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 Anekantavada : un principe propre au Jaïnisme

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MessageSujet: Anekantavada : un principe propre au Jaïnisme   Sam 21 Jan 2017 - 15:54

Je place l'article qui suis dans la section "bouddhisme" car il n'y a pas de section "jaïnisme". Toutefois la sagesse jaïn ci-dessous a été reprise entre autre par le Bouddha.

Certains Jaïns prétendent même qu'avant de fonder sa propre voie, Siddhartha Gautama était pratiquant du jaïnisme. Personnellement je ne sais pas et au fond je trouve que cela n'a pas vraiment une grande importance.

Anekāntavāda (en sanskrit IAST ; devanāgarī : अनेकान्तवाद) est l'une des plus importantes et fondamentales doctrines du jaïnisme. Elle vient du Tattvartha Sutra. Sa traduction pourrait être : réalité relative. Elle se réfère à deux doctrines :

- les points de vue multiples : le nayavada ;

- la relativité des objets et des êtres dans le temps, l'espace... : le syadvada.

L'Anekantavada s'inscrit dans la création d'un système philosophique plusieurs siècles avant notre ère. La réalité a différents aspects et elle n'est jamais décrite dans un état d'omniscience, sauf par ceux qui ont transmis cette doctrine les Tirthankaras ou Maîtres éveillés qui avaient atteint l'état d'omniscience: le Kevala Jnana. La formulation des points de vue différents: les nayavada se nomme: sapta-bhangi-naya.

La parabole des « aveugles et de l’éléphant » rendue célèbre par le poète américain John Godfrey Saxe au milieu du xixe siècle trouve son origine dans le jaïnisme :

« Six hommes d'Inde, très enclins à parfaire leurs connaissances, allèrent voir un éléphant (bien que tous fussent aveugles) afin que chacun, en l'observant, puisse satisfaire sa curiosité. Le premier s'approcha de l'éléphant et perdant pied, alla buter contre son flanc large et robuste. Il s'exclama aussitôt : « Mon Dieu ! Mais l'éléphant ressemble beaucoup à un mur! ». Le second, palpant une défense, s'écria : « Ho ! qu'est-ce que cet objet si rond, si lisse et si pointu? Il ne fait aucun doute que cet éléphant extraordinaire ressemble beaucoup à une lance ! ». Le troisième s'avança vers l'éléphant et, saisissant par inadvertance la trompe qui se tortillait, s'écria sans hésitation : « Je vois que l'éléphant ressemble beaucoup à un serpent ! ». Le quatrième, de sa main fébrile, se mit à palper le genou. « De toute évidence, dit-il, cet animal fabuleux ressemble à un arbre ! ». Le cinquième toucha par hasard à l'oreille et dit : « Même le plus aveugle des hommes peut dire à quoi ressemble le plus l'éléphant ; nul ne peut me prouver le contraire, ce magnifique éléphant ressemble à un éventail ! ». Le sixième commença tout juste à tâter l'animal, la queue qui se balançait lui tomba dans la main. « Je vois, dit-il, que l'éléphant ressemble beaucoup à une corde ! ». Ainsi, ces hommes d'Inde discutèrent longuement, chacun faisant valoir son opinion avec force et fermeté. Même si chacun avait partiellement raison, tous étaient dans l'erreur. »

Elle est fréquemment utilisée en Inde pour illustrer l'Anekantavada et fait partie des ressources pédagogiques dans le jaïnisme moderne.

Le but de la recherche philosophique étant d'appréhender la réalité, les philosophes jaïns estiment que cette appréhension ne peut être faite en formulant uniquement des déclarations simplistes et catégoriques. La réalité étant complexe, aucune affirmation simple ne peut l'exprimer totalement. C'est la raison pour laquelle le mot syat, la troisieme personne du singulier de l'optatif (l'équivalent du subjonctif en sanscrit) du verbe as ('être') est ajouté, par les philosophes jaïns, aux différentes affirmations la concernant. Le mot syat, 'soit' en français, se traduit normalement par les anglophones (dont la langue a effectivement perdu le mode subjonctif) comme « peut-être », « par certains côtés », une traduction qui se retrouve, par conséquent, en français aussi 7, et qui correspond assez bien, en contexte, au sens de l'original. Notez bien que le 't' final en sanscrit se convertit en 'd' devant une voyelle ou une consonne sonore, et en 'n' devant une consonne nasale.

