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 Plus poétique que le Coran et la Bible réunis (et telement plus inspiré)

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florence_yvonne
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MessageSujet: Plus poétique que le Coran et la Bible réunis (et telement plus inspiré)   Jeu 20 Jan 2011 - 12:05

Tellement plus poétique que le Coran

Alfred de Vigny - Le Mont des Oliviers

I
Alors il était nuit et Jésus marchait seul,
Vêtu de blanc ainsi qu'un mort de son linceul ;
Les disciples dormaient au pied de la colline.
Parmi les oliviers qu'un vent sinistre incline
Jésus marche à grands pas en frissonnant comme eux ;
Triste jusqu'à la mort; l'oeil sombre et ténébreux,
Le front baissé, croisant les deux bras sur sa robe
Comme un voleur de nuit cachant ce qu'il dérobe ;
Connaissant les rochers mieux qu'un sentier uni,
Il s'arrête en un lieu nommé Gethsémani :
Il se courbe, à genoux, le front contre la terre,
Puis regarde le ciel en appelant : Mon Père !
- Mais le ciel reste noir, et Dieu ne répond pas.
Il se lève étonné, marche encore à grands pas,
Froissant les oliviers qui tremblent. Froide et lente
Découle de sa tête une sueur sanglante.
Il recule, il descend, il crie avec effroi :
Ne pouviez-vous prier et veiller avec moi !
Mais un sommeil de mort accable les apôtres,
Pierre à la voix du maître est sourd comme les autres.
Le fils de l'homme alors remonte lentement.
Comme un pasteur d'Egypte il cherche au firmament
Si l'Ange ne luit pas au fond de quelque étoile.
Mais un nuage en deuil s'étend comme le voile
D'une veuve et ses plis entourent le désert.
Jésus, se rappelant ce qu'il avait souffert
Depuis trente-trois ans, devint homme, et la crainte
Serra son coeur mortel d'une invincible étreinte.
Il eut froid. Vainement il appela trois fois :
MON PÈRE ! - Le vent seul répondit à sa voix..
Il tomba sur le sable assis et, dans sa peine,
Eut sur le monde et l'homme une pensée humaine.
- Et la Terre trembla, sentant la pesanteur
Du Sauveur qui tombait aux pieds du créateur.

II
Jésus disait : " 0 Père, encor laisse-moi vivre !
Avant le dernier mot ne ferme pas mon livre !
Ne sens-tu pas le monde et tout le genre humain
Qui souffre avec ma chair et frémit dans ta main ?
C'est que la Terre a peur de rester seule et veuve,
Quand meurt celui qui dit une parole neuve ;
Et que tu n'as laissé dans son sein desséché
Tomber qu'un mot du ciel par ma bouche épanché.
Mais ce mot est si pur, et sa douceur est telle,
Qu'il a comme enivré la famille mortelle
D'une goutte de vie et de Divinité,
Lorsqu'en ouvrant les bras j'ai dit : FRATERNITE !

- Père, oh ! si j'ai rempli mon douloureux message,
Si j'ai caché le Dieu sous la face du Sage,
Du Sacrifice humain si j'ai changé le prix,
Pour l'offrande des corps recevant les esprits,
Substituant partout aux choses le Symbole,
La parole au combat, comme au trésor l'obole,
Aux flots rouges du Sang les flots vermeils du vin,
Aux membres de la chair le pain blanc sans levain ;
Si j'ai coupé les temps en deux parts, l'une esclave
Et l'autre libre ; - au nom du Passé que je lave
Par le sang de mon corps qui souffre et va finir :
Versons-en la moitié pour laver l'avenir !


Père Libérateur ! jette aujourd'hui, d'avance,
La moitié de ce Sang d'amour et d'innocence
Sur la tête de ceux qui viendront en disant :
"Il est permis pour tous de tuer l'innocent."
Nous savons qu'il naîtra, dans le lointain des âges,
Des dominateurs durs escortés de faux Sages
Qui troubleront l'esprit de chaque nation
En donnant un faux sens à ma rédemption. -
Hélas ! je parle encor que déjà ma parole
Est tournée en poison dans chaque parabole ;
Eloigne ce calice impur et plus amer
Que le fiel, ou l'absinthe, ou les eaux de la mer.
Les verges qui viendront, la couronne d'épine,
Les clous des mains, la lance au fond de ma poitrine,
Enfin toute la croix qui se dresse et m'attend,
N'ont rien, mon Père, oh ! rien qui m'épouvante autant !
- Quand les Dieux veulent bien s'abattre sur les mondes,
Es n'y doivent laisser que des traces profondes,
Et si j'ai mis le pied sur ce globe incomplet
Dont le gémissement sans repos m'appelait,
C'était pour y laisser deux anges à ma place
De qui la race humaine aurait baisé la trace,
La Certitude heureuse et l'Espoir confiant
Qui dans le Paradis marchent en souriant.
Mais je vais la quitter, cette indigente terre,
N'ayant que soulevé ce manteau de misère
Qui l'entoure à grands plis, drap lugubre et fatal,
Que d'un bout tient le Doute et de l'autre le Mal.

Mal et Doute ! En un mot je puis les mettre en poudre ;
Vous les aviez prévus, laissez-moi vous absoudre
De les avoir permis. - C'est l'accusation
Qui pèse de partout sur la Création !
- Sur son tombeau désert faisons monter Lazare.
Du grand secret des morts qu'il ne soit plus avare
Et de ce qu'il a vu donnons-lui souvenir,
Qu'il parle. - Ce qui dure et ce qui doit finir ;
Ce qu'a mis le Seigneur au coeur de la Nature,
Ce qu'elle prend et donne à toute créature ;
Quels sont, avec le Ciel, ses muets entretiens,
Son amour ineffable et ses chastes liens ;
Comment tout s'y détruit et tout s'y renouvelle
Pourquoi ce qui s'y cache et ce qui s'y révèle ;
Si les astres des cieux tour à tour éprouvés
Sont comme celui-ci coupables et sauvés ;
Si la Terre est pour eux ou s'ils sont pour la Terre ;
Ce qu'a de vrai la fable et de clair le mystère,
D'ignorant le savoir et de faux la raison ;
Pourquoi l'âme est liée en sa faible prison ;
Et pourquoi nul sentier entre deux larges voies,
Entre l'ennui du calme et des paisibles joies
Et la rage sans fin des vagues passions,
Entre la Léthargie et les Convulsions ;
Et pourquoi pend la Mort comme une sombre épée
Attristant la Nature à tout moment frappée ;
- Si le Juste et le Bien, si l'Injuste et le Mal
Sont de vils accidents en un cercle fatal
Ou si de l'univers ils sont les deux grands pôles,
Soutenant Terre et Cieux sur leurs vastes épaules ;
Et pourquoi les Esprits du Mal sont triomphants
Des maux immérités, de la mort des enfants ;
- Et si les Nations sont des femmes guidées
Par les étoiles d'or des divines idées
Ou de folles enfants sans lampes dans la nuit,
Se heurtant et pleurant et que rien ne conduit ;
- Et si, lorsque des temps l'horloge périssable
Aura jusqu'au dernier versé ses grains de sable,
Un regard de vos yeux, un cri de votre voix,
Un soupir de mon coeur, un signe de ma croix,
Pourra faire ouvrir l'ongle aux Peines Eternelles,
Lâcher leur proie humaine et reployer leurs ailes ;
- Tout sera révélé dés que l'homme saura
De quels lieux il arrive et dans quels il ira. "

III
Ainsi le divin fils parlait au divin Père.
Il se prosterne encore, il attend, il espère,
Mais il renonce et dit : Que votre Volonté
Soit faite et non la mienne et pour l'Eternité.
Une terreur profonde, une angoisse infinie
Redoublent sa torture et sa lente agonie.
Il regarde longtemps, longtemps cherche sans voir.
Comme un marbre de deuil tout le ciel était noir.
La Terre sans clartés, sans astre et sans aurore,
Et sans clartés de l'âme ainsi qu'elle est encore,
Frémissait. - Dans le bois il entendit des pas,
Et puis il vit rôder la torche de Judas.

Le silence
S'il est vrai qu'au Jardin sacré des Ecritures,
Le Fils de l'Homme ait dit ce qu'on voit rapporté ;
Muet, aveugle et sourd au cri des créatures,
Si le Ciel nous laissa comme un monde avorté,
Le juste opposera le dédain à l'absence
Et ne répondra plus que par un froid silence
Au silence éternel de la Divinité.


