déterminé au moyen de ces règles. J’appelle le tout un calcul parce qu’il y a présentement deux possibilités : ou bien vous procédez conformément à la règle ou bien vous procédez non conformément à la règle ; en ce cas je suis en position de dire quelque chose comme : « Non, ce que vous êtes allé chercher n’était certainement pas de la benzine ! »
Les noms dont nous nous servons dans la vie quotidienne sont toujours de petits écriteaux de ce genre que nous accrochons sur les choses et dont nous nous servons comme points d’application d’un calcul.
Wittgenstein, « Intention, vouloir dire, signifier », dans Manifeste du cercle de Vienne et
autres écrits sous la direction d’A. Soulez, PUF, coll. Philosophie d’aujourd’hui

Le lien unissant le signifiant au signifié est arbitraire, ou encore, puisque nous entendons par signe le total résultat de l’association d’un signifiant à un signifié, nous pouvons dire plus simplement : le signe linguistique est arbitraire.
Ainsi, l’idée de « sœur » n’est liée par aucun rapport intérieur avec la suite de sons s-ö-r qui lui sert de signifiant ; il pourrait être aussi bien représenté par n’importe quelle autre : à preuve les différences entre les langues et l’existence même de langues différentes : le signifié « bœuf » a pour signifiant b-ö-f d’un côté de la frontière et o-k-s (Ochs) de l’autre. […]
Le mot arbitraire appelle aussi une remarque. Il ne doit pas donner l’idée que le signifiant dépend du libre choix du sujet parlant (on verra plus bas qu’il n’est pas au pouvoir de l’individu de rien changer à un signe une fois établi dans un groupe linguistique) ; nous voulons dire qu’il est immotivé, c’est-à-dire arbitraire par rapport au signifié, avec lequel il n’a aucune attache naturelle dans la réalité.
Ferdinand de Saussure, Cours de linguistique générale

Nous n’avons savoir de nos pensées – nous n’avons des pensées déterminées, effectives – que quand nous leur donnons la forme de l’ob-jectivité, de l’être-différencié d’avec notre intériorité, donc la figure de l’extériorité, et, à la vérité, d’une extériorité telle qu’elle porte, en même temps, l’empreinte de la suprême intériorité. Un extérieur ainsi intérieur, seul l’est le son articulé, le mot. C’est pourquoi vouloir penser sans mots – comme Mesmer l’a tenté une fois – apparaît comme une déraison, qui avait conduit cet homme, d’après ce qu’il assura, presque à la manie délirante. Mais il est également risible de regarder le fait, pour la pensée, d’être liée au mot comme un défaut de la première et comme une infortune ; car, bien que l’on soit d’avis ordinairement que l’inexprimable est précisément ce qui est le plus excellent, cet avis cultivé par la vanité n’a pourtant pas le moindre fondement, puisque l’inexprimable est, en vérité, seulement quelque chose de trouble, en fermentation, qui n’acquiert de la clarté que lorsqu’il peut accéder à la parole. Le mot donne, par suite, aux pensées leur être-là le plus digne et le plus vrai. Assurément, on peut aussi – sans se saisir de la Chose – se battre avec les mots. Cependant, ce n’est pas là la faute du mot, mais celle d’une pensée défectueuse, indéterminée, sans teneur. De même que la pensée vraie est la Chose, de même le mot l’est aussi, lorsqu’il est employé par la pensée vraie. C’est pourquoi, en se remplissant du mot, l’intelligence accueille en elle la nature de la Chose.
Hegel, Encyclopédie des sciences philosophiques,
III, Philosophie de l’esprit, §462.

"Et de même que l'écriture n'est pas la même chez tous les hommes, les mots parlés ne sont pas non plus les mêmes, bien que les états de l'âme dont ces expressions sont les signes immédiats soient identiques chez tous, comme sont identiques aussi les choses dont ces états sont les images." Aristote, De l’interprétation.

« J’ai le projet d’une langue ou écriture universelle qui (…) outre l’usage du commerce et la communication des peuples divers (ce qui la pourrait même rendre plausible au vulgaire), aurait des avantages incomparablement plus grands : car elle donnerait moyen de raisonner sur les matières capables de raisonnement par une espèce de calcul infaillible pourvu qu’on y apportât la même exactitude qu’à chiffrer, et les erreurs ne seraient que des erreurs de calcul. » Leibniz, Lettre à Jean-Frédéric (février 1679)

« Par la langue, l’homme assimile la culture, la perpétue ou la transforme. Or comme chaque langue, chaque culture met en œuvre un appareil spécifique de symboles en lequel s’identifie chaque société. La diversité des langues, la diversité des cultures, leurs changements, font apparaître la nature conventionnelle du symbolisme qui les articule. C’est en définitive le symbole qui noue ce lien vivant entre l’homme, la langue et la culture. » Benvéniste, Problèmes de linguistique générale.

« Le signe linguistique unit non une chose et un nom, mais un concept et une image acoustique. Cette dernière n’est pas le son matériel, chose purement physique, mais l’empreinte psychique de ce son, la représentation que nous en donne le témoignage de nos sens ; elle est sensorielle, et s’il nous arrive de l’appeler « matérielle », c’est seulement dans ce sens et par opposition à l’autre terme de l’association, le concept, généralement plus abstrait. » Saussure, Cours de linguistique générale



Dernière édition par florence_yvonne le Lun 27 Déc 2010 - 16:39, édité 2 fois
Revenir en haut Aller en bas
florence_yvonne
Admin
Admin
avatar

Féminin Nombre de messages : 31495
Age : 58
Localisation : L'Hérault
Date d'inscription : 28/03/2006

MessageSujet: Re: Le langage   Lun 27 Déc 2010 - 16:23

Dictionnaire philosophique de voltaire

LANGUES(a)

Section I.

On dit que les Indiens commencent presque tous leurs livres par ces mots: Béni soit l’inventeur de l’écriture. On pourrait aussi commencer ses discours par bénir l’inventeur d’un langage.

Nous avons reconnu, au mot Alphabet, qu’il n’y eut jamais de langue primitive dont toutes les autres soient dérivées.

Nous voyons que le mot Al ou El, qui signifiait Dieu chez quelques Orientaux, n’a nul rapport au mot Gott, qui veut dire Dieu an Allemagne. House, huis, ne peut guère venir du grec domos, qui signifie maison.

Nos mères, et les langues dites mères, ont beaucoup de ressemblance. Les unes et les autres ont des enfants qui se marient dans le pays voisin, et qui en altèrent le langage et les moeurs. Ces mères ont d’autres mères dont les généalogistes ne peuvent débrouiller l’origine. La terre est couverte de familles qui disputent de noblesse, sans savoir d’où elles viennent.

Des mots les plus communs et les plus naturels en toute langue.

L’expérience nous apprend que les enfants ne sont qu’imitateurs; que si on ne leur disait rien ils ne parleraient pas, qu’ils se contenteraient de crier.

Dans presque tous les pays connus on leur dit d’bord baba, papa, mama, maman, ou des mots approchants, aisés à prononcer, et ils les répètent. Cependant vers le mont Krapack où je vis, comme l’on sait, nos enfants disent toujours mon dada, et non pas mon papa. Dans quelques provinces ils disent mon bibi.

On a mis un petit vocabulaire chinois à la fin du premier tome des Mémoires sur la Chine. Je trouve dans ce dictionnaire abrégé que fou, prononcé d’une façon dont nous n’avons pas l’usage, signifie père; les enfants qui ne peuvent prononcer la lettre f disent ou. Il y a loin d’ou à papa.

Que ceux qui veulent savoir le mot qui répond à notre papa en japonais, en tartare, dans le jargon du Kamtschatka et de la baie d’Hudson, daignent voyager dans ces pays pour nous instruire.

On court risque de tomber dans d’étranges méprises quand, sur les bords de la Seine ou de la Saône, on donne des leçons sur la langue des pays où l’on n’a point été. Alors il faut avouer son ignorance; il faut dire: « J’ai lu cela dans Vachter, dans Ménage, clans Bochart, dans Kircher, dans Pezron, qui n’en savaient pas plus que moi; je doute beaucoup; je crois, mais je suis tout disposé à ne plus croire, etc., etc. »

Un récollet, nommé Sagart Théodat, qui a prêché pendant trente ans les Iroquois, les Algonquins et les Hurons, nous a donné un petit dictionnaire huron, imprimé à Paris chez Denis Moreau, en 1632. Cet ouvrage ne nous sera pas désormais fort utile, depuis que la France est soulagée du fardeau du Canada. Il dit qu’en huron père est aystan, et en canadien notoui. Il y a encore loin de notoui et d’aystan à parer et à papa. Gardez-vous des systèmes, vous dis-je, mes chers Welches.

D’un système sur les langues.

