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 Les Cathares, les Vaudois, les Béguins

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florence_yvonne
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MessageSujet: Les Cathares, les Vaudois, les Béguins   Les Cathares, les Vaudois, les Béguins EmptyMar 15 Fév 2011 - 15:19

Les Cathares

Les cathares, qui ne se sont jamais donné ce nom, sont apparus en Bulgarie, où on les appela bogomiles, dans la seconde moitié du X ème siècle, puis chez des moines de Constantinople et en Asie mineure au début du Xl ème siècle. Des mouvements comparables sont apparus en Occident peu après l'an Mil, que l'on qualifia de "manichéens".
Le catharisme indubitable a connu un large développement en Allemagne, en Flandre, et Champagne, en Bourgogne, et surtout dans le Midi et l'Italie aux XlI ème et XIII ème siècles. Réprimé au XlII ème siècle par la Croisade contre les Albigeois et l'inquisition, il s'est maintenu au XlVème siècle en Italie, et a subsisté en Bosnie, dont c'était la religion officielle, jusqu'à la conquête turque à la fin du XV ème siècle.

Des moines grecs, ils avaient la barbe et les cheveux longs, la robe noire, et la règle jours de jeûne, trois carêmes annuels, prières répétées, travail manuel. Ils avaient seuls la qualité de chrétiens, parce qu'ils étaient baptisés par l'imposition des mains et de l'Évangile sur la tête.

Ce sacrement assurait le retour au ciel de la seule partie divine de l'homme, l'esprit. Le corps et l'âme qui le fait se mouvoir, appartiennent à ce bas-monde illusoire et mauvais. Cet esprit (l'âme pour les théologiens occidentaux), était soit transmis par génération depuis le premier homme (traducianisme), soit réincarné dans un nouveau-né après la mort (métempsycose, origénisme). Mais le baptême spirituel faisait, à la mort, remonter l'esprit au ciel où il reprenait la place qu'il avait perdu lors de la chute. Le traducianisme a été professé par les bogomiles bulgares et par les cathares du Milanais. Mais ce sont les "origénistes" qui ont laissé le plus de traces dans l'histoire et la polémique religieuse.De nos jours encore, on attache un intérêt excessif au point de savoir si tels ou tels cathares reconnaissaient un ou deux dieux, étaient "monarchiens" ou "dyarchiens", "absolus" ou "mitigés", etc....
En fait, mis à part le fait que le Dieu de l'Ancien Testament n'en était pas un ou n'était pas le bon, la théologie cathare n'était qu'un travail en recherche scripturaire. Seule comptait la validité du sacrement unique, du "consolement", qui exigeait une succession de détenteurs impeccables depuis les apôtres. Les schismes ne portaient que sur des questions de personnes.

Mais la faveur que connaît le catharisme parmi les historiens et aussi le grand public vient de ce qu'il peut être "raconté" dans son destin tragique à travers les récits de la croisade contre les Albigeois et les interrogatoires de l'inquisition. Ceux-ci permettent d'avoir, pour un siècle allant de 1235 à 1335, une connaissance incomparable des modes de vie, de la mentalité, des relations sociales et de la patronymie du Languedoc.La documentation était déjà abondante à l'époque de Bossuet. Mais elle s'est considérablement enrichie depuis les années 1930, par la découverte et la publication de textes originaux, notamment par le Dominicain français Antoine Dondaine, de documents inquisitoriaux et de l'étude plus précise des sources connues et publiées depuis longtemps. Le rituel cathare est attesté en occitan et en latin, ainsi qu'en vieux slavon pour un fragment. La dogmatique des "origénistes" l'est par un "Livre des deux principes" italien de la première moitié du XlIl ème siècle, et par un fragment latin de la fin du XlI ème de provenance occitane.




Les Vaudois

Les Vaudois tirent leur nom d'un Pierre Valdès, ou de Vaulx, marchand lyonnais qui, à la lecture de l'Evangile et de fragments des Pères de l'Eglise, décida vers 1270 d'obéir aux préceptes des Evangiles synoptiques en vivant dans la pauvreté et en prêchant. Le Père Dondaine a retrouvé le manifeste, le "propos de vie" de Valdès, qui atteste la parfaite orthodoxie du mouvement, plus ou moins approuvé par le Pape en 1179, mais condamné en 1184. 