Dernière édition par florence_yvonne le Jeu 20 Jan 2011 - 12:57, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Plus poétique que le Coran et la Bible réunis (et telement plus inspiré)   Jeu 20 Jan 2011 - 12:13

Du même auteur - Les destinées

Depuis le premier jour de la création,
Les pieds lourds et puissants de chaque Destinée
Pesaient sur chaque tête et sur toute action.

Chaque front se courbait et traçait sa journée,
Comme le front d'un boeuf creuse un sillon profond
Sans dépasser la pierre où sa ligne est bornée.

Ces froides déités liaient le joug de plomb
Sur le crâne et les yeux des Hommes leurs esclaves,
Tous errant, sans étoile, en un désert sans fond ;

Levant avec effort leurs pieds chargés d'entraves ;
Suivant le doigt d'airain dans le cercle fatal,
Le doigt des Volontés inflexibles et graves.

Tristes divinités du monde oriental,
Femmes au voile blanc, immuables statues,
Elles nous écrasaient de leur poids colossal.

Comme un vol de vautours sur le sol abattues,
Dans un ordre éternel, toujours en nombre égal
Aux têtes des mortels sur la terre épandues,

Elles avaient posé leur ongle sans pitié
Sur les cheveux dressés des races éperdues,
Traînant la femme en pleurs et l'homme humilié.

Un soir il arriva que l'antique planète
Secoua sa poussière. - Il se fit un grand cri :
« Le Sauveur est venu, voici le jeune athlète;

Il a le front sanglant et le côté meurtri,
Mais la Fatalité meurt au pied du Prophète,
La Croix monte et s'étend sur nous comme un abri ! »

Avant l'heure où, jadis, ces choses arrivèrent,
Tout Homme allait courbé, le front pâle et flétri.
Quand ce cri fut jeté, tous ils se relevèrent.

Détachant les noeuds lourds du joug de plomb du Sort,
Toutes les Nations à la fois s'écrièrent :
" O Seigneur ! est-il vrai ? le Destin est-il mort ? "

Et l'on vit remonter vers le ciel, par volées,
Les filles du Destin, ouvrant avec effort
Leurs ongles qui pressaient nos races désolées ;

Sous leur robe aux longs plis voilant leurs pieds d'airain,
Leur main inexorable et leur face inflexible ;
Montant avec lenteur en innombrable essaim,

D'un vol inaperçu, sans ailes, insensible,
Comme apparaît au soir, vers l'horizon lointain,
D'un nuage orageux l'ascension paisible.

- Un soupir de bonheur sortit du coeur humain.
La terre frissonna dans son orbite immense,
Comme un cheval frémit délivré de son frein.

Tous les astres émus restèrent en silence,
Attendant avec l'Homme, en la même stupeur,
Le suprême décret de la Toute-Puissance,

Quand ces filles du Ciel, retournant au Seigneur,
Comme ayant retrouvé leurs régions natales,
Autour de Jéhovah se rangèrent en choeur,

D'un mouvement pareil levant leurs mains fatales,
Puis chantant d'une voix leur hymne de douleur
Et baissant à la fois leurs fronts calmes et pâles :

« Nous venons demander la Loi de l'avenir.
Nous sommes, ô Seigneur, les froides Destinées
Dont l'antique pouvoir ne devait point faillir.

Nous roulions sous nos doigts les jours et les années ;
Devons-nous vivre encore ou devons-nous finir,
Des Puissances du ciel, nous, les fortes aînées ?

Vous détruisez d'un coup le grand piège du Sort
Où tombaient tour à tour les races consternées,
Faut-il combler la fosse et briser le ressort ?

Ne mènerons-nous plus ce troupeau faible et morne,
Ces hommes d'un moment, ces condamnés à mort
Jusqu'au bout du chemin dont nous posions la borne ?

Le moule de la vie était creusé par nous.
Toutes les passions y répandaient leur lave,
Et les événements venaient s'y fondre tous.

Sur les tables d'airain où notre loi se grave,
Vous effacez le nom de la FATALITE,
Vous déliez les pieds de l'Homme notre esclave.

Qui va porter le poids dont s'est épouvanté
Tout ce qui fut créé ? ce poids sur la pensée,
Dont le nom est en bas : RESPONSABILITE ? »

Il se fit un silence, et la Terre affaissée
S'arrêta comme fait la barque sans rameurs
Sur les flots orageux, dans la nuit balancée.

Une voix descendit, venant de ces hauteurs
Où s'engendrent sans fin les mondes dans l'espace ;
Cette voix, de la terre emplit les profondeurs :

« Retournez en mon nom, Reines, je suis la Grâce.
L'Homme sera toujours un nageur incertain
Dans les ondes du temps qui se mesure et passe.

Vous toucherez son front, ô filles du Destin !
Son bras ouvrira l'eau, qu'elle soit haute ou basse,
Voulant trouver sa place et deviner sa fin.

Il sera plus heureux, se croyant maître et libre
Et luttant contre vous dans un combat mauvais
Où moi seule d'en haut je tiendrai l'équilibre.

De moi naîtra son souffle et sa force à jamais.
Son mérite est le mien, sa loi perpétuelle :
Faire ce que je veux pour venir OÙ JE SAIS. »

Et le choeur descendit vers sa proie éternelle
Afin d'y ressaisir sa domination
Sur la race timide, incomplète et rebelle.

On entendit venir la sombre Légion
Et retomber les pieds des femmes inflexibles,
Comme sur nos caveaux tombe un cercueil de plomb.

Chacune prit chaque homme en ses mains invisibles.
- Mais, plus forte à présent, dans ce sombre duel,
Notre âme en deuil combat ces Esprits impassibles.

Nous soulevons parfois leur doigt faux et cruel.
La Volonté transporte à des hauteurs sublimes
Notre front éclairé par un rayon du ciel.

Cependant sur nos caps, sur nos rocs, sur nos cimes,
Leur doigt rude et fatal se pose devant nous,
Et, d'un coup, nous renverse au fond des noirs abîmes.

Oh ! dans quel désespoir nous sommes encor tous !
Vous avez élargi le COLLIER qui nous lie,
Mais qui donc tient la chaîne ? - Ah ! Dieu juste, est-ce vous ?

Arbitre libre et fier des actes de sa vie,
Si notre coeur s'entr'ouvre au parfum des vertus,
S'il s'embrase à l'amour, s'il s'élève au génie,

Que l'ombre des Destins, Seigneur, n'oppose plus
A nos belles ardeurs une immuable entrave,
A nos efforts sans fin des coups inattendus !

O sujet d'épouvante à troubler le plus brave !
Questions sans réponse où vos Saints se sont tus !
O mystère ! ô tourment de l'âme forte et grave !

Notre mot éternel est-il : C'ÉTAIT ECRIT ?
- SUR LE LIVRE DE DIEU, dit l'Orient esclave ;
Et l'Occident répond : - SUR LE LIVRE DU CHRIST.
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MessageSujet: Re: Plus poétique que le Coran et la Bible réunis (et telement plus inspiré)   Jeu 20 Jan 2011 - 12:18

Marceline Desbordes-Valmore - Amour et charité

Amour et charité ! Quelque part qu' on vous trouve,
Dieu va venir... qu' un seul s' en souvienne et le prouve !
Qu' un seul, où je m' en vais, me réclame tout bas !
Qui donc me sauverait, s' il ne me sauvait pas ?
S' il ne disait : " pitié ! C' est moi... " non ! Qu' il se taise !
Non ! Qu' en frappant sur moi l' éternité s' apaise !
Moi, je veux bien pleurer, et mourir, et mourir ;
Mais sans croire qu' il pleure et sans le voir souffrir !