L’auteur de la Mécanique du langage(1) explique ainsi son système:

« La terminaison latine urire est appropriée à désigner un désir vif et ardent de faire quelque chose; micturire, esurire; par où il semble qu’elle ait été fondamentalement formée sur le mot urere et sur le signe radical ur, qui en tant de langues signifie le feu. Ainsi la terminaison urire était bien choisie pour désigner un désir brûlant. »

Cependant, nous ne voyons pas que cette terminaison en ire soit appropriée à un désir vif et ardent dans ire, exire, abire, aller, sortir, s’en aller; dans vincire, lier; scaturire, sourdre, jaillir; condire, assaisonner; parturire, accoucher; grunnire, gronder, grouiner, ancien mot qui exprimait très bien le cri du porc.

Il faut avouer surtout que cet ire n’est approprié à aucun désir très vif, dans bolbutire, balbutier; singultire, sangloter; perire, périr. Personne n’a envie ni de balbutier, ni de sangloter, encore moins de périr. Ce petit système est fort en défaut; nouvelle raison pour se défier des systèmes.

Le même auteur paraît aller trop loin en disant: « Nous allongeons les lèvres un dehors, et tirons, pour ainsi dire, le bout d’en haut de cette corde pour faire sonner u, voyelle particulière aux Français, et que n’ont pas les autres nations. »

Il est vrai que le précepteur du Bourgeois gentilhomme(2) lui apprend qu’il fait un peu la moue en prononçant u; mais il n’est pas vrai que les autres nations ne fassent pas un peu la moue aussi.

L’auteur ne parle sans doute ni l’espagnol, ni l’anglais, ni l’allemand, ni le hollandais; il s’en est rapporté à d’anciens auteurs qui ne savaient pas plus ces langues que celles du sénégal et du Thibet, que cependant l’auteur cite. Les Espagnols disent su padre, su madre, avec un son qui n’est pas tout à fait le u des Italiens; ils prononcent mui en approchant un peu plus de la lettre u que de l’ou; ils ne prononcent pas fortement ousted: ce n’est pas le furiale sonans u des Romains.

Les Allemands se sont accoutumés à changer un peu l’u en i; de là vient qu’ils vous demandent toujours des ékis au lieu d’écus. Plusieurs Allemands prononcent aujourd’hui flûte comme nous; ils prononçaient autrefois flaûte. Les Hollandais ont conservé l’u, témoin la comédie de Madame Alikruc, et leur u diener. Les Anglais, qui ont corrompu toutes les voyelles, n’ont point abandonné l’u; ils prononcent toujours wi et non oui, qu’ils n’articulent qu’à peine. Ils disent vertu et true, le vrai, non vertou et troue.

Les Grecs ont toujours donné à l’upsilon le son de notre u, comme l’avouent Calepin et Scapula à la lettre upsilon; et comme le dit Cicéron, de Oratore.

Le même auteur se trompe encore en assurant que les mots anglais humour et spleen ne peuvent se traduire. Il en a cru quelques Français mal instruits. Les Anglais ont pris leur humour, qui signifie chez eux plaisanterie naturelle, de notre mot humeur employé en ce sens dans les premières comédies de Corneille, et dans toutes les comédies antérieures. Nous dîmes ensuite belle humeur. D’Assouci donna son Ovide en belle humeur; et ensuite on ne se servit de ce mot que pour exprimer le contraire de ce que les Anglais entendent. Humeur aujourd’hui signifie chez nous chagrin. Les Anglais se sont ainsi emparés de presque toutes nos expressions. On en ferait un livre.

A l’égard de spleen il se traduit très exactement, c’est la rate. Nons disions, il n’y a pas longtemps, vapeurs de rare.

Veut-on qu’on rabatte
Par des moyens doux
Les vapeurs de rate
Qui nous minent tous?
Qu’on laisse Hippocrate,
Et qu’on vienne à nous(3).

Nous avons supprimé rate, et nous nous sommes bornés aux vapeurs.

Le même auteur dit(4) « que les Français se plaisent surtout à ce qu’ils appellent avoir de l’esprit. Cette expression est propre à leur langue, et ne se trouve en aucune autre. » Il n’y en a point en anglais de plus commune; wit, witty, sont précisément la même chose. Le comte de Rochester appelle toujours witty king le roi Charles II, qui, selon lui, disait tant de jolies choses, et n’en fit jamais une bonne. Les Anglais prétendent que ce sont eux qui disent les bons mots, et que ce sont les Français qui rient.

Et que deviendra l’ingegnoso des italiens, et l’agudeza des Espagnols, dont nous avons parlé à l’article Esprit, section iii?

Le même auteur remarque très judicieusement(5) que, lorsqu’un peuple est sauvage, il est simple, et ses expressions le sont aussi. « Le peuple hébreu était à demi sauvage; le livre de ses lois traite sans détour des choses naturelles, que nos langues ont soin de voiler. C’est une marque que chez eux ces façons de parler n’avaient rien de licencieux; car on n’aurait pas écrit un livre de lois d’une manière contraire aux moeurs, etc. »

Nous avons donné un exemple frappant de cette simplicité qui serait aujourd’hui plus que cynique, quand nous avons cité les aventures d’Oolla et d’Ooliba, et celles d’Osée; et quoiqu’il soit permis de changer d’opinion, nous espérons que nous serons toujours de celle de l’auteur de la Mécanique du langage, quand même plusieurs doctes n’en seraient pas.

Mais nous ne pouvons penser comme l’auteur de cette Mécanique quand il dit(6):

« En Occident l’idée malhonnête est attachée à l’union des sexes; en Orient elle est attachée à l’usage du vin; ailleurs elle pourrait l’être à l’usage du fer ou du feu. Chez les musulmans, à qui le vin est défendu par la loi, le mot cherab qui signifie en général sirop, sorbet, liqueur, mais plus particulièrement le vin, et les autres mots relatifs à celui-là, sont regardés par les gens fort religieux comme des termes obscènes, ou du moins trop libres pour être dans la bouche d’une personne de bonnes moeurs. Le préjugé sur l’obscénité du discours a pris tant d’empire qu’il ne cesse pas, même dans le cas où l’action à laquelle on a attaché l’idée est honnête et légitime, permise et prescrite, de sorte qu’il est toujours malhonnête de dire ce qu’il est très souvent honnête de faire.

« A vrai dire, la décence s’est ici contentée d’un fort petit sacrifice. Il doit toujours paraître singulier que l’obscénité soit dans les mots et ne soit pas dans les idées, etc. »

L’auteur paraît mal instruit des moeurs de Constantinople. Qu’il interroge M. de Tott, il lui dira que le mot de vin n’est point du tout obscène chez les Turcs. Il est même impossible qu’il le soit, puisque les Grecs sont autorisés chez eux à vendre du vin. Jamais dans aucune langue l’obscénité n’a été attachée qu’à certains plaisirs qu’on ne s’est presque jamais permis devant témoins, parce qu’on ne les goûte que par des organes qu’il faut cacher. On ne cache point sa bouche. C’est un péché chez les musulmans de jouer aux dés, de ne point coucher avec sa femme le vendredi, de boire du vin, de manger pendant le ramadan avant le coucher du soleil; mais ce n’est point une chose obscène.

Il faut de plus remarquer que toutes les langues ont des termes divers, qui donnent des idées toutes différentes de la même chose. Mariage, sponsalia, exprime un engagement légal. Consommer le mariage, matrimonio uti, ne présente que l’idée d’un devoir accompli. Membrum virile in vaginam intromittere n’est qu’une expression d’anatomie. Amplecti amorose juvenem uxorem est une idée voluptueuse. D’autres mots sont des images qui alarment la pudeur.

Ajoutons que si dans les premiers temps d’une nation simple, dure et grossière, on se sert des seuls termes qu’on connaisse pour exprimer l’acte de la génération, comme l’auteur l’a très bien observé chez les demi-sauvages juifs, d’autres peuples emploient les mots obscènes quand ils sont devenus plus raffinés et plus polis. Osée ne se sert que du terme qui répond au fodere des Latins; mais Auguste hasarde effrontément les mots futuere, mentula, dans son infâme épigramme contre Fulvie. Horace prodigue le futuo, le mentula, le cunnus. On inventa même les expressions honteuses de crissare, fellare, irrumare, cevere, connilinguis. On les trouve trop souvent dans Catulle et dans Martial. Elles représentent des turpitudes à peine connues parmi nous: aussi n’avons-nous point de termes pour les rendre.

Le mot de gabaoutar, inventé à Venise au xvie siècle, exprimait une infamie inconnue aux autres nations.

Il n’y a point de langue qui puisse traduire certaines épigrammes de Martial, si chères aux empereurs Adrien et Lucius Verus.

Génie des langues.

On appelle génie d’une langue son aptitude à dire de la manière la plus courte et la plus harmonieuse ce que les autres langages expriment moins heureusement.