C'est qu'en effet le mouvement de pauvreté et de prédication rencontrait une tendance qui est déjà attestée en Bulgarie en même temps que les premiers bogomiles, qui forme presque une église clandestine en Allemagne au milieu du XII ème siècle, et est largement répandue dans le sillon rhodanien et en Lombardie. Cette tendance prêchait la non-violence, interdisait le serment, la prière pour les morts, le culte des saints, la vénération de la croix et le purgatoire. Elle allait parfois jusqu'à renouveler le baptême aux adultes.
Réprimé, le Valdéisme s'est grossi de ces éléments pour devenir une véritable église concurrente, avec ses prêtres et sa hiérarchie, et, pour les fidèles, le prêche, la prière et la confession. Pour les fidèles comme pour les Frères, les préceptes évangéliques devaient être respectés : non violence et interdiction du serment.Cette église a eu une audience profonde en Provence, Dauphiné, Bourgogne, Suisse, Alsace, et en pays germaniques en Styrie et au Brandebourg jusqu'au XV ème siècle où elle a entretenu des liens avec les partisans de Wicleff et les Hussites de Bohème. En Italie, elle a été cantonnée par la répression à deux vallées alpines de la rive gauche du Pô, contigües aux vallées dauphinoises de l'Embrunais, et elle a subsisté jusqu'à la Réforme, qu'elle a adoptée en 1532.

La documentation sur le valdéisme est très abondante, nourrie par la controverse entre catholiques et protestants. Outre la découverte par A.Dondaine du manifeste de Valdès et et de la littérature de controverse des Vaudois contre les cathares en Languedoc, des documents d'inquisition connus, mais jusque-là inédits sont venus étoffer la connaissance des communautés de Provence, du Dauphiné, de Suisse, d'Alsace et des pays germaniques.Il subsiste d'ailleurs une identité "vaudoise". Bien que calvinistes, les habitants des vallées italiennes, longtemps les seuls protestants d'Italie, ont une capitale spirituelle à Torre Pellice, près de Pignero, avec une très riche bibliothèque et un bulletin annuel. De ce milieu est issu l'ouvrage, fondamental pour l'histoire, de Jean Gonnet et Amédée Molnar - Les Vaudois du Moyen-âge (1974). Il existe d'autre part une importante émigration vaudoise aux Etats-Unis et surtout en Amérique du Sud.



Les Béguins

Les "béguins" ou "béguines" étaient, dans leur nom vulgaire, des tierçaires, membres du tiers-ordre, franciscain ou dominicain. Essentiellement recrutés dans la classe moyenne des villes possédant un couvent de Mendiants, ils suivaient les offices de ces derniers, avaient des réunions pour des lectures édifiantes, et tenaient des maisons d'accueil pour les indigents. Les femmes faisaient parfois, à titre personnel, et sans reconnaissance de l'église, des vœux de chasteté.

A la fin du XIII ème siècle, le mouvement sans cesse renaissant et sans cesse réprimé de retour aux sources de la pauvreté franciscaine aboutit à un début de schisme, celui des "Spirituels" en Italie, notamment en Calabre. 
En Languedoc, les couvents de Béziers, Narbonne et Carcassonne étaient entièrement gagnés à cette tendance, marquée par le refus des greniers de provisions, des ressources testamentaires et des habits confortables de la "Communauté".
Le pape Jean XXII, influencé par celle-ci qui était bien représentée à la Curie, la laissa user de contrainte. 
La conséquence en fut la mort sur le bûcher de quatre Frères à Marseille en 1318. Les béguins de Narbonne, de Béziers, et ceux de Catalogne, y virent des martyrs et furent à leur tour l'objet des poursuites de l'inquisition. Quatre-vingt environ moururent sur le bûcher en Languedoc, et un nombre inconnu, mais certainement notable, en Catalogne. C'était au grand scandale de la population, qui parfois arrachait les victimes au bûcher ou gardait leurs cendres comme reliques.Plus ou moins occulté jusque-là, cette tragédie a été étudiée et retracée par Raoul Manselli (Spirituali e beghini in Provenza (1959), trad. f r. Duvernoy, Spirituels et béguins du Midi (1989).


© Copyright Jean Duvernoy Mai 2001


Sources
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