Cantique des mères

Reine pieuse aux flancs de mère,
écoutez la supplique amère
des veuves aux rares deniers
dont les fils sont vos prisonniers.
Si vous voulez que Dieu vous aime
et pardonne au geôlier lui-même,
priez d' un salutaire effroi
pour tous les prisonniers du roi !
On dit que l' on a vu des larmes
dans vos regards doux et sans armes ;
que Dieu fasse tomber ces pleurs
sur un front gros de nos malheurs.
Soulagez la terre en démence,
faites-y couler la clémence ;
et priez d' un céleste effroi
car ce sont vos enfants, madame,
adoptés au fond de votre âme,
quand ils se sont, libres encor,
rangés sous votre rameau d' or ;
rappelez aux royales haines
ce qu' ils font un jour de leurs chaînes,
et priez d' un prudent effroi
ne sentez-vous pas vos entrailles
frémir des fraîches funérailles
dont nos pavés portent le deuil ?
Il est déjà grand le cercueil !
Personne n' a tué vos filles ;
rendez-nous d' entières familles !
Priez d' un maternel effroi
comme Esther s' est agenouillée
et saintement humiliée
entre le peuple et le bourreau,
rappelez le glaive au fourreau.
Vos soldats vont la tête basse,
le sang est lourd, la haine lasse :
priez d' un courageux effroi
madame ! Les geôles sont pleines,
l' air y manque pour tant d' haleines,
nos enfants n' en sortent que morts !
Où commence donc le remords ?
S' il est plus beau que l' innocence,
qu' il soit en aide à la puissance,
et priez d' un ardent effroi
c' est la faim, croyez-en nos larmes,
qui fiévreuse aiguisa leurs armes.
Vous ne comprenez pas la faim :
elle tue, on s' insurge enfin !
ô vous ! Dont le lait coule encore,
notre sein tari vous implore :
priez d' un charitable effroi
voyez comme la providence
confond l' oppressive imprudence,
comme elle ouvre avec ses flambeaux,
les bastilles et les tombeaux !
La liberté, c' est son haleine
qui d' un rocher fait une plaine :
priez d' un prophétique effroi
quand nos cris rallument la guerre,
coeur sans pitié n' en trouve guère ;
l' homme qui n' a rien pardonné
se voit par l' homme abandonné ;
de noms sanglants, dans l' autre vie,
sa terreur s' en va poursuivie :
priez d' un innocent effroi
reine ! Qui dites vos prières,
femme ! Dont les chastes paupières
savent lire au livre de Dieu ;
par les maux qu' il lit en ce lieu,
par la croix qui saigne et pardonne,
par le haut pouvoir qu' il vous donne,
reine ! Priez d' un humble effroi
redoublez vos divins exemples,
madame ! Le plus beau des temples,
c' est le coeur du peuple ; entrez-y !
Le roi des rois l' a bien choisi.
Vous ! Qu' on aimait comme sa mère,
pesez notre supplique amère,
et priez d' un sublime effroi

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MessageSujet: Re: Plus poétique que le Coran et la Bible réunis (et telement plus inspiré)   Jeu 20 Jan 2011 - 12:20

Marceline Desbordes-Valmore - Au Christ

Que je vous crains! Que je vous aime!
Que mon coeur est triste et navré!
Seigneur! Suis-je un peu de vous-même
Tombé de votre diadême,
Ou suis-je un pauvre ange égaré?

Du sable où coulèrent vos larmes
Mon âme jaillit-elle un jour?
Tout ce que j'aime a-t-il des armes,
Pour me faire trouver des charmes
Dans la mort, que but votre amour?

Seigneur! Parlez-moi, je vous prie!
Je suis seule sans votre voix.
Oiseau sans ailes, sans patrie,
Sur la terre dure et flétrie
Je marche et je tombe à la fois!

Fleur d'orage et de pleurs mouillée
Exhalant sa mourante odeur,
Au pied de la croix effeuillée
Seigneur, ma vie agenouillée
Veut monter à votre grandeur!

Voyez! Je suis comme une feuille
Qui roule et tourbillonne au vent,
Un rêve las qui se recueille,
Un lin desséché que l'on cueille
Et que l'on déchire souvent.

Sans savoir, l'indolence extrême,
Si l'on a marché sur mon coeur,
Brisé par une main qu'on aime,
Seigneur! Un cheveu de nous-même,
Est si vivant à la douleur!

Au chemin déjà solitaire
Où deux êtres unis marchaient,
Les voilà séparés... mystère!
On a jeté bien de la terre
Entre deux coeurs qui se cherchaient.

Ils ne savent plus se comprendre.
Qu'ils parlent haut, qu'ils parlent bas,
L'écho de leur voix n'est plus tendre:
Seigneur! On sait donc mieux s'entendre
Alors qu'on ne se parle pas?

L'un, dans les sillons de la plaine,
Suit son veuvage douloureux;
L'autre, de toute son haleine,
De son jour, de son aile pleine,
Monte! Monte! Et se croit heureux!

Voyez! à deux pas de ma vie,
Sa vie est étrangère à moi,
Pauvre ombre qu'il a tant suivie,
Tant aimée et tant asservie!
Qui mis tant de foi dans sa foi!

Moi, sous l'austère mélodie
Dont vous m'envoyez la rumeur,
Mon âme soupire agrandie,
Mon corps se fond en maladie
Et mon souffle altéré se meurt.

Comme l'enfant qu'un rien ramène,
L'enfant dont le coeur est à jour,
Faites-moi plier sous ma chaîne,
Et désapprenez-moi la haine,
Plus triste encore que l'amour!

Une fois dans la nuit profonde
J'ai vu passer votre lueur:
Comme alors, enfermée au monde,
Pour parler à qui me réponde
Laissez-moi vous voir dans mon coeur!

Rendez-moi, Jésus que j'adore,
Un songe où je m'abandonnais!
Dans nos champs que la faim dévore,
J'expiais... j'attendais encore;
Mais, j'étais riche et je donnais.

Je donnais et, surprise sainte,
On ne raillait plus ma pitié;
Des bras du pauvre j'étais ceinte,
Et l'on ne mêlait plus l'absinthe
Aux larmes de mon amitié! ...

Je donnais la vie au coupable,
Et le temps à son repentir!
Je rachetais à l'insolvable;
Et pour payer l'irréparable,
J'offrais l'amour seul et martyr.


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MessageSujet: Re: Plus poétique que le Coran et la Bible réunis (et telement plus inspiré)   Jeu 20 Jan 2011 - 12:22

Du même auteur - Merci mon Dieu

J' ai rencontré sur la terre où je passe
plus d' un abîme où je tombai, seigneur !
Lors, d' un long cri j' appelais dans l' espace
mon Dieu, mon père, ou quelque ange sauveur.
Doux et penché sur l' abîme funeste,
un envoyé du tribunal céleste
venait toujours, fidèle à votre loi :
qu' il soit béni ! Mon Dieu, payez pour moi.
J' ai rencontré sur la terre où je pleure
des yeux mouillés de prière et d' espoir :
à leurs regards souvent j' oubliai l' heure ;
dans ces yeux-là, mon Dieu, j' ai cru vous voir.
Le ciel s' y meut comme dans vos étoiles,
c' est votre livre entr' ouvert et sans voiles,
ils m' ont appris la charité, la foi.
Qu' ai-je rendu ? Mon Dieu, payez pour moi.
J' ai rencontré sur la terre où je chante
des coeurs vibrants, juges harmonieux
muse cachée et qui de peu s' enchante,
écoutant bien pour faire chanter mieux.
Divine aumône, adorable indulgence,
trésor tombé dans ma fière indigence,
suffrage libre, ambition de roi,
vous êtes Dieu ! Mon Dieu ! Payez pour moi.
J' ai rencontré jour par jour sur la terre
des malheureux le troupeau grossissant ;
j' ai vu languir dans son coin solitaire,
comme un ramier, l' orphelin pâlissant ;
j' ai regardé ces frères de mon âme,
puis, j' ai caché mes yeux avec effroi ;
mon coeur nageait dans les pleurs et la flamme :
regardez-les, mon Dieu ! Donnez pour moi.
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MessageSujet: Re: Plus poétique que le Coran et la Bible réunis (et telement plus inspiré)   Jeu 20 Jan 2011 - 12:23

Idem - Dieu pleure avec les innocents

Il fallait la laisser, solitaire et pieuse,
s' abreuver de prière et d' indigentes fleurs :
si peu lui semblait tout ; misère harmonieuse,
sédentaire à l' église et bornée à ses pleurs.
Il fallait la laisser au long travail penchée,
du rideau d' un vieux mur bornant son horizon :
le ciel la regardait sous ses cheveux penchée,
et quelque doux cantique apaisait sa raison.
Ce qu' elle avait perdu, qui pouvait le lui rendre ?
Aux enfants orphelins on ne rend pas les morts ;
mais seule, jour par jour, elle venait d' apprendre
qu' un goût divin se mêle aux douleurs sans remords.
Il fallait lui laisser Dieu pleurant avec elle ;
n' en doutez pas, " Dieu pleure avec les innocents. "
et vous l' avez volée à cet ami fidèle,
et vous avez versé la terre sur ses sens.
Vous avez dévasté la belle âme ingénue ;
elle sait aujourd' hui la chute de l' orgueil.
Dieu vous demandera ce qu' elle est devenue :
pour un ange tombé tout le ciel est en deuil.
Ah ! Pour l' avoir tuée en mourrez-vous moins vite ?
Le tombeau, qui prend tout, vous fait-il moins d' effroi ?
Il prend tout ! Comme une ombre affligée ou maudite,
vous quitterez la terre, en fussiez-vous le roi.
Cherchez : elle est peut-être un peu vivante encore ;
épousez dans la mort son amer abandon,
sanctifiez à deux votre nom qu' elle adore,
et montez l' un par l' autre au céleste pardon !