Le latin, par exemple, est plus propre au style lapidaire que les langues modernes, à cause de leurs verbes auxiliaires qui allongent une inscription et qui l’énervent.

Le grec, par son mélange mélodieux de voyelles et de consonnes, est plus favorable à la musique que l’allemand et le hollandais.

L’italien, par des voyelles beaucoup plus répétées, sert peut-être encore mieux la musique efféminée.

Le latin et le grec étant les seules langues qui aient une vraie quantité, sont plus faites pour la poésie que toutes les autres langues du monde.

Le français, par la marche naturelle de toutes ses constructions, et aussi par sa prosodie, est plus propre qu’aucune autre à la conversation. Les étrangers, par cette raison même, entendent plus aisément les livres français que ceux des autres peuples. Ils aiment dans les livres philosophiques français une clarté de style qu’ils trouvent ailleurs assez rarement.

C’est ce qui a donné enfin la préférence au français sur la langue Italienne même, qui, par ses ouvrages immortels du xvie siècle, était en possession de dominer dans l’Europe.

L’auteur du Mécanisme du langage pense dépouiller le français de cet ordre même, et de cette clarté qui fait son principal avantage. Il va jusqu’à citer des auteurs peu accrédités, et même Pluche, pour faire croire que les inversions du latin sont naturelles, et que c’est la construction naturelle du français qui est forcée. Il rapporte cet exemple tiré de la Manière d’étudier les langues. Je n’ai jamais lu ce livre, mais voici l’exemple(7):

Goliathum proceritatis inusitatae virum David adolescens impacto in ejus frontem lapide prostravit, et allophylum quum inermis puer esset ei detracto gladio confecit.

« Le jeune David renversa d’un coup de fronde au milieu du front Goliath, homme d’une taille prodigieuse, et tua cet étranger avec son propre sabre qu’il lui arracha: car David était un enfant désarmé. »

Premièrement, j’avouerai que je ne connais guère de plus plat latin, ni de plus plat français, ni d’exemple plus mal choisi. Pourquoi écrire dans la langue de Cicéron un morceau d’histoire judaïque, et ne pas prendre quelque phrase de Cicéron même pour exemple? Pourquoi me faire de ce géant Goliath un Goliathum? « Ce Goliathus était, dit-il, d’une grandeur inusitée, proceritatis inusitatae. » On ne dit inusité en aucun pays que des choses d’usage qui dépendent des hommes: une phrase inusitée, une cérémonie inusitée, un ornement inusité; mais pour une taille inusitée, comme si Goliathus s’était mis ce jour-là une taille plus haute qu’à l’ordinaire, cela me paraît fort inusité.

Cicéron dit à Quintus son frère: Absurdae et inusitate scriptae epistolae; « ses lettres sont absurdes et d’un style inusité. » N’est-ce pas là le cas de Pluche?

In ejus frontem; Tite Live et Tacite auraient-ils mis ce froid ejus? n’auraient-ils pas dit simplement in frontem?

Que veut dire impacto lapide? cela n’exprime pas un coup de fronde.

Et allophylum quum puer inermis esset: voilà une plaisante antithèse; « il renversa l’étranger quoiqu’il fût désarmé; » étranger et désarmé ne font-ils pas une belle opposition? et de plus, dans cette phrase, lequel des deux était désarmé? il y a quelque apparence que c’était Goliath, puisque le pett David le tua si aisément. Puer ne désigne pas assez clairement David: le géant pouvait être aussi jeune que lui.

Je n’examine point comment on renverse, avec un petit caillou lancé au front de bas en haut, un guerrier dont le front est armé d’un casque; je me borne au latin de Pluche.

Le français ne vaut guère mieux que le latin. Voici comme un jeune écolier vient de le refaire:

« David, à peine dans son adolescence, sans autres armes qu’une simple fronde, renverse le géant Goliath d’un coup de pierre au milieu du front; il lui arrache son épée, il lui coupe la tête de son propre glaive. »

Ensuite, pour nous convaincre de l’obscurité de la langue française, et du renversement qu’elle fait des idées, on nous cite les paralogismes de Pluche(8).

« Dans la marche que l’on fait prendre à la phrase française, on renverse entièrement l’ordre des choses qu’on y rapporte; et, pour avoir égard au génie, ou plutôt àla pauvreté de nos langues vulgaires, on met en pièces le tableau de la nature. Dans le français, le jeune homme renverse avant qu’on sache qu’il y ait quelqu’un à renvcrser; le grand Gotiath est déjà par terre, qu’il n’a encore été fait aucune mention ni de la fronde, ni de la pierre qui a fait le coup; et ce n’est qu’après que l’étranger a la tête coupée que le jeune homme trouve une épée au lieu de fronde pour l’achever. Ceci nous conduit à une vérité fort remarquable, que c’est se tromper de croire, comme on fait, qu’il y ait inversion ou renversement dans la phrase des anciens, tandis que c’est réellement dans notre langue moderne qu’est le désordre. »

Je vois ici tout le contraire; et, de plus, je vois dans chaque partie de la phrase française un sens achevé qui me fait attendre un nouveau sens une nouvelle action. Si je dis, comme dans le latin: « Goliath, homme d’une procérité inusitée, l’adolescent David, » je ne vois là qu’un géant, qu’un enfant; point de commencement d’action; peut-être que l’enfant prie le géant de lui abattre des noix; et peu m’importe. Mais « David, à peine dans son adolescence, sans autres armes qu’une simple fronde; » voilà déjà un sens complet, voilà un enfant avec une fronde: qu’en va-t-il faire? il renverse; qui? un géant; comment? en l’atteignant au front. Il lui arrache son grand sabre; pourquoi? pour couper la tête du géant. Y a-t-il une gradation plus marquée?

Mais ce n’était pas de tels exemples que l’auteur du Mécanisme du langage devait proposer. Que ne rapportait-il de beaux vers de Racine? que n’en comparait-il la syntaxe naturelle avec les inversions admises dans toutes nos anciennes poésies?

Jusqu’ici la Fortune et la Victoire mêmes
Cachaient mes cheveux blancs sous trente diadèmes.
Mais ce temps-là n’est plus. . . . . . . . .
Mithridate, acte III, sc. v.

Transposez les termes selon le génie latin, à la manière de Ronsard: « Sous diadèmes trente cachaient mes cheveux blancs Fortune et Victoir mêmes. Plus n’est ce temps heureux! »

C’est ainsi que nous écrivions autrefois; il n’aurait tenu qu’à nous de continuer: mais nous avons senti que cette construction ne convenait pas au génie de notre langue, qu’il faut toujours consulter. Ce génie, qui est celui du dialogue, triomphe dans la tragédie et dans la comédie, qui n’est qu’un dialogue continuel; il plaît dans tout ce qui demande de la naïveté, de l’agrément, dans l’art de narrer, d’expliquer, etc. Il s’accommode peut-être assez peu de l’ode, qui demande, dit-on, une espèce d’ivresse et de désordre, et qui autrefois exigeait de la musique.

Quoi qu’il en soit, connaissez bien le génie de votre langue; et, si vous avez du génie, mêlez-vous peu des langues étrangères, et surtout des orientales, à moins que vous n’ayez vécu trente ans dans Alep.

Section II.
Sans la langue, en un mot, l’auteur le plus divin
Est toujours, quoi qu’il fasse, un méchant écrivain.
Boileau, Art poét., I, 161.

Trois choses sont absolument nécessaires: régularité, clarté, élégance. Avec les deux premières on parvient à ne pas écrire mal; avec la troisiéme on écrit bien.

Ces trois mérites, qui furent absolument ignorés dans l’Université de Paris depuis sa fondation, ont été presque toujours réunis dans les écrits de Rollin, ancien professeur. Avant lui on ne savait ni écrire ni penser en français; il a rendu un service éternel à la jeunesse.

Ce qui peut paraître étonnant, c’est que les Francais n’ont point d’auteur plus châtié en prose que Racine et Boileau le sont en vers; car il est ridicule de regarder comme des fautes quelques nobles hardiesses de poésie, qui sont de vraies beautés, et qui enrichissent la langue au lieu de la défigurer.

Corneille pécha trop souvent contre la langue, quoiqu’il écrivit dans le temps même qu’elle se perfectionnait. Son malheur était d’avoir été élevé en province, et d’y composer même ses meilleures pièces. On trouve trop souvent chez lui des impropriétés, des solécismes, des barbarismes, et de l’obscurité; mais aussi dans ses beaux morceaux il est souvent aussi pur que sublime.

Celui qui commenta Corneille avec tant d’impartialité, celui qui dans son Commentaire parla avec tant de chaleur des beaux morceaux de ses tragédies, et qui n’entreprit le commentaire que pour mieux parvenir à l’établissement de la petite-fille de ce grand homme, a remarqué qu’il n’y a pas une seule faute de langage (b) dans la grande scène de Cinna et d’Émilie, où Cinna rend compte de son entrevu avec les conjurés; et à peine en trouve-t-il une ou deux dans cette autre scène immortelle où Auguste délibère s’il se démettra de l’empire.