Ces philosophes formulent sept propositions, sans la moindre affirmation absolue que ce soit, concernant la réalité, en les faisant précéder toutes du mot syat. Cela veut dire qu'une affirmation est toujours nuancée, qu'elle est relative, approchée, d'un certain point de vue, sous certaines réserves, et qu'elle ne saurait, en aucune façon, être considérée comme catégorique.

Ainsi, lorsque l'on décrit une chose, on peut faire, sur la base du sapta-bhangi-naya qui est la formulation du concept des points de vue multiples: le nayavada. Ainsi sept affirmations ou propositions, qui paraissent et contradictoires, peuvent être faites en parlant de la même substance. L'humain peut dire :

-« par certains côtés, c'est »: cette affirmation est le syād-asti,
-« par certains côtés, ce n'est pas »: cette négation est le syān-nāsti,
-« par certains côtés, c'est et ce n'est pas »: cette affirmation et cette négation sont le syād-asti-nāsti,
-« par certains côtés, c'est indescriptible »: ce résumé est le syād-avaktavya,
-« par certains côtés, c'est, et, c'est indescriptible »: une combinaison de deux propositions précédentes, appelée; le syād-asti-avaktavya,
-« par certains côtés, ce n'est pas et c'est indescriptible »: une autre combinaison, le syān-nāsti avaktavya,
-« par certains côtés, c'est et ce n'est pas, et c'est indescriptible »: une combinaison de trois propositions précédentes: le syād-asti-nâsti avaktavya.

Ces diverses propositions peuvent être comprises au moyen d'un exemple : un homme est le père, n'est pas le père, et est les deux, sont des énoncés parfaitement intelligibles, si l'on comprend le point de vue à partir duquel ils sont exprimés. Par rapport à un certain garçon, cet homme est le père, par rapport à un autre il n'est pas le père, et par rapport aux deux, pris ensemble, il est le père et il n'est pas le père. Comme les deux idées ne peuvent s'exprimer par des mots en même temps, on peut dire qu'il est indescriptible, etc.

Ces sept propositions peuvent être exprimées à propos de la nature de la Terre, de l'identité et de la différence, etc. et de n'importe quel objet. Les philosophes jaïns estiment que ces sept façons d'affirmer donnent ensemble, une description adéquate de la réalité.

L'anekantavada vise à coordonner, à harmoniser et à synthétiser les points de vue individuels dans un énoncé d'ensemble : comme la musique, il mêle les notes discordantes pour réaliser une parfaite harmonie dans un but d'éclairer l'esprit du croyant vers ce qui est véritable. Le croyant doit ainsi adopter une attitude où la tolérance prévaut.

Cette doctrine n'a pas un simple intérêt spéculatif et philosophique, elle a pour but de résoudre les problèmes ontologiques et elle a une influence sur la vie psychologique de l'homme. Elle donne au philosophe un cosmopolitisme de pensée, en le convainquant que la vérité n'est le monopole de personne. Elle vise à abattre les barrières des religions sectaires et à répandre l'esprit de tolérance qui va parfaitement de pair avec l'ahimsâ (la non-violence) que le jaïnisme prêche depuis des millénaires.

La quintessence de cette doctrine, fort éloignée de la terminologie scolastique, c'est qu'en matière d'expérience il est impossible de formuler la vérité totale, et qu'en matière de transcendance de l'expérience le langage est insuffisant; sauf pour ce qui touche au spirituel avec le jiva, le karma et la Vérité appelée Tattva. Il y a ce qui est dans l'univers humain et ce qui est important pour la vie humaine: la recherche spirituelle, de l'illumination: le moksha que tout un chacun doit entreprendre en suivant les Mahavratas.
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