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MessageSujet: Re: Plus poétique que le Coran et la Bible réunis (et telement plus inspiré)   Jeu 20 Jan 2011 - 12:30

Victor Hugo - Quelle est la fin de tout?

Quelle est la fin de tout? la vie, ou bien la tombe?
Est-ce l'onde où l'on flotte? est-ce l'onde où l'on tombe?
De tant de pas croisés quel est le but lointain?
Le berceau contient-il l'homme ou bien le destin?
Sommes-nous ici-bas, dans nos maux, dans nos joies,
Des rois prédestinés ou de fatales proies?

O seigneur, dites-nous, dites-nous, ô Dieu fort,
Si vous n'avez créé l'homme que pour le sort?
Si déjà le calvaire est caché dans la crèche
Et si les nids soyeux, dorés par l'aube fraîche,
Où la plume naissante éclôt parmi des fleurs,
Sont faits pour les oiseaux ou pour les oiseleurs?
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MessageSujet: Re: Plus poétique que le Coran et la Bible réunis (et telement plus inspiré)   Jeu 20 Jan 2011 - 12:33

Charles-Marie Leconte de Lisle - Le suaire

Gémis, noble Yémen, sous tes palmiers si doux !
Schâmah, lamente-toi sous tes cèdres noirs d'ombre !
Sous tes immenses cieux emplis d'astres sans nombre,
Dans le sable enflammé cachant ta face sombre,
Pleure et rugis, Maghreb, père des lions roux !
Azraël a fauché de ses ailes funèbres
La fleur de Korthobah, la rose des guerriers !
Les braves ont vidé les larges étriers,
Et les corbeaux, claquant de leurs becs meurtriers,
Flairent la chair des morts roidis dans les ténèbres.

Ô gorges et rochers de Kala'T-Al-Noçour,
Qu'Yblis le lapidé vous dessèche et vous ronge !
Ce fulgurant éclair, plus rapide qu'un songe,
Qui du Hedjaz natal au couchant se prolonge,
La gloire de l'Islam s'est éteinte en un jour !
Devant ton souffle, Allah, poussière que nous sommes !
Vingt mille cavaliers et vingt mille étalons
Se sont abattus là par épais tourbillons ;
La plaine et le coteau, le fleuve et les vallons
Ruissellent du sang noir des bêtes et des hommes.
Le naphte, à flots huileux, par lugubres éclats,
Allume l'horizon des campagnes désertes,
Monte, fait tournoyer ses longues flammes vertes
Et brûle, face au ciel et paupières ouvertes,
Les cadavres couchés sur les hauts bûchers plats.
Allah ! Dans la rumeur d'une foudre aux nuées,
À travers le buisson, le roc et le ravin,
Contre ces vils mangeurs de porc, gorgés de vin,
Nos vaillantes tribus, dix fois, toujours en vain,
Coup sur coup, et le rire aux dents, se sont ruées.
Et toi, vêtu de pourpre et de mailles d'acier,
Coiffé du cimier d'or hérissé d'étincelles,
Tel qu'un aigle, le vent de la victoire aux ailes,
La lame torse en main, tu volais devant elles,
Mohammed-Al-Mançour, bon, brave et justicier !

Brandissant la bannière auguste des khalyfes,
Plus blanche que la neige intacte des sierras,
Tu foulais la panthère au poil luisant et ras
Qui sur le chaud poitrail, ainsi que font deux bras,
Éclatante, agrafait l'argent de ses dix griffes.
Devant le paradis promis aux nobles morts,
Sans peur des hurlements de ces chacals voraces,
Qui d'entre nous, honteux de languir sur tes traces,
Conduit par ta lumière, étoile des trois races,
N'eût lâché pour mourir les rênes et le mors ?
Torrent d'hommes qui gronde, écroulé d'un haut faîte,
Mer qui bat flot sur flot le roc dur et têtu,
Sur l'idolâtre impur, mille fois combattu,
Tu nous as déchaînés, ivres de ta vertu,
Glorieux fils d'Amer, ô souffle du prophète !
Le choc terrible, plein de formidables sons,
A fait choir les vautours des roches ébranlées,
Et les aigles crier et s'enfuir par volées,
Et plus loin que les monts, les cités, les vallées,
Sans fin, s'est engouffré vers les quatre horizons.
Hélas ! Les étalons, ployant leurs jarrets grêles,
De l'aube au soir, dans un âpre fourmillement,
Ont bondi, les crins droits et le frein écumant,
Leur naseau rose en feu, par masse, éperdument,
Comme un essaim strident d'actives sauterelles.

Ah ! Vrais fils d'Al-Boraq la vierge et de l'éclair,
Sûrs amis, compagnons des batailles épiques,
Joyeux du bruit des coups et des cris frénétiques,
Vous hennissiez, cabrés à la pointe des piques,
Vous enfonçant la mort au ventre, ô buveurs d'air !
Vous mordiez les tridents, les fourches et les sabres
Et l'épieu des chasseurs de loup, d'ours et d'isard,
Muraille rude et sombre où flottaient au hasard
Les lions de Castille et le jaune lézard
De Compostelle et les mains rouges des cantabres.
Vous qui couriez, si beaux, des jardins de l'été
Jusqu'aux escarpements neigeux des Asturies,
Vous dormez dans l'horreur des muettes tueries,
Et, tels qu'au chaud soleil les grenades mûries,
Sous les masses de fer vos fronts ont éclaté !
Rien n'a rompu le bloc de ces hordes farouches.
Vers les monts, sans tourner le dos, lents, résolus,
Ils se sont repliés, rois, barons chevelus,
Soudards bardés de cuir, serfs et moines velus
Qui vomissent l'infect blasphème à pleines bouches.
Sinistres, non domptés, sinon victorieux,
Ils ont tous disparu dans la nuit solitaire,
Laissant les morts brûler et les râles se taire ;
Et nous pleurons autour de cette tente austère
Où l'aigle de l'Islam ferme à jamais les yeux.

Pâle et grave, percé de coups, haché d'entailles,
Le hadjeb immortel, comme il était écrit,
Pour monter au Djennet qui rayonne et fleurit,
Rend aux anges d'Allah son héroïque esprit
Ceint des palmes et des éclairs de cent batailles.
L'âme est partie avec la pourpre du soleil.
Sous la peau d'un lion fauve à noire crinière,
Dans le coffre de cèdre où croissait la poussière
Recueillie en vingt ans sur l'armure guerrière,
Mohammed-Al-Mançour dort son dernier sommeil.
Nos temps sont clos, voici les jours expiatoires !
Ô race d'Ommyah, ton trône est chancelant
Et la plaie incurable est ouverte à ton flanc,
Puisque l'homme invincible est couché tout sanglant
Dans la cendre de ses victoires !
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MessageSujet: Re: Plus poétique que le Coran et la Bible réunis (et telement plus inspiré)   Jeu 20 Jan 2011 - 12:39

Du même auteur - Le chapelet

Les mavromikhalis, les aigles du vieux Magne,
Ont traqué trois cents turks dans le défilé noir,
Et, de l'aube à midi, font siffler et pleuvoir
Balles et rocs du faîte ardu de la montagne.
L'amorce sèche brûle et jaillit par éclair
D'où sort en tournoyant la fumerolle grêle ;
L'écho multiplié verse comme une grêle
Les coups de feu pressés qui crépitent dans l'air.
Une âcre odeur de poudre et de chaudes haleines
S'exhale de la gorge étroite aux longs circuits
Qui mêle, en un vacarme enflé de mille bruits,
Le blasphème barbare aux injures hellènes :