Par une fatalité singulière, les scènes les plus froides de ses autres pièces sont celles où l’on trouve le plus de vices de langage. Presque toutes ces scènes n’étant point animées par des sentiments vrais et intéressants, et n’étant remplies que de raisonnements alambiqués, pèchent autant par l’expression que par le fond même. Rien n’y est clair, rien ne se montre au grand jour; tant est vrai ce que dit Boileau (Art poét., I, 53):

Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement.

L’impropriété des termes est le défaut le plus commun dans les mauvais ouvrages.

Harmonie des longues.

J’ai connu plus d’un Anglais et plus d’un Allemand qui ne trouvaient d’harmonie que dans leurs langues. La langue russe, qui est la slavonne, mêlée de plusieurs mots grecs et de quelques-uns tartares, paraît mélodieuse aux oreilles russes.

Cepenilant un Allemand, un Anglais qui aura de l’oreille et du goût, sera plus content d’ouranos que de heaven et de himmel; d’anthropos que de man; de Theos que de God ou Gott; d’aristos que de good². Les dactyles et les spondées flatteront plus son oreille que les syllabes uniformes et peu senties de tous les autres langages.

Toutefois, j’ai connu de grands scoliastes qui se plaignaient violemment d’Horace. Comment! Disent-ils, ces gens-là qui passent pour les modèles de la mélodie, non seulement font heurter continuellement des voyelles les unes contre les autres, ce qui nous est expressément defendu; non seulement ils vous allongent ou vous raccourcissent un mot à la façon grecque, selon leur besoin, mais ils vous coupent hardiment un mot en deux; ils en mettent une moitié à la fin d’un vers, et l’autre moitié au commencement du vers suivant:

Redditum Cyri solio Phraaten
Dissidens plebi numero beatorum eximit rirtus, etc.
Hor., lib. II, od. ii, 17.

C’est comme si nous écrivions dans une ode en francais:

Défions-nous de la fortune, et n’en croyons que la vertu.

Horace ne se bornait pas à ces petites libertés; il met à la fin de son vers la première lettre du mot qui commence le vers qui suit:


Jove non probante uxorius amnis.
Hor., lib. I, od. ii, 19-20.
Ce dieu du Tibre aimait beaucoup sa femme.

Que dirons-nous de ces vers harmonieux:

Septimi, Godes aditure mecum, et
Cantabrum indoctum juga ferre nostra, et...
Hor., lib. II, od. vi, 1-2.
Septime, qu’avec moi je mène à Cadix, et
Qui verrez le Cantabre ignorant du joug, et...

Horace en a cinquante de cette force, et Pindare en est tout rempli.

« Tout est noble dans Horace, » dit Dacier dans sa préface. N’aurait-il pas mieux fait de dire: « Tantôt Horace a de la noblesse, tantôt de la délicatesse et de l’enjouement, etc.? »

Le malheur des commentateurs de toute espèce est, ce me semble, de n’avoir jamais d’idée précise, et de prononcer de grands mots qui ne signifient rien. M. et Mme Dacier y étaient fort sujets, avec tout leur mérite.

Je ne vois pas quelle noblesse, quelle grandeur peut nous frapper dans ces ordres qu’Horace donne à son laquais, en vers qualifiés du nom d’ode. Je me sers, à quelques mots près, de la traduction même de Dacier.

« Laquais, je ne suis point pour la magnificence des Perses. Je ne puis souffrir les couronnes pliées avec des bandelettes de tilleul. Cesse donc de t’informer où tu pourras trouver des roses tardives. Je ne veux que du simple myrte sans autre façon. Le myrte sied bien à un laquais comme toi, et à moi qui bois sous une petite treille. »

Ses vers contre de pauvres vieilles, et contre des sorcières, me semblent encore moins nobles que l’ode à son laquais.

Mais revenons à ce qui dépend uniquement de la langue. Il paraît évident que les Romains et les Grecs se donnaient des libertés qui seraient chez nous des licences intolérables.

Pourquoi voyons-nous tant de moitiés de mots à la fin des vers dans les odes d’Horace, et pas un exemple de cette licence dans Virgile?

N’est-ce point parce que les odes étaient faites pour être chantées, et que la musique faisait disparaître ce défaut? il faut bien que cela soit, puisqu’on voit dans Pindare tant de mots coupés en deux d’un vers à l’autre, et qu’on n’en voit pas dans Homère.

Mais, me dira-t-on, les rapsodes cbantaient les vers d’Homère. On chantait des morceaux de l’Énéide à Rome comme on chante des stances de l’Arioste et du Tasse en Italie. Il est clair, par l’exemple du Tasse, que ce ne fut pas un chant proprement dit, mais une déclamation soutenue, à peu près comme quelques morceaux assez mélodieux du chant grégorien.

Les Grecs prenaient d’autres libertés qui nous sont rigoureusement interdites; par exemple, de répéter souvent dans la même page des épithètes, des moitiés de vers, des vers même tout entiers: et cela prouve qu’ils ne s’astreignaient pas à la même correction que nous. Le pÒdaj: çkÝj: 'AcilleÚj(9), I'ÑlÚmpia dèmata ›contej(10), I'˜khbÒlon 'ApÒllwna(11),etc., flattent agréablement l’oreflle. Mais si dans nos langues modernes nous faisions rimer si souvent « Achille aux pieds légers, les flèches d’Apollon, les demeures célestes, » nous ne serions pas tolérés.

Si nous faisions répéter par un personnage les mêmes paroles qu’un autre personnage lui a dites, ce double emploi serait plus insupportable encore.

Si le Tasse s’était servi tantôt du dialecte bergamasque, tantôt du patois du Piémont, tantôt de celui de Gênes, il n’aurait été lu de personne. Les Grecs avaient donc pour leur poésie des facilités qu’aucune nation ne s’est permises. Et de tous les peuples, le Français est celui qui s’est asservi à la gêne la plus rigoureuse.

Section III(12).

Il n’est aucune langue complète, aucune qui puisse exprimer toutes nos idées et toutes nos sensations; leurs nuances sont trop imperceptibles et trop nombreuses. Personne ne peut faire connaître précisément le degré du sentiment qu’il éprouve. On est obligé, par exemple, de désigner sous le nom général d’amour et de haine, mille amours et mille haines toutes différentes; il en est de même de nos douleurs et de nos plaisirs. Ainsi toutes les langues sont imparfaites comme nous.

Elles ont toutes été faites successivement et par degrés selon nos besoins. C’est l’instinct commun à tous les hommes qui a fait les premières grammaires sans qu’on s’en aperçût. Les Lapons, les Nègres, aussi bien que les Grecs, ont eu besoin d’exprimer le passé, le présent, le futur; et ils l’ont fait: mais comme jamais il n’y a eu d’assemblée de logiciens qui ait formé une langue, aucune n’a pu parvenir à un plan absolument régulier.

Tous les mots, dans toutes les langues possibles, sont nécessairement l’image des sensations. Les hommes n’ont pu jamais exprimer que ce qu’ils sentaient. Ainsi tout est devenu métaphore; partout on éclaire l’âme, le coeur brûle, l’esprit voit, il compose, il unit, il divise, il s’égare, il se recueille, il se dissipe.

Toutes les nations se sont accordées à nommer souffle, esprit, âme, l’entontlement humain, dont ils sentent les effets sans le voir, après avoir nommé vent, souffle, esprit, l’agitation de l’air qu’ils ne voient point.

Chez tous les peuples l’infini a été négation de fini; immensité, négation de mesure. Il est évident que ce sont nos cinq sens qui ont produit toutes les langues, aussi bien que toutes nos idées.

Les moins imparfaites sont comme les lois: celles dans lesquelles il y a le moins d’arbitraire sont les meilleures.

Les plus complètes sont nécessairement celles des peuples qui ont le plus cultivé les arts et la société. Ainsi la langue hébraïque devait être une des langues les plus pauvres, comme le peuple qui la parlait. Comment les Hébreux auraient-ils pu avoir des termes de marine, eux qui avant Salomon n’avaient pas un bateau? comment les termes de la philosophie, eux qui furent plongés dans une si profonde ignorance jusqu’au temps où ils commencèrent à apprendre quelque chose dans leur transmigration à Babylone? La langue des Phéniciens, dont les Hébreux tirèrent leur jargon, devait être très supérieure, parce qu"elle était l’idiome d’un peuple industrieux, commerçant, riche, répandu dans toute la terre.

La plus ancienne langue connue doit être celle de la nation rassemblée le plus anciennement en corps de peuple. Elle doit être encore celle du peuple qui a été le moins subjugué, ou qui, l’ayant été, a policé ses conquérants. Et à cet égard, il est constant que le chinois et l’arabe sont les plus anciennes langues de toutes celles qu’on parle aujourd’hui.

Il n’y a point de langue-mère. Toutes les nations voisines ont emprunté les unes des autres: mais on a donné le nom de langue-mère à celles dont quelques idiomes connus sont dérivés. Par exemple, le latin est langue-mère par rapport à l’italien, à l’espagnol, au francais: mais il était lui-même dérivé du toscan, et le toscan l’était du celte et du grec.

Le plus beau de tous les langages doit être celui qui est à la fois le plus complet, le plus sonore, le plus varié dans ses tours, et le plus régulier dans sa marche, celui qui a le plus de mots composés, celui qui par a prosodie exprime le mieux les mouvements lents ou impétueux de l’âme, celui qui ressemble le plus à la musique.

Le grec a tous ces avantages; il n’a point la rudesse du latin, dont tant de mots finissent en um, ur, us. Il a toute la pompe de l’espagnol, et toute la douceur de l’italien. Il a par-dessus toutes les langues vivantes du monde l’expression de la musique, par les syllabes longues et brèves, et par le nombre et la variété de ses accents. Ainsi, tout défiguré qu’il est aujourd’hui dans la Grèce, il peut être encore regardé comme le plus beau langage de l’univers.

La plus belle langue ne peut être la plus généralement répandue, quand le peuple qui la parle est opprimé, peu nombreux, sans commerce avec les autres nations, et quand ces autres nations ont cultivé leurs propres langages. Ainsi le grec doit être moins étendu que l’arabe, et même que le turc.

De toutes les langues de l’Europe, la française doit être la plus générale, parce qu’elle est la plus propre à la conversation: elle a pris son caractère dans celui du peuple qui la parle.

Les Français ont été, depuis près de cent cinquante ans, le peuple qui a le plus connu la société, qui en a le premier écarté toute la gêne, et le premier chez qui les femmes ont été libres et même souveraines, quand elles n’étaient ailleurs que des esclaves. La syntaxe de cette langue toujours uniforme, et qui n’admet point d’inversions, est encore une facilité que n’ont guère les autres langues; c’est une monnaie plus courante que les autres, quand même elle manquerait de poids. La quantité prodigieuse de livres agréablement frivoles que cette nation a produits est encore une raison de la faveur que sa langue a obtenue chez toutes les nations.

Des livres profonds ne donneront point de cours à une langue: on les traduira; on apprendra la philosophie de Newton; mais on n’apprendra pas l’anglais pour l’entendre.

Ce qui rend encore le français plus commun, c’est la perfection où le théâtre a été porté dans cette langue. C’est à Cinna, à Phèdre, au Misanthrope, qu’elle a dû sa vogue, et non pas aux conquêtes de Louis XIV.

Elle n’est ni si abondante et si maniable que l’italien, ni si majestueuse que l’espagnol, ni si énergique que l’anglais; et cependant elle a fait plus de fortune que ces trois langues, par cela seul qu’elle est plus de commerce, et qu’il y a plus de livres agréables chez elle qu’ailleurs: elle a réussi comme les cuisiniers de France, parce qu’elle a plus flatté le goût général.

Le même esprit qui a porté les nations à imiter les Français dans leurs ameublements, dans la distribution des appartements, dans les jardins, dans la danse, dans tout ce qui donne de la grâce, les a portées aussi à parler leur langue. Le grand art des bons écrivains français est précisément celui des femmes de cette nation, qui se mettent mieux que les autres femmes de l’Europe, et qui, sans être plus belles, le paraissent par l’art de leur parure, par les agréments nobles et simples qu’elles se donnent si naturellement.

C’est à force de politesse que cette langue est parvenue à faire disparaître les traces de son ancienne barbarie. Tout attesterait cette barbarie à qui voudrait y regarder de près. On verrait que le nombre vingt vient de viginti, et qu’on prononçait autrefois ce g et ce t avec une rudesse propre à toutes les nations septentrionales; du mois d’Augustus on fit le mois d’août.

Il n’y a pas longtemps qu’un prince allemand, croyant qu’en France on ne prononçait jamais autrement le terme d’Auguste, appelait le roi Auguste de Pologne le roi Août.

De pavo nous fîmes paon; nous le prononcions comme phaon; et aujourd’hui nous disons pan.

De lupus on avait fait loup, et on faisait entendre le p avec une dureté insupportable. Toutes les lettres qu’on a retranchées depuis dans la prononciation, mais qu’on a conservées en écrivant, sont nos anciens habits de sauvages.

C’est quand les moeurs se sont adoucies qu’on a aussi adouci la langue: elle était agreste comme nous, avant que Francois Ier eût appelé les femmes à sa cour. Il eût autant valu parler l’ancien celte que le français du temps de Chartes VIII et de Louis XII: l’allemand n’était pas plus dur. Tous les imparfaits avaient un son affreux; chaque syllabe se prononçait dans aimaient, faisaient, croyaient; on disait ils croy-oi-ent; c’était un croassement de corbeaux, comme dit l’empereur Julien du langage celte, plutôt qu’un langage d’hommes.

Il a fallu des siècles pour ôter cette rouille. Les imperfections qui restent seraient encore intolérables, sans le soin qu’on prend continuellement de les éviter, comme un habile cavalier évite les pierres sur sa route.

Les bons écrivains sont attentifs à combattre les expressions vicieuses que l’ignorance du peuple met d’abord en vogue, et qui, adoptées par les mauvais auteurs, passent ensuite dans les gazettes et dans les écrits publics. Ainsi du mot italien celata, qui signifie elmo, casque, armet, les soldats français firent en Italie le mot de salade: de sorte que quand on disait il a pris sa salade, on ne savait si celui dont on parlait avait pris son casque ou des laitues. Les gazetiers ont traduit le mot ridotto par redoute, qui signifie une espèce de fortification: mais un homme qui sait sa langue conservera toujours le mot d’assemblée. Roastbeef signifie en anglais du boeur rôti, et nos maîtres d’hôtel nous parlent aujourd’hui d’un roastbeef de mouton. Ridingcoat veut dire un habit de cheval; on en a fait redingote, et le peuple croit que c’est un ancien mot de la langue. Il a bien fallu adopter cette expression avec le peuple, parce qu’elle signifie une chose d’usage.

Le plus bas peuple, en fait de termes d’arts et métiers et des choses nécessaires, subjugue la cour, si on l’ose dire; comme en fait de religion, ceux qui méprisent le plus le vulgaire sont obligés de parler et de paraître penser comme lui.

Ce n’est pas mal parler que de nommer les choses du nom que le bas peuple leur a imposé; mais on reconnaît un peuple naturellement plus ingénieux qu’un autre par les noms propres qu’il donne à chaque chose.

Ce n’est que faute d’imagination qu’un peuple adapta la même expression à cent idées différentes. C’est une stérilité ridicule de n’avoir pas su exprimer autrement un bras de mer, un bras de balance, un bras de fauteuil; il y a de l’indigence d’esprit à dire également la tête d’un clou, la tête d’une armée. On trouve le mot de cul partout, et très mal à propos: une rue sans issue ne ressemble en rien àun cul de sac; un honnête homme aurait pu appeler ces sortes de rues des impasses; la populace les a nommées culs, et les reines ont été obligées de les nommer ainsi. Le fond d’un artichaut, la pointe qui termine le dessous d’une lampe, ne ressemblent pas plus à un cul que les rues sans passage: on dit pourtant toujours cul d’artichaut, cul de lampe, parce que le peuple qui a fait la langue était alors grossier. Les Italiens, qui auraient été plus en droit que nous de faire souvent servir ce mot, s’en sont bien donné de garde. Le peuple d’Italie, né plus ingénieux que ses voisins, forma une langue beaucoup plus abondante que la nôtre.

Il faudrait que le cri de chaque animal eût un terme qui le distinguât. C’est une disette insupportable de manquer d’expression pour le cri d’un oiseau, pour celui d’un enfant, et d’appeler des choses si différentes du même nom. Le mot de vagissement, dérivé du latin vagitus, aurait exprimé très bien le cri des enfants au berceau.

L’ignorance a introduit un autre usage dans toutes les langues modernes. Mille termes ne signifient plus ce qu’ils doivent signifier. Idiot voulait dire solitaire, aujourd’hui il veut dire sot; épiphanie signifiait superficie, c’est aujourd’hui la fête des trois rois; baptiser, c’est se plonger dans l’eau, nous disons baptiser du nom de Jean ou de Jacques.

A ces défauts de presque toutes les langues, se joignent des irrégularités barbares. Garçon, courtisan, coureur, sont des mots honnêtes; garce, courtisane, coureuse, sont des injures. Vénus est un nom charmant, vénérien est abominable.