- Saint christ ! - Allah ! Chacals ! - Porcs sans prépuce ! - Tiens !
Crache ton âme infecte au diable qui la happe ! -
À l'assaut ! Que pas un de ces voleurs n'échappe !
Sus ! La corde et le pal à ces chiens de chrétiens ! -
Arrivez, mes agneaux, qu'on vous rompe les côtes ! -
Tels les rires, les cris, les exécrations,
Râles de mort, fureurs et détonations
Vont et viennent sans fin le long des parois hautes.
Et tous les circoncis, effarés et hurlants,
Parmi les buissons roux et les vignes rampantes
Montent, la rage au ventre, et roulent sur les pentes,
Et s'arrachent la barbe avec leurs poings sanglants.
Les femmes du Pyrgos, en de tranquilles poses,
D'en haut, sur le massacre ouvrent de larges yeux,
Tandis que leurs garçons font luire, tout joyeux,
Leurs dents de jeunes loups entre leurs lèvres roses.
Par la vierge ! La chose est faite. Le dernier
Des turks crève, le poil roidi sur sa peau rêche.
Les oiseaux carnassiers, gorgés de viande fraîche,
Deviendront gras à lard dans ce riche charnier.
- Alerte ! Tranchez-moi ces crânes d'infidèles,
Dit le chef. En guirlande à mon mur clouez-les.
Ce sera le plus beau de tous mes chapelets,
Et j'y ferai nicher les bonnes hirondelles ! -

Pendant bien des étés, bien des mornes hivers,
Le roi du Magne a vu, le long de sa muraille,
Ces têtes, dont la peau se dessèche et s'éraille,
Blanchir, chacune au clou qui s'enfonce au travers.
Depuis, tous sont morts, lui, ses enfants et ses proches,
Par la balle ou le sabre, ou vaincus ou vainqueurs.
Leur souvenir farouche emplit les jeunes coeurs,
Et leurs spectres, la nuit, hantent les sombres roches.
C'étaient des hommes durs, violents et hardis,
Âpres à la vengeance, orgueilleux de leur race,
Ne sachant demander merci, ni faire grâce,
Et, pour cela, certains d'aller en paradis.
Au rebord du ravin abrupt et sans issue,
Sous la ronce, au milieu des sauvages mûriers,
L'ancien Pyrgos, gercé par les ans meurtriers,
Dresse encore sa masse ébréchée et moussue.
Les crânes turks, autour, luisent comme des lys ;
Et le berger, vêtu de sa cotte de laine,
Qui paît ses moutons noirs au-dessus de la plaine,
Sourit au chapelet des mavromikhalis.
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MessageSujet: Re: Plus poétique que le Coran et la Bible réunis (et telement plus inspiré)   Jeu 20 Jan 2011 - 12:41

Même auteur - L'anathème

Si nous vivions au siècle où les Dieux éphémères
Se couchaient pour mourir avec le monde ancien,
Et, de l'homme et du ciel détachant le lien,
Rentraient dans l'ombre auguste où résident les Mères ;

Les regrets, les désirs, comme un vent furieux,
Ne courberaient encor que les âmes communes ;
Il serait beau d'être homme en de telles fortunes,
Et d'offrir le combat au sort injurieux.

Mais nos jours valent-ils le déclin du vieux monde ?
Le temps, Nazaréen, a tenu ton défi ;
Et pour user un Dieu deux mille ans ont suffi,
Et rien n'a palpité dans sa cendre inféconde.

Heureux les morts ! L'écho lointain des choeurs sacrés
Flottait à l'horizon de l'antique sagesse ;
La suprême lueur des soleils de la Grèce
Luttait avec la nuit sur des fronts inspirés :

Dans le pressentiment de forces inconnues,
Déjà plein de Celui qui ne se montrait pas,
Ô Paul, tu rencontrais, au chemin de Damas,
L'éclair inespéré qui jaillissait des nues !

Notre nuit est plus noire et le jour est plus loin.
Que de sanglots perdus sous le ciel solitaire !
Que de flots d'un sang pur sont versés sur la terre
Et fument ignorés d'un éternel témoin !

Comme l'Essénien, au bout de son supplice,
Désespéré d'être homme et doutant d'être un dieu,
Las d'attendre l'Archange et les langues de feu,
Les peuples flagellés ont tari leur calice.

Ce n'est pas que, le fer et la torche à la main,
Le Gépide ou le Hun les foule et les dévore,
Qu'un empire agonise, et qu'on entende encore
Les chevaux d'Alarik hennir dans l'air romain.

Non ! le poids est plus lourd qui les courbe et les lie ;
Et, corrodant leur coeur d'avarice enflammé,
L'idole au ventre d'or, le Moloch affamé
S'assied, la pourpre au dos, sur la terre avilie.

Un air impur étreint le globe dépouillé
Des bois qui l'abritaient de leur manteau sublime ;
Les monts sous des pieds vils ont abaissé leur cime ;
Le sein mystérieux de la mer est souillé.

Les Ennuis énervés, spectres mélancoliques,
Planent d'un vol pesant sur un monde aux abois ;
Et voici qu'on entend gémir comme autrefois
L'Ecclésiaste assis sous les cèdres bibliques.

Plus de transports sans frein vers un ciel inconnu,
Plus de regrets sacrés, plus d'immortelle envie !
Hélas ! des coupes d'or où nous buvions la vie
Nos lèvres ni nos coeurs n'auront rien retenu !

Ô mortelles langueurs, ô jeunesse en ruine,
Vous ne contenez plus que cendre et vanité !
L'amour, l'amour est mort avec la volupté ;
Nous avons renié la passion divine !

Pour quel dieu désormais brûler l'orge et le sel ?
Sur quel autel détruit verser les vins mystiques ?
Pour qui faire chanter les lyres prophétiques
Et battre un même coeur dans l'homme universel ?

Quel fleuve lavera nos souillures stériles ?
Quel soleil, échauffant le monde déjà vieux,
Fera mûrir encor les labeurs glorieux
Qui rayonnaient aux mains des nations viriles ?

Ô liberté, justice, ô passion du beau,
Dites-nous que votre heure est au bout de l'épreuve,
Et que l'Amant divin promis à l'âme veuve
Après trois jours aussi sortira du tombeau !

Éveillez, secouez vos forces enchaînées,
Faites courir la sève en nos sillons taris ;
Faites étinceler, sous les myrtes fleuris,
Un glaive inattendu, comme aux Panathénées !

Sinon, terre épuisée, où ne germe plus rien
Qui puisse alimenter l'espérance infinie,
Meurs ! Ne prolonge pas ta muette agonie,
Rentre pour y dormir au flot diluvien.

Et toi, qui gis encor sur le fumier des âges,
Homme, héritier de l'homme et de ses maux accrus,
Avec ton globe mort et tes Dieux disparus,
Vole, poussière vile, au gré des vents sauvages !
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MessageSujet: Re: Plus poétique que le Coran et la Bible réunis (et telement plus inspiré)   Jeu 20 Jan 2011 - 12:41

Même auteur - Le Nazaréen

Quand le Nazaréen, en croix, les mains clouées,
Sentit venir son heure et but le vin amer,
Plein d'angoisse, il cria vers les sourdes nuées,
Et la sueur de sang ruissela de sa chair.

Mais dans le ciel muet de l'infâme colline
Nul n'ayant entendu ce lamentable cri,
Comme un dernier sanglot soulevait sa poitrine,
L'homme désespéré courba son front meurtri.

Toi qui mourais ainsi dans ces jours implacables,
Plus tremblant mille fois et plus épouvanté,
Ô vivante Vertu ! que les deux misérables
Qui, sans penser à rien, râlaient à ton côté ;

Que pleurais-tu, grande âme, avec tant d'agonie ?
Ce n'était pas ton corps sur la croix desséché,
La jeunesse et l'amour, ta force et ton génie,
Ni l'empire du siècle à tes mains arraché.

Non ! Une voix parlait dans ton rêve, ô Victime !
La voix d'un monde entier, immense désaveu,
Qui te disait : - Descends de ton gibet sublime,
Pâle crucifié, tu n'étais pas un Dieu !

Tu n'étais ni le pain céleste, ni l'eau vive !
Inhabile pasteur, ton joug est délié !
Dans nos coeurs épuisés, sans que rien lui survive,
Le Dieu s'est refait homme, et l'homme est oublié !

Cadavre suspendu vingt siècles sur nos têtes,
Dans ton sépulcre vide il faut enfin rentrer.
Ta tristesse et ton sang assombrissent nos fêtes ;
L'humanité virile est lasse de pleurer. -

Voilà ce que disait, à ton heure suprême,
L'écho des temps futurs, de l'abîme sorti ;
Mais tu sais aujourd'hui ce que vaut ce blasphème ;
Ô fils du charpentier, tu n'avais pas menti !

Tu n'avais pas menti ! Ton Église et ta gloire
Peuvent, ô Rédempteur, sombrer aux flots mouvants ;
L'homme peut sans frémir rejeter ta mémoire,
Comme on livre une cendre inerte aux quatre vents ;

Tu peux, sur les débris des saintes cathédrales,
Entendre et voir, livide et le front ceint de fleurs,
Se ruer le troupeau des folles saturnales,
Et son rire insulter tes divines douleurs !