Un autre effet de l’irrégularité de ces langues composées au hasard dans des temps grossiers, c’est la quantité de mots composés dont le simple n’existe plus. Ce sont des enfants qui ont perdu leur père. Nous avons des architraves et point de traves, des architectes et point de tectes, des soubassements et point de bassements: il y a des choses ineffables et point d’effables. On est intrépide, on n’est pas trépide; impotent et jamais potent; un fonds est inépuisable, sans pouvoir être épuisable. Il y a des impudents, des insolents, mais ni pudents ni solents: nonchalant signifie paresseux, et chaland celui qui achète.

Toutes les langues tiennent plus ou moins de ces défauts; ce sont des terrains tous irréguliers, dont la main d’un habile artiste sait tirer avantage.

Il se glisse toujours dans les langues d’autres défauts qui font voir le caractère d’une nation. En France les modes s’introduisent dans les expressions comme dans les coiffures. Un malade ou un médecin du bel air se sera avisé de dire qu’il a eu un soupçonde fièvre, pour signifier qu’il en a eu une légère atteinte; voilà bientôt toute la nation qui a des soupçons de coliques, des soupçons de haine, d’amour, de ridicule. Les prédicateurs vous disent en chaire qu’il faut avoir au moins unsoupçon d’amour de Dieu. Au bout de quelques mois cette mode passe pour faire place à une autre. Vis-à-vis s’introduit partout. On se trouve dans toutes les conversations vis-à-vis de ses goûts et de ses intérêts. Les courtisans sont bien ou mal vis-à-vis du roi; les ministres embarrassés vis-à-vis d’eux-mêmes; le parlement en corps fait souvenir la nation qu’il a été le soutien des lois vis-à-vis de l’archevêque; et les hommes, en chaire, sont vis-à-vis de Dieu dans un état de perdition.

Ce qui nuit le plus à la noblesse de la langue, ce n’est pas cette mode passagère dont on se dégoûte bientôt, ce ne sont pas les solécismes de la bonne compagnie, dans lesquels les bons auteurs ne tombent point; c’est l’affectation des auteurs médiocres de parler de choses sérieuses dans le style de la conversation. Vous lirez dans nos livres nouveaux de philosophie qu’il ne faut pas faire à pure perte les frais de penser; que les éclipses sont en droit d’effrayer le peuple; qu’Épicure avait un extérieur à l’unisson de son âme; que Clodius renvia sur Auguste; et mille autres expressions pareilles, dignes du laquais des Précieuses ridicules.

Le style des ordonnances des rois, et des arrêts prononcés dans les tribunaux, ne sert qu’à faire voir de quelle barbarie on est parti. On s’en moque dans la comédie des Plaideurs (acte II, sc. ix):

Lequel Hiérôme, après plusieurs rébellions,
Aurait atteint, frappé, moi sergent à la joue.

Cependant il est arrivé que des gazetiers et des faiseurs de journaux ont adopté cette incongruité; et vous lisez dans des papiers publics: « On a appris que la flotte aurait mis à la voile le 7 mars, et qu’elle aurait doublé les Sorlingues. »

Tout conspire à corrompre une langue un peu étendue; les auteurs qui gâtent le style par affectation; ceux qui écrivent en pays étranger, et qui mêlent presque toujours des expressions étrangères à leur langue naturelle; les négociants qui introduisent dans la conversation les termes de leur comptoir, et qui vous disent « que l’Angleterre arme une flotte, mais que par contre la France équipe des vaisseaux: » les beaux esprits des pays étrangers qui ne connaissant pas l’usage, vous disent « qu’un jeune prince a été très bien éduqué, au lieu de dire qu’il a recu une bonne éducation. »

Toute langue étant imparfaite, il ne s’ensuit pas qu’on doive la changer. Il faut absolument s’en tenir à la manière dont les bons auteurs l’ont parlée; et quand on a un nombre suffisant d’auteurs approuvés, la langue est fixée. Ainsi on ne peut plus rien changer à l’italien, à l’espagnol, à l’anglais, au français, sans les corrompre; la raison en est claire: c’est qu’on rendrait bientôt inintelligibles les livres qui font l’instruction et le plaisir des nations.
Revenir en haut Aller en bas
florence_yvonne
Admin
Admin
avatar

Féminin Nombre de messages : 31495
Age : 58
Localisation : L'Hérault
Date d'inscription : 28/03/2006

MessageSujet: Re: Le langage   Lun 27 Déc 2010 - 16:29

Revenir en haut Aller en bas
florence_yvonne
Admin
Admin
avatar

Féminin Nombre de messages : 31495
Age : 58
Localisation : L'Hérault
Date d'inscription : 28/03/2006

MessageSujet: Re: Le langage   Lun 27 Déc 2010 - 16:39

Langage et communication animale
■ Descartes affirme que le langage n’appartient qu’à l’homme, parce qu’il est le seul à penser : l’animal peut éventuellement émettre des sons, mais il ne parle pas, il n’est pas capable de justifier ce qu’il dit (en le reformulant) et de prouver qu’il en maîtrise la signification.

■ La linguistique – qui a pour objet l’étude scientifique du langage – aboutit à un constat semblable en montrant que le langage est un système de communication caractérisé par une double articulation, impossible aux animaux. Évoquer un système, c’est signaler l’existence d’unités isolables, en nombre constant, constitutives de tous
les messages, mais aussi celle de règles stables pour combiner ces unités. Quant à la double articulation, elle désigne le fait qu’un message est décomposable en monèmes (unités dotées d’une forme sonore et d’un sens) et en phonèmes (unités minimales d’articulation dénuées de sens) : "parlons" est ainsi constitué de deux monèmes (parl/ons – ce dernier signalant que l’action évoquée par le premier est accomplie par une ou plusieurs personnes) et de cinq phonèmes (p/a/r/l/ons – puisque je peux articuler, sans me soucier d’un sens : darlons, pirlons, paflons, etc.).

■ Cet aspect combinatoire n’existe pas chez les animaux, incapables de produire de nouveaux messages en combinant des extraits de ceux dont ils disposent. Comme chaque langue utilise un nombre restreint de phonèmes (quelques dizaines) pour composer un nombre potentiellement infini de messages, le système est particulièrement économique et performant.


Les mots et les choses
■ Dans le Cratyle, Platon pose la question qui peut préoccuper chaque locuteur : existe-t-il une ressemblance entre les mots et les choses? L’affirmer, comme le fait Cratyle, c’est en un sens garantir que la langue coïncide avec le monde et en constitue une première connaissance. Le nier, comme Hermogène, c’est admettre – à la façon de la linguistique – que le signe linguistique est arbitraire, qu’il n’est lié par aucune analogie à ce qu’il désigne. La diversité des langues le confirme : le quadrupède que je nomme "chien" est dit, ailleurs, "dog".

■ Le langage instaure un univers symbolique qui évoque le monde en son absence, mais ne lui ressemble pas. Cette distance me permet de parler sans être déterminé par la situation actuelle (Descartes le soulignait), et de mentir (grâce à la fonction que la linguistique qualifie d’"appellative", à laquelle recourt l’acteur, ou le poète tel que le comprend Valéry).

■ Réfléchissant sur la formation progressive des langues, Rousseau constate que les vocabulaires initiaux devaient être plus importants que les nôtres : incapable de faire abstraction des qualités sensibles caractérisant, pour la perception, chaque objet, l’esprit ne pouvait mettre au point que des noms propres ; ce n’est que peu à peu que la raison élabore des concepts généraux, qui négligent les apparence immédiates et suscitent des noms communs. Une fois ce travail effectué, ma relation au monde, les objets que j’y peux repérer, dépendent de la richesse de mon vocabulaire : le langage instaure un découpage initial de ce qui m’environne. C’est pourquoi les vocabulaires scientifiques croissent en fonction des découvertes. Tout phénomène nouveau suscite un nouveau mot (pour classer les espèces vivantes, il faut aujourd’hui plusieurs millions de termes).


Langage et pouvoir
■ En distinguant la langue (institution) et la parole (performance individuelle), on met en place une relation variable entre l’individu et l’ensemble social. S’il est vrai, comme le souligne Hegel, que la pensée authentique est celle qui se formule dans les mots les plus précis, on doit à l’inverse constater que le mauvais usage du langage témoigne d’une insuffisance de la réflexion.

■Les différents niveaux de maîtrise de la langue renvoient ainsi à des différences sociales. "Mieux"" parler que l’interlocuteur, c’est manifester une supériorité – et celle-ci peut provenir de l’usage d’un langage aussi bien "secret" (cas du sorcier ou de l’initié) que spécialisé (cas du scientifique). La culture commune s’indique par la compréhension partagée des allusions et connotations propres à certains écrivains (qui enrichissent la langue en la travaillant comme un matériau).

■ Platon déplorait que la rhétorique aboutisse davantage à persuader l’auditeur qu’à se soucier de la vérité (Sophiste). Le langage de la séduction ou de la flatterie peut confirmer un pouvoir injustement acquis (cas du démagogue). Dans la mesure où, assurant la communication dans un groupe social, ses formes peuvent véhiculer n’importe quel contenu, le libre usage de la langue présente une dimension éminemment politique.
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: Le langage   Lun 27 Déc 2010 - 17:10

Ben, merci Florence pour ce pavé !! Wink

Non non, je n'ai pas tout lu. Juste quelques petits paragraphes.
Mais j'ai un peu les yeux fatigués et j'y reviendrai plus tard.
Mais c'est sûrement très intéressant.

Amitiés. Very Happy
Revenir en haut Aller en bas
Personne
Admin
Admin
avatar

Masculin Nombre de messages : 9814
Age : 67
Localisation : sud
Date d'inscription : 07/06/2006

MessageSujet: Re: Le langage   Mar 28 Déc 2010 - 12:19

Si tu veux lancer une discussion en dehors du contexte du DAEU il faudrait mettre un lien pour orienter les échanges vers ce fil?

Car on se retrouve avec deux sujets identiques sur "le langage"

Pour le pavé, comme le dit Amada, j'ai survolé l'ensemble.
passé une dizaine de lignes, je zappe...
Revenir en haut Aller en bas
http://histoire-de-comprend.forumsactifs.com/
florence_yvonne
Admin
Admin
avatar

Féminin Nombre de messages : 31495
Age : 58
Localisation : L'Hérault
Date d'inscription : 28/03/2006

MessageSujet: Re: Le langage   Mar 28 Déc 2010 - 12:29

Personne a écrit:
Si tu veux lancer une discussion en dehors du contexte du DAEU il faudrait mettre un lien pour orienter les échanges vers ce fil?

Car on se retrouve avec deux sujets identiques sur "le langage"

Pour le pavé, comme le dit Amada, j'ai survolé l'ensemble.
passé une dizaine de lignes, je zappe...

En fait, déontologiquement je peux pas, parce que c'est le sujet de notre devoir maison a rendre pour mercredi prochain
Revenir en haut Aller en bas
Personne
Admin
Admin
avatar

Masculin Nombre de messages : 9814
Age : 67
Localisation : sud
Date d'inscription : 07/06/2006

MessageSujet: Re: Le langage   Mar 28 Déc 2010 - 15:48

florence_yvonne a écrit:
Personne a écrit:
Si tu veux lancer une discussion en dehors du contexte du DAEU il faudrait mettre un lien pour orienter les échanges vers ce fil?

Car on se retrouve avec deux sujets identiques sur "le langage"

Pour le pavé, comme le dit Amada, j'ai survolé l'ensemble.
passé une dizaine de lignes, je zappe...

En fait, déontologiquement je peux pas, parce que c'est le sujet de notre devoir maison a rendre pour mercredi prochain

Je remarque que tu as fusionné le sujet.
Revenir en haut Aller en bas
http://histoire-de-comprend.forumsactifs.com/
Personne
Admin
Admin
avatar

Masculin Nombre de messages : 9814
Age : 67
Localisation : sud
Date d'inscription : 07/06/2006

MessageSujet: Re: Le langage   Mar 28 Déc 2010 - 16:37

florence_yvonne a écrit:
Langage et communication animale
■ Descartes affirme que le langage n’appartient qu’à l’homme, parce qu’il est le seul à penser : l’animal peut éventuellement émettre des sons, mais il ne parle pas, il n’est pas capable de justifier ce qu’il dit (en le reformulant) et de prouver qu’il en maîtrise la signification.

Dans la montagne les marmottes émettent un son bien spécifique que nous associons au danger, lorsque un intrus pénètre leur territoire.
Ce qui prouve qu'elles sont capables de le justifier en le reproduisant. Ce n'est qu'un exemple parmi tant d'autres.
Citation :

■ La linguistique – qui a pour objet l’étude scientifique du langage – aboutit à un constat semblable en montrant que le langage est un système de communication caractérisé par une double articulation, impossible aux animaux.
Normal, puisque c'est un système inventé par l'homme.Ce sont les échanges commerciaux qui ont rendus utile et nécessaire un système de communication entre les populations des contrées les plus lointaines. Ce furent d'abord des graphes représentant l'objet et des signes spécifiques pour les comptabiliser.
Puis l'animal qui mange ou dort, n'éprouve pas le besoin de le spécifier...

Citation :
Évoquer un système, c’est signaler l’existence d’unités isolables, en nombre constant, constitutives de tous les messages, mais aussi celle de règles stables pour combiner ces unités. Quant à la double articulation, elle désigne le fait qu’un message est décomposable en monèmes (unités dotées d’une forme sonore et d’un sens) et en phonèmes (unités minimales d’articulation dénuées de sens) : "parlons" est ainsi constitué de deux monèmes (parl/ons – ce dernier signalant que l’action évoquée par le premier est accomplie par une ou plusieurs personnes) et de cinq phonèmes (p/a/r/l/ons – puisque je peux articuler, sans me soucier d’un sens : darlons, pirlons, paflons, etc.).

■ Cet aspect combinatoire n’existe pas chez les animaux, incapables de produire de nouveaux messages en combinant des extraits de ceux dont ils disposent. Comme chaque langue utilise un nombre restreint de phonèmes (quelques dizaines) pour composer un nombre potentiellement infini de messages, le système est particulièrement économique et performant.
Nous sommes incapable de discerner les sons émis par les baleines à bosse et notre ignorance et l'état actuel de nos connaissances ne peut nous permettre de certifier que les animaux soient incapables de combiner de nouveaux messages à partir de leurs comportements et expériences.
Ce ne sera certes pas un langage articulé comme le notre, mais pourquoi pas une adaptation comportementale.
Le comportement est aussi un langage...

Citation :
Les mots et les choses
■ Dans le Cratyle, Platon pose la question qui peut préoccuper chaque locuteur : existe-t-il une ressemblance entre les mots et les choses? L’affirmer, comme le fait Cratyle, c’est en un sens garantir que la langue coïncide avec le monde et en constitue une première connaissance. Le nier, comme Hermogène, c’est admettre – à la façon de la linguistique – que le signe linguistique est arbitraire, qu’il n’est lié par aucune analogie à ce qu’il désigne. La diversité des langues le confirme : le quadrupède que je nomme "chien" est dit, ailleurs, "dog".
La relation faite entre les mots et la chose est certes différente selon les cultures.
Ce que nous nommons "chat" était écrit "miw" (miou) chez les égyptiens. C'est simplement l'onomatopée du miaulement que nous écrivons "miaou".
http://fr.wikipedia.org/wiki/Chat_dans_l'%C3%89gypte_antique


Citation :
■ Réfléchissant sur la formation progressive des langues, Rousseau constate que les vocabulaires initiaux devaient être plus importants que les nôtres

Les vocabulaires initiaux ne pouvaient être plus important. Seules étaient nommées les choses selon les réalités présentes des lieux.
La citation est contradictoire de ce qui suit
Citation :
C’est pourquoi les vocabulaires scientifiques croissent en fonction des découvertes. Tout phénomène nouveau suscite un nouveau mot (pour classer les espèces vivantes, il faut aujourd’hui plusieurs millions de termes).

Citation :
c'est le sujet de notre devoir maison a rendre pour mercredi prochain

Ces remarques sont personnelles et n'ont rien d'académique, je ne puis donc te les conseiller pour un devoir conventionnel. Wink


Revenir en haut Aller en bas
http://histoire-de-comprend.forumsactifs.com/
florence_yvonne
Admin
Admin
avatar

Féminin Nombre de messages : 31495
Age : 58
Localisation : L'Hérault
Date d'inscription : 28/03/2006

MessageSujet: Re: Le langage   Mar 28 Déc 2010 - 16:54

Il n'y a rien qui énerve d'avantage notre prof de philosophie que le sujet du langage des animaux.
Revenir en haut Aller en bas
Fibonacci
Professeur
Professeur
avatar

Masculin Nombre de messages : 675
Age : 52
Localisation : Sous la voûte étoilée
Date d'inscription : 24/12/2010

MessageSujet: Re: Le langage   Mar 28 Déc 2010 - 18:23

florence_yvonne a écrit:
Il n'y a rien qui énerve d'avantage notre prof de philosophie que le sujet du langage des animaux.

Chère florence_yvonne,

Je suis totalement d'accord avec Personne et je vais même plus loin. Je me rappelle des objections que je faisais à mon prof de français lorsqu'il citait les classiques pour tenter de prouver le caractère unique et supérieur du langage humain: à chaque caractéristique "typiquement humaine" correspondait en réalité son pendant dans le règne animal (dont l'homme fait d'ailleurs partie!). Alors qu'à bout d'arguments, il pensait avoir trouvé l'ultime parade: le caractère soi-disant intrinsèquement instinctif, donc immuable du langage animal à l'opposé de la fantastique diversité acquise des parlers humains, j'ai dû lui apprendre qu'il existait des "dialectes" géographiques au sein d'une même espèce d'oiseau.