Car tu sièges auprès de tes Égaux antiques,
Sous tes longs cheveux roux, dans ton ciel chaste et bleu ;
Les âmes, en essaims de colombes mystiques,
Vont boire la rosée à tes lèvres de Dieu !

Et comme aux jours altiers de la force romaine,
Comme au déclin d'un siècle aveugle et révolté,
Tu n'auras pas menti, tant que la race humaine,
Pleurera dans le temps et dans l'éternité.
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MessageSujet: Re: Plus poétique que le Coran et la Bible réunis (et telement plus inspiré)   Jeu 20 Jan 2011 - 12:43

Du même auteur - La Fin de l'homme

Voici. Qaïn errait sur la face du monde.
Dans la terre muette Ève dormait, et Seth,
Celui qui naquit tard, en Hébron grandissait.
Comme un arbre feuillu, mais que le temps émonde,
Adam, sous le fardeau des siècles, languissait.

Or, ce n'était plus l'Homme en sa gloire première,
Tel qu'Iahvèh le fit pour la félicité,
Calme et puissant, vêtu d'une mâle beauté,
Chair neuve où l'âme vierge éclatait en lumière
Devant la vision de l'immortalité.

L'irréparable chute et la misère et l'âge
Avaient courbé son dos, rompu ses bras nerveux,
Et sur sa tête basse argenté ses cheveux.
Tel était l'Homme, triste et douloureuse image
De cet Adam pareil aux Esprits lumineux.

Depuis bien des étés, bien des hivers arides,
Assis au seuil de l'antre et comme enseveli
Dans le silencieux abîme de l'oubli,
La neige et le soleil multipliaient ses rides :
L'ennui coupait son front d'un immuable pli.

Parfois Seth lui disait : - Fils du Très-Haut, mon père,
Le cèdre creux est plein du lait de nos troupeaux,
Et dans l'antre j'ai fait ton lit d'herbe et de peaux.
Viens ! Le lion lui-même a gagné son repaire. -
Adam restait plongé dans son morne repos.

Un soir, il se leva. Le soleil et les ombres
Luttaient à l'horizon rayé d'ardents éclairs,
Les feuillages géants murmuraient dans les airs,
Et les bêtes grondaient aux solitudes sombres.
Il gravit des coteaux d'Hébron les rocs déserts.

Là, plus haut que les bruits flottants de la nuit large,
L'Hôte antique d'Éden, sur la pierre couché,
Vers le noir Orient le regard attaché,
Sentit des maux soufferts croître la lourde charge :
Ève, Abel et Qaïn, et l'éternel péché !

Ève, l'inexprimable amour de sa jeunesse,
Par qui, hors cet amour, tout changea sous le ciel !
Et le farouche enfant, chaud du sang fraternel ! ...
L'Homme fit un grand cri sous la nuée épaisse,
Et désira mourir comme Ève et comme Abel !

Il ouvrit les deux bras vers l'immense étendue
Où se leva le jour lointain de son bonheur,
Alors qu'il t'ignorait, ô fruit empoisonneur !
Et d'une voix puissante au fond des cieux perdue,
Depuis cent ans muet, il dit : - Grâce, Seigneur !

Grâce ! J'ai tant souffert, j'ai pleuré tant de larmes,
Seigneur ! J'ai tant meurtri mes pieds et mes genoux...
Élohim ! Élohim ! de moi souvenez-vous !
J'ai tant saigné de l'âme et du corps sous vos armes,
Que me voici bientôt insensible à vos coups !

Ô jardin d'Iahvèh, Éden, lieu de délices,
Où sur l'herbe divine Ève aimait à s'asseoir ;
Toi qui jetais vers elle, ô vivant encensoir,
L'arome vierge et frais de tes mille calices,
Quand le soleil nageait dans la vapeur du soir !

Beaux lions qui dormiez, innocents, sous les palmes,
Aigles et passereaux qui jouiez dans les bois,
Fleuves sacrés, et vous, Anges aux douces voix,
Qui descendiez vers nous, à travers les cieux calmes,
Salut ! Je vous salue une dernière fois !

Salut, ô noirs rochers, cavernes où sommeille
Dans l'immobile nuit tout ce qui me fut cher...
Hébron ! muet témoin de mon exil amer,
Lieu sinistre où, veillant l'inexprimable veille,
La femme a pleuré mort le meilleur de sa chair !

Et maintenant, Seigneur, vous par qui j'ai dû naître,
Grâce ! Je me repens du crime d'être né...
Seigneur, je suis vaincu, que je sois pardonné !
Vous m'avez tant repris ! Achevez, ô mon Maître !
Prenez aussi le jour que vous m'avez donné. -

L'Homme ayant dit cela, voici, par la nuée,
Qu'un grand vent se leva de tous les horizons
Qui courba l'arbre altier au niveau des gazons,
Et, comme une poussière au hasard secouée,
Déracina les rocs de la cime des monts.

Et sur le désert sombre, et dans le noir espace,
Un sanglot effroyable et multiple courut,
Choeur immense et sans fin, disant : - Père, salut !
Nous sommes ton péché, ton supplice et ta race...
Meurs, nous vivrons ! - Et l'Homme épouvanté mourut.
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MessageSujet: Re: Plus poétique que le Coran et la Bible réunis (et telement plus inspiré)   Jeu 20 Jan 2011 - 12:44

Du même auteur - L'Agonie d'un saint

Les moines, à pas lents, derrière le Prieur
Qui portait le ciboire et les huiles mystiques,
Rentrèrent, deux à deux, au cloître intérieur,
Troupeau d'ombres, le long des arcades gothiques.

Comme en un champ de meurtre, après l'ardent combat,
Le silence se fit dans la morne cellule,
Autour du vieil Abbé couché sur son grabat,
Rigide, à la lueur de la cire qui brûle.

Un Christ d'argent luisait entre ses maigres doigts,
Les yeux, fixes et creux, s'ouvraient sous le front lisse,
Et le sang, tiède encor, s'égouttait par endroits
De la poitrine osseuse où mordit le cilice.

Avec des mots confus que le râle achevait,
Le moribond, faisant frémir ses lèvres blêmes,
Contemplait sur la table, auprès de son chevet,
Une tête et deux os d'homme, hideux emblèmes.

Contre ce drap de mort d'eau bénite mouillé,
La face ensevelie en une cape noire,
Seul, immobile, et sur la dalle agenouillé,
Un moine grommelait son chapelet d'ivoire.

Minuit sonna, lugubre, et jeta dans le vent
Ses douze tintements à travers les ogives ;
Le bruit sourd de la foudre ébranla le couvent,
Et l'éclair fit blanchir les tourelles massives.

Or, relevant la face, après s'être signé,
Le moine dit, les bras étendus vers le faîte :
- De profundis, ad te, clamavi, Domine !
Mais, s'il le faut, Amen ! Ta volonté soit faite !

Du ciel inaccessible abaisse la hauteur,
Ouvre donc en entier les portes éternelles,
Ô maître ! Et dans ton sein reçois le serviteur
Que l'Ange de la mort t'apporte sur ses ailes.

Dévoré de la soif de ton unique amour,
Le coeur plein de ta grâce ; et marqué de ton signe,
Comme un bon ouvrier, dès le lever du jour,
Tout en sueur, il a travaillé dans ta vigne.

Ton calice de fiel n'était point épuisé,
Pour que sa bouche austère en savourât la lie ;
Et maintenant, Seigneur, le voici vieux, brisé,
Haletant de fatigue après l'oeuvre accomplie.

Vers le divin Royaume il tourne enfin les yeux ;
La mort va dénouer les chaînes de son âme :
Reçois-le donc, ô Christ, dans la paix de tes cieux,
Avec la palme d'or et l'auréole en flamme ! -

La cellule s'emplit d'un livide reflet ;
L'Abbé dressa son front humide du saint chrême,
Et le moine effrayé l'entendit qui parlait
Comme en face du Juge infaillible et suprême :

- Seigneur, vous le savez, mon coeur est devant vous,
Sourd aux appels du monde et scellé pour la joie ;
Je l'ai percé, vivant, de la lance et des clous,
Je l'ai traîné, meurtri, le long de votre Voie.

Plein de jeunesse, en proie aux sombres passions,
Sous la règle de fer j'ai ployé ma superbe ;
Les richesses du monde et ses tentations,
J'ai tout foulé du pied comme la fange et l'herbe ;

Paul m'a commis le glaive, et Pierre les deux clés ;
Pieds nus, ceint d'une corde, en ma robe de laine,
J'ai flagellé les forts à mon joug attelés ;
Le clairon de l'Archange a reçu mon haleine.

Ils se sont tous rués du Nord sur le Midi,
Bandits et chevaliers, princes sans patrimoine ;
Mais le plus orgueilleux comme le plus hardi
A touché de son front la sandale du moine !

Et le monde n'étant, ô Christ, qu'un mauvais lieu
D'où montait le blasphème autour de votre Église,
J'ai voué toute chair en holocauste à Dieu,
Et j'ai purifié l'âme à Satan promise.

Seigneur, Seigneur ! parlez, êtes-vous satisfait ?
La sueur de l'angoisse à mon front glacé fume.
Ô Maître, tendez-moi la main si j'ai bien fait,
Car une mer de sang m'entoure et me consume.

Elle roule et rugit, elle monte, elle bout.
J'enfonce ! Elle m'aveugle et me remplit la bouche ;
Et sur les flots, Jésus ! des spectres sont debout,
Et chacun d'eux m'appelle avec un cri farouche.

Ah ! je les reconnais, les damnés ! Les voilà,
Ceux d'Alby, de Béziers, de Foix et de Toulouse,
Que le fer pourfendit, que la flamme brûla,
Parce qu'ils outrageaient l'Église, votre épouse !

Sus, à l'assaut ! l'épée aux dents, la hache au poing !
Des excommuniés éventrez les murailles !
Tuez ! à vous le ciel s'ils n'en réchappent point !
Arrachez tous ces coeurs maudits et ces entrailles !

Tuez, tuez ! Jésus reconnaîtra les siens.
Écrasez les enfants sur la pierre, et les femmes !
Je vous livre, ô guerriers, ces pourceaux et ces chiens,
Pour que vous dépeciez leurs cadavres infâmes !

Gloire au Christ ! les bûchers luisent, flambeaux hurlants ;
La chair se fend, s'embrase aux os des hérétiques,
Et de rouges ruisseaux sur les charbons brûlants
Fument dans les cieux noirs au bruit des saints cantiques !

Dieu de miséricorde, ô justice, ô bonté,
C'est vous qui m'échauffez du feu de votre zèle ;
Et voici que mon coeur en est épouvanté,
Voici qu'un autre feu dans mes veines ruisselle !

Alleluia ! L'Église a terrassé Satan...
Mais j'entends une Voix terrible qui me nomme
Et me dit : - Loin de moi, fou furieux ! Va-t'en,
Ô moine tout gorgé de chair et de sang d'homme ! -

- À l'aide, sainte Vierge ! Écoutez-moi, Seigneur !
Cette cause, Jésus, n'était-ce point la vôtre ?
Si j'ai frappé, c'était au nom de votre honneur ;
J'ai combattu devant le siège de l'Apôtre.

J'ai vaincu, mais pour vous ! Regardez-moi mourir ;
Voyez couler encor de mes chairs condamnées
Ce sang versé toujours et que n'ont pu tarir
Les macérations de mes soixante années.

Voyez mes yeux creusés du torrent de mes pleurs ;
Maître, avant que Satan l'emporte en sa géhenne,
Voyez mon coeur criant de toutes vos douleurs,
Plus enflammé de foi qu'il n'a brûlé de haine !

- Tu mens ! C'était l'orgueil implacable et jaloux
De commander aux rois dans tes haillons de bure,
Et d'écraser du pied les peuples à genoux,
Qui faisait tressaillir ton âme altière et dure.

Tu jeûnais, tu priais, tu macérais ton corps
En te réjouissant de tes vertus sublimes
Eh bien, sombre boucher des vivants et des morts,
Regarde ! mon royaume est plein de tes victimes.

Qui t'a dit de tuer en mon nom, assassin ?
Loup féroce, toujours affamé de morsures,
Tes ongles et tes dents ont lacéré mon sein,
Et ta bave a souillé mes divines blessures.

Arrière ! Va hurler dans l'abîme éternel !
Qaïn, en te voyant, reconnaîtra sa race.
Va ! car tu souillerais l'innocence du ciel,
Et mes Anges mourraient d'horreur devant ta face !

- Grâce, Seigneur Jésus ! Arrière ! il est trop tard.
Je vois flamber l'Enfer, j'entends rire le Diable,
Et je meurs ! - Ce disant, convulsif et hagard,
L'Abbé se renversa dans un rire effroyable.

Le moine épouvanté, tout baigné de sueur,
S'évanouit, pressant son front de ses mains froides ;
Et le cierge éclaira de sa fauve lueur
Le mort et le vivant silencieux et roides.
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MessageSujet: Re: Plus poétique que le Coran et la Bible réunis (et telement plus inspiré)   Jeu 20 Jan 2011 - 12:46

Du même auteur - Solvet seclum

Tu te tairas, ô voix sinistre des vivants !

Blasphèmes furieux qui roulez par les vents,
Cris d'épouvante, cris de haine, cris de rage,
Effroyables clameurs de l'éternel naufrage,
Tourments, crimes, remords, sanglots désespérés,
Esprit et chair de l'homme, un jour vous vous tairez !
Tout se taira, dieux, rois, forçats et foules viles,
Le rauque grondement des bagnes et des villes,
Les bêtes des forêts, des monts et de la mer,
Ce qui vole et bondit et rampe en cet enfer.

Tout ce qui tremble et fuit, tout ce qui tue et mange
Depuis le ver de terre écrasé dans la fange
Jusqu'à la foudre errant dans l'épaisseur des nuits !
D'un seul coup la nature interrompra ses bruits,
Et ce ne sera point, sous les cieux magnifiques,
Le bonheur reconquis des paradis antiques,
Ni l'entretien d'Adam et d'Ève sur les fleurs,
Ni le divin sommeil après tant de douleurs ;
Ce sera quand le Globe et tout ce qui l'habite,
Bloc stérile arraché de son immense orbite,
Stupide, aveugle, plein d'un dernier hurlement,
Plus lourd, plus éperdu de moment en moment,
Contre quelque univers immobile en sa force
Défoncera sa vieille et misérable écorce,
Et, laissant ruisseler, par mille trous béants,
Sa flamme intérieure avec ses océans,
Ira fertiliser de ses restes immondes
Les sillons de l'espace où fermentent les mondes.

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MessageSujet: Re: Plus poétique que le Coran et la Bible réunis (et telement plus inspiré)   Jeu 20 Jan 2011 - 12:56

Paul Verlaine - Ô mon Dieu

Ô mon Dieu, vous m'avez blessé d'amour
Et la blessure est encore vibrante,
Ô mon Dieu, vous m'avez blessé d'amour.

Ô mon Dieu, votre crainte m'a frappé
Et la brûlure est encor là qui tonne,
Ô mon Dieu, votre crainte m'a frappé.

Ô mon Dieu, j'ai connu que tout est vil
Et votre gloire en moi s'est installée,
Ô mon Dieu, j'ai connu que tout est vil.

Noyez mon âme aux flots de votre Vin,
Fondez ma vie au Pain de votre table,
Noyez mon âme aux flots de votre Vin.

Voici mon sang que je n'ai pas versé,
Voici ma chair indigne de souffrance,
Voici mon sang que je n'ai pas versé.

Voici mon front qui n'a pu que rougir,
Pour l'escabeau de vos pieds adorables,
Voici mon front qui n'a pu que rougir.

Voici mes mains qui n'ont pas travaillé,
Pour les charbons ardents et l'encens rare,
Voici mes mains qui n'ont pas travaillé.

Voici mon cœur qui n'a battu qu'en vain,
Pour palpiter aux ronces du Calvaire,
Voici mon cœur qui n'a battu qu'en vain.

Voici mes pieds, frivoles voyageurs,
Pour accourir au cri de votre grâce,
Voici mes pieds, frivoles voyageurs.

Voici ma voix, bruit maussade et menteur,
Pour les reproches de la Pénitence,
Voici ma voix, bruit maussade et menteur.

Voici mes yeux, luminaires d'erreur,
Pour être éteints aux pleurs de la prière,
Voici mes yeux, luminaires d'erreur.

Hélas ! Vous, Dieu d'offrande et de pardon,
Quel est le puits de mon ingratitude,
Hélas ! Vous, Dieu d'offrande et de pardon,

Dieu de terreur et Dieu de sainteté,
Hélas ! ce noir abîme de mon crime,
Dieu de terreur et Dieu de sainteté,

Vous, Dieu de paix, de joie et de bonheur,
Toutes mes peurs, toutes mes ignorances,
Vous, Dieu de paix, de joie et de bonheur,

Vous connaissez tout cela, tout cela,
Et que je suis plus pauvre que personne,
Vous connaissez tout cela, tout cela,

Mais ce que j'ai, mon Dieu, je vous le donne.
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MessageSujet: Re: Plus poétique que le Coran et la Bible réunis (et telement plus inspiré)   Jeu 20 Jan 2011 - 12:59

Du même auteur - Mon Dieu m'a dit

I
Mon Dieu m'a dit : « Mon fils, il faut m'aimer. Tu vois
Mon flanc percé, mon coeur qui rayonne et qui saigne,
Et mes pieds offensés que Madeleine baigne
De larmes, et mes bras douloureux sous le poids
De tes péchés, et mes mains ! Et tu vois la croix,
Tu vois les clous, le fiel, l'éponge, et tout t'enseigne
À n'aimer, en ce monde amer où la chair règne,
Que ma Chair et mon Sang, ma parole et ma voix.
Ne t'ai-je pas aimé jusqu'à la mort moi-même,
Ô mon frère en mon Père, ô mon fils en l'Esprit,
Et n'ai-je pas souffert, comme c'était écrit ?
N'ai-je pas sangloté ton angoisse suprême
Et n'ai-je pas sué la sueur de tes nuits,
Lamentable ami qui me cherches où je suis ? »

II

J'ai répondu : « Seigneur, vous avez dit mon âme.
C'est vrai que je vous cherche et ne vous trouve pas.
Mais vous aimer ! Voyez comme je suis en bas,
Vous dont l'amour toujours monte comme la flamme.

Vous, la source de paix que toute soif réclame,
Hélas ! voyez un peu tous mes tristes combats !
Oserai-je adorer la trace de vos pas,
Sur ces genoux saignants d'un rampement infâme ?

Et pourtant je vous cherche en longs tâtonnements,
Je voudrais que votre ombre au moins vêtît ma honte,
Mais vous n'avez pas d'ombre, ô vous dont l'amour monte,

Ô vous, fontaine calme, amère aux seuls amants
De leur damnation, ô vous toute lumière
Sauf aux yeux dont un lourd baiser tient la paupière ! »

III

- Il faut m'aimer ! Je suis l'universel Baiser,
Je suis cette paupière et je suis cette lèvre
Lont tu parles, ô cher malade, et cette fièvre
Qui t'agite, c'est moi toujours ! Il faut oser

M'aimer ! Oui, mon amour monte sans biaiser
Jusqu'où ne grimpe pas ton pauvre amour de chèvre,
Et t'emportera, comme un aigle vole un lièvre,
Vers des serpolets qu'un ciel cher vient arroser !

Ô ma nuit claire ! ô tes yeux dans mon clair de lune !
Ô ce lit de lumière et d'eau parmi la brune !
Toute cette innocence et tout ce reposoir !

Aime-moi ! Ces deux mots sont mes verbes suprêmes,
Car étant ton Dieu tout-puissant, je peux vouloir,
Mais je ne veux d'abord que pouvoir que tu m'aimes !

IV

- Seigneur, c'est trop ! Vraiment je n'ose. Aimer qui ? Vous ?
Oh ! non ! Je tremble et n'ose. Oh ! vous aimer je n'ose,
Je ne veux pas ! Je suis indigne. Vous, la Rose
Immense des purs vents de l'Amour, ô Vous, tous

Les coeurs des saints, ô Vous qui fûtes le Jaloux
D'Israël, Vous, la chaste abeille qui se pose
Sur la seule fleur d'une innocence mi-close,
Quoi, moi, moi, pouvoir Vous aimer. Êtes-vous fous,

Père, Fils, Esprit ? Moi, ce pécheur-ci, ce lâche,
Ce superbe, qui fait le mal comme sa tâche
Et n'a dans tous ses sens, odorat, toucher, goût,

Vue, ouïe, et dans tout son être - hélas ! dans tout
Son espoir et dans tout son remords que l'extase
D'une caresse où le seul vieil Adam s'embrase ?

V

- Il faut m'aimer. Je suis ces Fous que tu nommais,
Je suis l'Adam nouveau qui mange le vieil homme,
Ta Rome, ton Paris, ta Sparte et ta Sodome,
Comme un pauvre rué parmi d'horribles mets.

Mon amour est le feu qui dévore à jamais
Toute chair insensée, et l'évapore comme
Un parfum, - et c'est le déluge qui consomme
En son flot tout mauvais germe que je semais,

Afin qu'un jour la Croix où je meurs fût dressée
Et que par un miracle effrayant de bonté
Je t'eusse un jour à moi, frémissant et dompté.

Aime. Sors de ta nuit. Aime. C'est ma pensée
De toute éternité, pauvre âme délaissée,
Que tu dusses m'aimer, moi seul qui suis resté !

VI

- Seigneur, j'ai peur. Mon âme en moi tressaille toute.
Je vois, je sens qu'il faut vous aimer. Mais comment
Moi, ceci, me ferais-je, ô mon Dieu, votre amant,
Ô Justice que la vertu des bons redoute ?

Oui, comment ? Car voici que s'ébranle la voûte
Où mon coeur creusait son ensevelissement
Et que je sens fluer à moi le firmament,
Et je vous dis : de vous à moi quelle est la route ?

Tendez-moi votre main, que je puisse lever
Cette chair accroupie et cet esprit malade.
Mais recevoir jamais la céleste accolade,

Est-ce possible ? Un jour, pouvoir la retrouver
Dans votre sein, sur votre coeur qui fut le nôtre,
La place où reposa la tête de l'apôtre ?

VII

- Certes, si tu le veux mériter, mon fils, oui,
Et voici. Laisse aller l'ignorance indécise
De ton coeur vers les bras ouverts de mon Eglise
Comme la guêpe vole au lis épanoui.

Approche-toi de mon oreille. Épanches-y
L'humiliation d'une brave franchise.
Dis-moi tout sans un mot d'orgueil ou de reprise
Et m'offre le bouquet d'un repentir choisi.

Puis franchement et simplement viens à ma table,
Et je t'y bénirai d'un repas délectable
Auquel l'ange n'aura lui-même qu'assisté,

Et tu boiras le Vin de la vigne immuable
Dont la force, dont la douceur, dont la bonté
Feront germer ton sang à l'immortalité.

*
* *

Puis, va ! Garde une foi modeste en ce mystère
D'amour par quoi je suis ta chair et ta raison,
Et surtout reviens très souvent dans ma maison,
Pour y participer au Vin qui désaltère,

Au Pain sans qui la vie est une trahison,
Pour y prier mon Père et supplier ma mère
Qu'il te soit accordé, dans l'exil de la terre,
D'être l'agneau sans cris qui donne sa toison,

D'être l'enfant vêtu de lin et d'innocence,
D'oublier ton pauvre amour-propre et ton essence,
Enfin, de devenir un peu semblable à moi

Qui fus, durant les jours d'Hérode et de Pilate
Et de Judas et de Pierre, pareil à toi
Pour souffrir et mourir d'une mort scélérate !

*
* *

Et pour récompenser ton zèle en ces devoirs
Si doux qu'ils sont encor d'ineffables délices,
Je te ferai goûter sur terre mes prémices,
La paix du coeur, l'amour d'être pauvre, et mes soirs

Mystiques, quand l'esprit s'ouvre aux calmes espoirs
Et croit boire, suivant ma promesse, au Calice
Éternel, et qu'au ciel pieux la lune glisse,
Et que sonnent les angélus roses et noirs,

En attendant l'assomption dans ma lumière,
L'éveil sans fin dans ma charité coutumière,
La musique de mes louanges à jamais,

Et l'extase perpétuelle et la science,
Et d'être en moi parmi l'aimable irradiance
De tes souffrances, enfin miennes, que j'aimais !

VIII

- Ah ! Seigneur, qu'ai-je ? Hélas ! me voici tout en larmes
D'une joie extraordinaire : votre voix
Me fait comme du bien et du mal à la fois,
Et le mal et le bien, tout a les mêmes charmes.

Je ris, je pleure, et c'est comme un appel aux armes
D'un clairon pour des champs de bataille où je vois
Des anges bleus et blancs portés sur des pavois,
Et ce clairon m'enlève en de fières alarmes.

J'ai l'extase et j'ai la terreur d'être choisi.
Je suis indigne, mais je sais votre clémence.
Ah ! quel effort, mais quelle ardeur ! Et me voici

Plein d'une humble prière, encor qu'un trouble immense
Brouille l'espoir que votre voix me révéla,
Et j'aspire en tremblant.

IX

- Pauvre âme, c'est cela !
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