Depuis, j'ai même appris que pour certains oiseaux, les mâles doivent rivaliser d'inventivité dans le chant pour charmer les femelles. Les plus doués des mâles intègrent même les plus belles parties du chant de leurs concurrents au leur pour embellir leurs propres "compositions"!!!

Citation :
Citation:
Les mots et les choses
■ Dans le Cratyle, Platon pose la question qui peut préoccuper chaque locuteur : existe-t-il une ressemblance entre les mots et les choses? L’affirmer, comme le fait Cratyle, c’est en un sens garantir que la langue coïncide avec le monde et en constitue une première connaissance. Le nier, comme Hermogène, c’est admettre – à la façon de la linguistique – que le signe linguistique est arbitraire, qu’il n’est lié par aucune analogie à ce qu’il désigne. La diversité des langues le confirme : le quadrupède que je nomme "chien" est dit, ailleurs, "dog".

La relation faite entre les mots et la chose est certes différente selon les cultures.
Ce que nous nommons "chat" était écrit "miw" (miou) chez les égyptiens. C'est simplement l'onomatopée du miaulement que nous écrivons "miaou".
http://fr.wikipedia.org/wiki/Chat_dans_l'%C3%89gypte_antique

Sans compter que le caractère apparemment arbitraire d'un nom n'est parfois qu'une onomatopée devenue méconnaissable à force de déformations: je subodore par exemple que le nom du lion provient de son ronronnement ou de son rugissement: "lion" est issu du latin "leo" qui est phonétiquement étonnamment proche de la prononciation "rw" de l'hiéroglyphe bilitère égyptien représentant un lion couché (peut-être ronronnant ou rugissant? Rrrrrrrrr!)

L'Homme s'est toujours cru le nec plus ultra de la création et n'a eu de cesse de se découvrir des caractéristiques exceptionnelles l'affranchissant de sa nature animale. Mais plus j'approfondis la question et moins je trouve d'arguments valables en faveur d'une différence d'ordre qualitatif séparant l'Homme des autres animaux. En dernière analyse, toutes peuvent se réduire à des différences d'ordre quantitatif.

Fibo 0,1,1,2,3,5,8,13,21...
Revenir en haut Aller en bas
J-P Mouvaux
Exégète
Exégète
avatar

Masculin Nombre de messages : 11501
Age : 91
Localisation : Bretagne
Date d'inscription : 07/02/2007

MessageSujet: Re: Le langage   Mer 29 Déc 2010 - 11:24

Fibonacci a écrit:
plus j'approfondis la question et moins je trouve d'arguments valables en faveur d'une différence d'ordre qualitatif séparant l'Homme des autres animaux. En dernière analyse, toutes peuvent se réduire à des différences d'ordre quantitatif.

Fibo 0,1,1,2,3,5,8,13,21...

L'apparition du langage articulé chez l'animal humain, due, si je ne me trompe à une légère mutation du larynx (ou pharynx, je ne sais plus), a permis une organisation plus complexe des sociétés animales humaines, ce qui a fini par permettre une domination de ces animaux humains sur toutes les autres espèces animales, et l'invention d'une "culture", dans le domaine de la littérature, des arts, des sciences et des techniques.

Je laisse ouverte la discussion de savoir s'il s'agit là d'un saut "qualitatif", ou simplement "quantitatif".
Revenir en haut Aller en bas
Fibonacci
Professeur
Professeur
avatar

Masculin Nombre de messages : 675
Age : 52
Localisation : Sous la voûte étoilée
Date d'inscription : 24/12/2010

MessageSujet: Re: Le langage   Mer 29 Déc 2010 - 13:10

Un bémol cependant: On a récemment découvert chez les chimpanzés, qui ne possèdent pourtant pas notre langage articulé, des cultures (matérielles, certes) réellement différentes suivant les aires géographiques données.

Les grands singes sont capables d'utiliser le langage des signes (Cf. l'exemple bien connu de Koko) et d'exprimer des témoignages d'une véritable conscience. Ce qui va à l'encontre de l'idée que la conscience humaine n'a pu émerger qu'en raison de l'acquisition dudit langage articulé, et remet singulièrement en perspective le prétendu fossé (ou saut) ontologique séparant Homme et animaux...

Lorsque le quantitatif devient très important, il est souvent tentant de le prendre pour du qualitatif, surtout lorsque cela flatte notre sentiment de supériorité.

Fibo.
Revenir en haut Aller en bas
J-P Mouvaux
Exégète
Exégète
avatar

Masculin Nombre de messages : 11501
Age : 91
Localisation : Bretagne
Date d'inscription : 07/02/2007

MessageSujet: Re: Le langage   Mer 29 Déc 2010 - 16:10

Je ne vais pas chipoter sur le « quantitatif » et le « qualitatif » ; ni sur le terme de « culture » appliqué aux chimpanzés ; les fourmis aussi « cultivent » des pucerons ; je ne vais pas nier non plus que notre « sentiment de supériorité » nous amène à profiter de notre « supériorité technique » pour opprimer nos frères animaux, ainsi que nos frère végétaux, d’ailleurs. Je pense aussi que l’extraordinaire développement des œuvres intellectuelles et artistiques de l’humanité aurait du, et pourrait, nous amener à un peu plus de modestie, et nous éviter de proférer des âneries du genre « fossé ontologique ».

Souligner notre parenté avec les "animaux non humains" ne doit tout de même pas aller jusqu'à nier une certaine "spécificité" de l'espèce humaine.
Revenir en haut Aller en bas
Personne
Admin
Admin
avatar

Masculin Nombre de messages : 9814
Age : 67
Localisation : sud
Date d'inscription : 07/06/2006

MessageSujet: Re: Le langage   Ven 31 Déc 2010 - 6:04

JPM a écrit:
Souligner notre parenté avec les "animaux non humains" ne doit tout de même pas aller jusqu'à nier une certaine "spécificité" de l'espèce humaine.
En effet.

Citation :
pour opprimer nos frères animaux, ainsi que nos frère végétaux
Les frères végétaux... Tu pousses un peu non? lol!


Personne, 0,1,1,2,3,5,8,13,21,34,55
Revenir en haut Aller en bas
http://histoire-de-comprend.forumsactifs.com/
J-P Mouvaux
Exégète
Exégète
avatar

Masculin Nombre de messages : 11501
Age : 91
Localisation : Bretagne
Date d'inscription : 07/02/2007

MessageSujet: Re: Le langage   Ven 31 Déc 2010 - 14:54

Cousins éloignés, disons, pour les végétaux.

Tu n'as jamais entendu parler les arbres ?
Revenir en haut Aller en bas
lucretia
Professeur
Professeur
avatar

Nombre de messages : 656
Age : 71
Localisation : .
Date d'inscription : 14/10/2009

MessageSujet: Re: Le langage   Ven 31 Déc 2010 - 15:23

Citation :
Tu n'as jamais entendu parler les arbres ?

Je connais un hêtre de charmes qui semble faire son bouleau de cyprès qu'il en parrait un peuplier!

Revenir en haut Aller en bas
J-P Mouvaux
Exégète
Exégète
avatar

Masculin Nombre de messages : 11501
Age : 91
Localisation : Bretagne
Date d'inscription : 07/02/2007

MessageSujet: Re: Le langage   Ven 31 Déc 2010 - 20:20

Il en a une grosse paire !

Revenir en haut Aller en bas
Personne
Admin
Admin
avatar

Masculin Nombre de messages : 9814
Age : 67
Localisation : sud
Date d'inscription : 07/06/2006

MessageSujet: Re: Le langage   Lun 3 Jan 2011 - 11:23

Citation :
Il en a une grosse paire !
Restons sur le langage!
Spoiler:
 
Revenir en haut Aller en bas
http://histoire-de-comprend.forumsactifs.com/
J-P Mouvaux
Exégète
Exégète
avatar

Masculin Nombre de messages : 11501
Age : 91
Localisation : Bretagne
Date d'inscription : 07/02/2007

MessageSujet: Re: Le langage   Lun 3 Jan 2011 - 18:08

Personne a écrit:

Restons sur le langage!
Alors, revenons à nos moutons :

Citation :
Souligner notre parenté avec les "animaux non humains" ne doit tout de même pas aller jusqu'à nier une certaine "spécificité" de l'espèce humaine.
Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: Le langage   

Revenir en haut Aller en bas
 
Le langage
Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Français : le langage et ses troubles (semaines 1, 2 et 4)
» Un boîtier pour comprendre le langage des chats
» La peur du langage eschatologique...
» Chez nous aussi le langage se met en place
» Evolution de langage en 60 ans

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Forum des déistes, athées et inter-religieux :: SCIENCES :: Sciences humaines :: Philosophie-
Sauter vers: